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Le business plan pour les entrepreneurs : à la poubelle !

Et si le fameux plan de financement chéri des entrepreneurs ne servait en fait à rien ? Louis Jacques Filion, Claude Ananou et Christophe Schmitt estiment qu'il ne suffit pas pour guider l’entrepreneur dans la préparation de ses activités entrepreneuriales. Extrait de "Réussir sa création d'entreprise sans business plan" (2/2).

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Le business plan pour les entrepreneurs : à la poubelle !

Beaucoup d'entrepreneurs se servent d'un business plan. Une erreur selon certains experts. Crédit Reuters

Depuis les années 1970, le business plan est devenu incontournable pour se lancer en affaires et obligatoire pour l’obtention de soutiens externes, via la rédaction de documents uniformes et planificateurs, propres aux grands groupes déjà établis. Les entrepreneurs sont ainsi amenés à planifier leurs actions de manière rigide et précise par l’utilisation du business plan, bien qu’ils doivent continuellement s’adapter aux incertitudes de l’environnement. Au final, on cherche trop souvent à structurer, formaliser et finaliser la réflexion préparatoire sur le projet entrepreneurial par le business plan.

En quelque sorte, on peut considérer que le business plan a été greffé au milieu entrepreneurial.

[…]

L’activité entrepreneuriale relève de l’intuition, des émotions et de la création, c’est-à-dire de l’hémisphère droit du cerveau, tandis que le métier de gestionnaire est axé sur l’analyse, la rationalité, l’attribution de ressources, la planification, c’est-à-dire des fonctions rattachées à l’hémisphère gauche du cerveau. Le business plan ne constitue donc pas quelque chose de naturel pour un entrepreneur. Un bon créateur ne fera pas nécessairement un bon gestionnaire, tout comme un bon gestionnaire ne serait pas obligatoirement un bon créateur.

[…]

La conception, puis la mise en oeuvre d’une opportunité résultent d’une démarche constructive de l’entrepreneur, basée sur des éléments précis : son intuition, son profil et l’environnement dans lequel il évolue. Ainsi, chaque opportunité d’affaires représente une création unique. Or, recourir à un outil généraliste et uniforme, tel que le business plan, semble insuffisant, voire inadapté à des situations aussi particulières que la conception et le démarrage d’entreprise.

[...]

À bien des égards, rédiger un business plan équivaut à écrire une recette de cuisine : ni la recette ni le business plan ne pourront être suivis à la lettre, puisque quelques semaines ou mois plus tard, c’est-à-dire au moment où ils seront mis en œuvre, les conditions risquent d’avoir changé. Dans le cas de l’entrepreneur, il peut s’agir des conditions de l’environnement.

Les entrepreneurs, quelle que soit leur catégorie, développent des projets divers ; pourtant, ils doivent tous réaliser le même exercice : le business plan. Or, parce qu’il est standardisé, ce dernier limite la démarche entrepreneuriale du porteur de projet. S’il est important de guider les entrepreneurs et d’utiliser un support de communication entre les parties prenantes du projet, nous pou vons sérieusement nous interroger sur la pertinence du business plan à bien jouer ces deux rôles. En effet, il enferme trop souvent les entrepreneurs dans une structure rigide qui ne leur est pas naturelle. Cette logique de contrôle, plutôt que de créativité et d’innovation, ne motive pas les entrepreneurs et limite leur aisance à évoluer dans leur démarche et à communiquer sur leur projet.

De plus, le business plan représente un exercice long et contraignant qui peut amener les entrepreneurs à se déconnecter de la réalité pour concentrer leurs efforts et beaucoup de temps à la rédaction dudit document.

[…]

Le business plan ne permet pas de prendre en compte toutes les spécificités ni les imprévus d’un démarrage d’entreprise. Outil de gestion avant tout, le business plan ne suffit pas pour guider l’entrepreneur dans la préparation de ses activités entrepreneuriales. Il paraît alors nécessaire de favoriser la compréhension de l’évolution spécifique de chaque entrepreneur et des interactions de ce dernier avec son environnement. Il sera ainsi plus aisé de suivre, de guider et d’apprécier la création de l’opportunité d’entreprise. Pour cela, un soutien complémentaire ou remplaçant le business plan doit être envisagé dans le contexte qui est propre au démarrage d’entreprise.

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Extrait de "Réussir sa création d'entreprise sans business plan", Ed. Eyrolles (novembre 2012)

 
Commentaires

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  • Par jean-paul - 18/11/2012 - 23:23 - Signaler un abus ha! vous avez lu l'article sur le franglais?

    "business plan" est ciblé dedans...je vous invite de le lire http://www.atlantico.fr/decryptage/abuse-t-on-franglais-francois-appert-527977.html

  • Par Decebal - 19/11/2012 - 00:19 - Signaler un abus Un bel exemple du snobisme pour le Franglais

    Je suis aussi d'accord avec Jean Paul encore du Franglais. Et aussi la parfaite illustration du snobisme et de la bêtise ambiante. Le commerce "moderne" utilise l'anglais . Parler Français est indécent, trop ringard. donc pas efficace. Mais les 3/4 de ces méthodes ne servent que ceux qui les enseignent devant de béats élèves et dans les faits seul de grosses entreprises y trouvent un intérêt. Pour les autres du bon sens, rien que du bon sens et savoir qu'il ne faudra pas compter ses heures.

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Louis Jacques Filion Claude Ananou Christophe Schmitt

Louis Jacques Filion est professeur titulaire et directeur de la chaire d'entrepreneuriat Rogers - J.-A.-Bombardier à HEC Montréal. Il possède une expérience diversifiée de la création d'entreprise.

Claude Ananou est maître d'enseignement au service management à HEC Montréal. Il a fondé et dirigé plus d'une dizaine d'entreprises dans différents secteurs économiques.

Christophe Schmitt est titulaire de la chaire Entreprendre du Pôle entrepreneuriat étudiant de Lorraine de l'université de Lorraine. Son travail porte actuellement sur le développement d'une culture entrepreneuriale au sein de l'université.

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