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Bruno Le Maire : "La vraie résistance est dans la défense de la place de la France dans le monde"

Ce texte est une lettre que Bruno Le Maire adresse à ses enfants pour leur expliquer sa vision de la France et qui il est : "un Français de cette France ancienne, qui veut en inventer une nouvelle avec eux." Extrait de "À nos enfants", publié chez Gallimard (1/2).

Bonnes feuilles

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Bruno Le Maire : "La vraie résistance est dans la défense de la place de la France dans le monde"

Les prétendus patriotes (ils ont sans cesse ce mot à la bouche) qui veulent fermer à double tour les frontières de la France, la replier sur elle, comme on plie bagages, oublient que notre nation a grandi aussi hors de ses frontières ; que ses conquêtes ont fait sa grandeur ; que son universalisme a pu agacer, mais aussi forcer le respect. La France ne retrouvera pas ses racines en se coupant du monde : elle les retrouvera au contraire en renouant avec son esprit de conquête, qui voit le monde comme il est, ou comme il devient, ne le redoute pas, mais le comprend, ne le fuit pas, mais se donne les armes pour l’affronter.

Les changements sont allés plus vite que prévu ? Certainement. Mais pourquoi renoncer ? Vous avez grandi en considérant la Chine comme une des grandes puissances du monde contemporain, à vos âges je connaissais à peine son existence, elle était une province immense, reculée, surpeuplée de paysans, dont il ne me serait jamais venu à l’idée d’apprendre la langue. À l’été 1976, prise d’une nouvelle frénésie de voyage, Isabelle projeta de se rendre en Chine. Nous rentrions tous les deux en voiture de Revel, elle me faisait part de son projet, qui me semblait aussi saugrenu que de partir en expédition pour le Kamchatka. Dans la montée qui conduit à Saint-Ferréol, à un tournant, nous croisâmes ma mère, qui nous faisait de grands signes de la main. Ma grand-mère gara la voiture sur le bas-côté et ouvrit sa fenêtre ; ma mère lui dit tout essoufflée : « Mao est mort ! » Ce jour-là je pris conscience de la Chine, et je compris qui était Mao. Votre rôle, dans les années qui viennent, ne sera pas de solder les atouts de la France, mais de les valoriser partout où ils sont présents et de les développer ailleurs. Nous devons faire en sorte que ce siècle nouveau, qui connaîtra en deux décennies plus de bouleversements technologiques, scientifiques ou humains que ce que vos grands-parents ont vécu en cinquante ans, profite à tous, et pas seulement à quelques-uns. Avec le monde ou contre le monde, solidaire ou isolée, voilà le choix devant lequel se trouve la France. Pour moi, la réponse est claire : la France a son rang dans le monde et doit le conserver. C’est une somme de progrès modestes qui nous fera avancer dans cette direction. Rue de Varenne, nous avons mis trois ans avec les producteurs de viande bovine pour structurer une filière d’exportation. Personne ne prétend que la viande bovine soit le fer de lance de nos exportations dans le monde, quoique la qualité de notre viande soit reconnue, et appréciée : mais en faisant ce choix, les producteurs rappelèrent que chacun a une responsabilité pour que la France reprenne sa place dans le monde, et lui permette de vivre mieux. Cette volonté de conquête, commerciale ou culturelle, politique ou scientifique, vous devez la garder en vous, quel que soit votre métier demain. Élargissez votre regard, ne méprisez jamais les nations qui ne sont pas la France, ne pensez pas un instant que qui que ce soit sur la planète suivra nos idées, si nous ne nous donnons pas les moyens économiques de les défendre. On noircit la mondialisation pour la discréditer : elle est un fait, pas une valeur. Et combien de continents naguère en proie à la misère ont amélioré le sort de leur population – pas toute, hélas, mais une partie seulement – en plongeant dans ce grand bain de la mondialisation ? Toutes les grandes nations d’Europe ont sauté le pas de la mondialisation, sauf la France. En souffrent-elles ? Quelle autre conquête offrir à nos enfants que celle des continents où la croissance se développe, où les idées naissent, où la richesse croît ? Quelle autre grande bataille à livrer que celle de la meilleure gouvernance de ce monde neuf ? Au 11, Downing Street, le ministre des Finances britannique est assis dans un canapé qui tourne le dos à une baie vitrée. Dehors, une bruine grisâtre enveloppe un jardin tarabiscoté, encastré entre des murs de brique. Il me sourit : « Je ne comprends pas pourquoi vous ne vous donnez pas les moyens de réussir comme les autres. Quand est-ce que vous ferez votre révolution mentale ? »

