Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Vendredi 25 Mai 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

CAC 40 et inégalités : pourquoi la question des dividendes n’est pas la bonne

Un rapport publié lundi par l'ONG Oxfam et le Basic montre que les groupes du CAC 40 ont redistribué à leurs actionnaires les deux tiers de leurs bénéfices depuis le début de la crise, et ce, au détriment des investissements et des salariés.

Débat de fond

Publié le
CAC 40 et inégalités : pourquoi la question des dividendes n’est pas la bonne

 Crédit KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Atlantico : Selon un rapport rendu public par OXFAM, les groupes du CAC 40 auraient transféré 67.5% de leurs bénéfices à leurs actionnaires depuis 2009, tandis que les salariés n'en récupèrent que 5% au titre de l'intéressement et de la participation, et que 27.5% sont disponibles pour l'investissement. Comment expliquer un tel résultat ? Derrière la condamnation morale de celui-ci, quel est le processus économique qui le rend possible ?

Alexandre Delaigue : Dans un premier temps, il faut bien noter que l'on parle ici de la répartition des bénéfices, qui sont théoriquement, de toute façon, réservés aux actionnaires.

On peut se poser la question de la répartition entre dividendes et investissements, mais la partie pour les salariés est par nature relativement modérée parce qu'ils ne sont pas censés récupérés la part du capital. Cela reste un point que l'on a un peu tendance à oublier dans ce débat.

Lorsque l'on parle de la répartition entre capital et travail, on observe des tendances assez variées. Globalement, il y a une certaine stabilité de ce rapport entre capital et travail en France mais ce n'est pas du tout le cas dans d'autres pays en particulier dans le monde anglo-saxon, aux Etats-Unis par exemple ou la part du capital a tendance à augmenter. Cela est globalement révélateur du rapport de force entre salariés et actionnaires mais également de l'état de la situation macroéconomique. Quand il y a du chômage, il est extrêmement difficile pour les salariés d'obtenir des augmentations salariales, et la part qui leur revient a donc tendance à diminuer.

Le deuxième problème est cette question de la répartition du bénéfice entre d'un côté les dividendes et de l'autre côté le réinvestissement. Ici on n'est quand même sur quelque chose d'assez artificiel parce que si une entreprise touche un bénéfice, qu'elle décide de le reverser sous forme de dividendes ou qu'elle décide de le conserver dans ses comptes, quoi qu'il arrive, c'est de l'argent qui reste pour ses actionnaires. On est plus ici sur une question de la forme comptable que prend la part que vont toucher les actionnaires, des dividendes ou des augmentations de la valeur de l'action parce que l'entreprise garde l'argent pour elle. C'est donc plus une question sémantique que véritablement importante. Après il y a cette idée à gauche que le dividende serait le mal absolu alors que le réinvestissement dans l'entreprise serait très bien, mais fondamentalement, cela est la même chose. Pour les actionnaires, que leurs actions valent plus chères ou que l'on leur verse des dividendes, c'est quasiment la même chose. Enfin, un point que cette étude met en évidence, le fait que les entreprises investissent relativement peu leurs bénéfices. Plutôt que de réinvestir, elles ont beaucoup plus tendance à le reverser directement. Et là, le problème de fond n'est pas tellement de dire qu'elles versent beaucoup aux actionnaires, mais de se rendre compte qu'elles ne savent pas quoi en faire en termes d'investissements. C'est ce sous-investissement qui est un fait important.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par moneo - 15/05/2018 - 10:42 - Signaler un abus Merci

    de rétablir des évidences . nos sociétés ne savent pas ou dans quoi et comment investir les profits donc elles distribuent maintenant si vous êtes dans la disparition du profit alors on change de société...

  • Par Ganesha - 15/05/2018 - 11:11 - Signaler un abus Vau-l'eau

    Deuxième article sur le même sujet ! Celui d'hier nous a surtout montré l'ignorance crasse, ou la mauvaise foi sans pudeur, des soi-disant ''commentateurs experts'' ! Aujourd'hui, cet auteur se contorsionne un petit peu... mais, il reconnaît à demi-mots que, dans notre société actuelle, ''les riches s'en mettent plein les poches, et ils laissent le pays à vau-l'eau'' !

  • Par ajm - 15/05/2018 - 13:38 - Signaler un abus Vieillissement de la population.

    Un point a creuser qui explique la poussée des dividendes, est le vieillissement de la population dans la plupart des économies développées. Dans les pays où les retraites ou rentes sont versées par des fonds de pension ou des compagnies d'assurance, la pression pour recevoir plus de dividendes est très forte, surtout quand, en même temps, le rendement des titres d'État ( investissement traditionnel en vue de la retraite, peu risqué et très liquide) a beaucoup baissé sous l'effet des politiques accommodantes des banques centrales.

  • Par ajm - 15/05/2018 - 14:17 - Signaler un abus Cotisations ou dividendes.

    Dans les pays à régime de retraite par répartition, comme la France, le vieillissement de la population entraîne des augmentations de cotisations sociales et de taxes, dans les pays à capitalisation on a un prélèvement accru sur les profits des entreprises via le dividende . Dans les deux cas, il s'agit toujours de prélèvement sur les actifs.

  • Par DESVESSIESPOURDESLANTERNES - 15/05/2018 - 23:07 - Signaler un abus a toute allure la revoila

    oxfam c est bien l employeur de Duflot ...... CQFD

  • Par OliverTw - 15/05/2018 - 23:11 - Signaler un abus L'entrisme de Cecile Duflot se poursuit

    On voit que Cecile Duflot, après avoir pris le pouvoir chez les écolos, et les avoir réduit à néant, s'emploie à utiliser Oxfam ( qui a choisi de lemployer) pour son projet gauchiste qui méprise le monde agricole.Dans 3 ans, elle aura vidé WOxfam de sa substance initiale, et s'en ira après l'avoir coulé. ...

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Alexandre Delaigue

Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'université de Lille. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus chez Pearson). Son site : econoclaste.net

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€