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"C’est bien gentil, mais pourquoi ne pas être venu nous voir avant?" : les agriculteurs, ces grands oubliés des responsables politiques

Après avoir passé cinq ans dans les plus hautes sphères du pouvoir, et notamment à l’Élysée auprès de François Hollande, j’ai voulu comprendre ce qui poussait ces femmes et ces hommes à voter Marine Le Pen. Comme simple citoyen, sans pouvoir et sans préjugés, je suis parti sur les routes de France pour retrouver la réalité d’un monde éloigné des ors de la République. Extrait de "Ils votent Marine et ils vous emmerdent !" de Christophe Pierrel, aux éditions La Tengo.

Bonnes feuilles

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"C’est bien gentil, mais pourquoi ne pas être venu nous voir avant?" : les agriculteurs, ces grands oubliés des responsables politiques

La secrétaire générale de la FDSEA des Hautes-Alpes m’a mis en relation avec des agriculteurs d’une commune proche de Gap. En me rendant chez eux, je savoure la chance de vivre dans ce département. C’est le début du printemps, toute la nature revient à la vie, les plaines rivalisent de couleurs tandis que sur les hauteurs, la neige occupe encore les massifs. Le soleil resplendit dans un ciel d’un bleu inimitable. Nichées au creux du massif des Écrins, les Hautes-Alpes sont une source de contemplation permanente.

Les agriculteurs doivent forcément trouver une forme de contrepartie à leurs nombreuses heures de travail dans la présence de ces lieux magiques. Ceux qui s’apprêtent à m’accueillir vont vite me faire comprendre qu’ils aimeraient exercer leur métier avant tout pour en vivre.

Je rencontre Delphine, Robert, Marc, Jean-Claude et Armand. Ils élèvent selon les uns ou les autres des vaches laitières, des veaux, des moutons ou des chevaux. Notre échange a lieu debout, devant une exploitation, au cul d’un tracteur. Je l’entame en me présentant et en expliquant ma démarche. La première réaction de Robert est cinglante : «C’est bien gentil, mais pourquoi ne pas être venu nous voir avant?»

Déstabilisé par la question, je lui réponds qu’en poste à Paris, je n’avais pas beaucoup de temps pour me déplacer, que les fonctions en cabinet sont très prenantes et éloignent du terrain.

À l’image de cet extrait, toute notre discussion restera passionnée et sans filtre. Le maire de la commune, venu assister à une partie de nos échanges, semble troublé par la virulente franchise de ses administrés. Il me dira plus tard avoir eu l’impression de voir une Cocotte-Minute monter en pression.

Mes interlocuteurs m’affirment que dans le monde agricole, Marine Le Pen obtiendra bien plus que les 25% de voix annoncés par les instituts de sondage. Eux hésitent encore sur leur choix. Deux pensent voter pour le Front national dès le premier tour, un autre pour Nicolas Dupont-Aignan, les deux derniers en faveur de la droite ou de Marine Le Pen si François Fillon est absent du second tour.

Robert s’étonne de la diabolisation du FN, selon lui, un parti comme les autres : « Si ce n’était pas le cas, il aurait été interdit. Nous vivons en démocratie, et s’il s’agit d’un danger pour la République, il ne devrait plus exister.»

Delphine poursuit  : «Qu’est-ce que tu veux qu’on craigne? On est déjà dans la merde, on a tout essayé! Et puis des chèques en blanc, on en a fait à tous les autres, alors pourquoi pas à elle?»

Difficile d’expliquer à ceux pour qui leur activité n’est pas assez valorisée, qui peinent à joindre les deux bouts et à maintenir la tête hors de l’eau, que la politique du FN les précipiterait dans le gouffre. Pour un travail de plus de 300 heures par mois, ces éleveurs ne peuvent se rémunérer en moyenne que 700  euros net. Un employé temporaire, embauché à la suite d’un arrêt maladie ou d’une surcharge de travail, gagne deux fois plus qu’eux. Cette injustice les heurte profondément. En 2016, un agriculteur s’est suicidé en moyenne tous les deux jours en France. Le monde paysan vit un profond malaise.

 
Commentaires

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  • Par belette - 02/12/2017 - 16:12 - Signaler un abus Il est mignon ce chef de cabinet

    Mais, nous , dans les campagnes on compte pour rien. On est des sales pollueurs, des glysophatiens, on fait du bruit avec nos vaches, etc. Tient, une super bonne nouvelle : on va limiter la vitesse à 80km heures sur nos routes. Comme ça, ce sera encore plus loin pour emmener au chef lieu. Et on voudrait que l'on vote pour vous ?

  • Par francoise34 - 02/12/2017 - 22:27 - Signaler un abus Et le téléphone portable

    Un budget européen pour équiper en portable et entrer dans le troisième millenaire

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Christophe Pierrel

Christophe Pierrel a été chef de cabinet adjoint de François Hollande à l'Elysée. Il a 33 ans et vit à Gap.

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