Un soir dans les années 80, un Président de la République déclara à la télévision : « La France est une puissance moyenne. » Sans doute voulait-il faire preuve de lucidité, on ne le lui reprochera pas, pourtant ces mots sonnaient faux, et continuent de sonner faux à mes oreilles. Enfoncé dans son fauteuil devant sa télévision, mon père eut ce jugement lapidaire : « On ne peut pas dire que la France soit vraiment une puissance, et elle ne sera jamais moyenne. » Pour la première et la dernière fois, je l’entendis critiquer ce Président qu’il tenait pourtant en très haute estime, pour son intelligence, et dont le départ, quoique maladroitement mis en scène par une chaise vide, le fit pleurer. Néanmoins mon père avait raison. Ne quittez pas cette France qui vous attend : en secret, elle reste grande. Ne quittez pas cette France qui a tous les moyens de réussir dans le monde comme il est. Opposez-vous à ces politiques qui depuis des années reculent devant les changements nécessaires et, proclamant leur volonté de résistance à la Chine, au Brésil, à tout ce qui devient grand et fort, proclament en fait leur impuissance. La vraie résistance est dans notre changement. La vraie résistance est dans la valorisation de nos atouts. La vraie résistance est dans la défense de notre place dans le monde.

Extrait de "À nos enfants",  de Bruno Le Maire, publié chez Gallimard, 2014. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

 
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  • Par Benvoyons - 20/09/2014 - 11:34 - Signaler un abus Merci Bruno Le Maire vous êtes un esprit brillant et souvent

    vous acceptez de prendre des chemins difficiles. En effet vous avez fait le choix de quitter la Fonction Publique après être élu. Vous avez opté pour la solution de nos anciens de la Révolution qui avaient interdit qu'un Fonctionnaire puisse être un élu. Vous avez opté pour la solution qui existe dans tous les pays qui se transforment, qui sont dynamiques ( les USA, UK, Allemagne, Autriche, la Pologne ancien pays Socialiste), ou il est parfaitement interdit pour un Fonctionnaire d'être un élu. Je pense que la 5° République est bonne pour la France mais toutefois je pense qu'elle mériterait un alinéa sur le sujet pour être parfaite. D'ailleurs je pense (mais je ne suis pas Juriste Constitutionnel) que le principe d’Égalité sur nos frontons n'est pas respecté. Il n'y a pas d'égalité entre un Fonctionnaire qui veut être élu et un ingénieur du privé qui voudrait être un élu. En effet le Fonctionnaire est parfaitement dans l’illégalité car il gère l’État, il contrôle l’État, il est élu( 55 à 60% des élus Députés,Sénateurs,Régions,etc sont des Fonctionnaires). C'est à dire que la France est dirigé par une seule pensée minoritaire, qui serait seule ayant l'intelligence, la qualité.

  • Par Anguerrand - 20/09/2014 - 18:51 - Signaler un abus À benvoyons

    Je suis en accord avec vous, Bruno Lemaire semble un bon candidat en tout cas celui qui exprime le plus les priorités des français ( immigration, économie, patriotisme, égalité privé et public..) le FN a déserté la droite, une partie de la droite n'est pas vacciné contre les idée de gauche, alors il reste peu de candidats crédibles pour la droite, moi le socialisme le societal et le "social " je n'en peux plus, alors que le FN recrute et fait élire des gauchistes, CGT....

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Bruno Le Maire

Bruno Le Maire est député LR de l'Eure, et candidat à la primaire de la droite et du centre.

Il a été successivement directeur de cabinet de Dominique de Villepin, secrétaire d'État aux Affaires européennes et ministre de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche.

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