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Brexit : comprendre Theresa May en relisant le discours de Bruges de Margaret Thatcher

Lettre de Londres mise en forme par Edouard Husson. Nous recevons régulièrement des textes rédigés par un certain Benjamin Disraëli, homonyme du grand homme politique britannique du XIXe siècle.

Disraeli Scanner

Publié le
Brexit : comprendre Theresa May en relisant le discours de Bruges de Margaret Thatcher

 Crédit DANIEL JANIN

Canton, 
Le 20 septembre 2018,
 

Mon cher ami, 

 
Quelle ironie de l’histoire! Nous fêtons, ce 20 septembre, tandis que Theresa May négocie le Brexit  à Salzbourg, le trentième anniversaire du discours que Margaret Thatcher prononça au Collège de Bruges sur l’avenir de ce qui s’appelait encore la Communauté Economique Européenne. Au fond, le Brexit est venu de ce que le constat de la Dame de Fer était, trente ans après, partagé par une majorité de Britanniques. Comment ne pas adhérer, en effet, à cette remarque décisive de l’ancien Premier ministre: au moment où l’Union Soviétique reconnaissait les méfaits d’une centralisation et d’un fédéralisme broyeur des nations, les Européens continentaux de l’Ouest décidaient de construire un grand ensemble bureaucratique.
Alors que l’on était en pleine révolution de l’information, qui donne un avantage compétitif aux ensembles de petite et de moyenne taille, la Communauté Européenne allait se jeter dans la plus absurde aventure monétaire du monde moderne: prétendre avoir un seul taux d’intérêt pour une zone monétaire non optimale, comme si la Grèce avait les mêmes besoins en crédit que l’Allemagne ou l’Espagne! 
 
A des milliers de kilomètres de Bruxelles et de Londres, j’ai pensé, en réécoutant le magnifique discours de Bruges, que la France de Mitterrand avait manqué une occasion historique, celle d’une substitution d’un axe franco-britannique prioritaire à l’axe franco-allemand. Vous vous rappelez ce que raconte la Dame de Fer dans ses Mémoires: tout au long de la réunification allemande, elle avait affaire à un François Mitterrand très critique du cavalier seul d’Helmut Kohl; elle lui proposait de faire cause commune aux conseils européens qui suivraient; et, à chaque fois, face à leurs confrères européens, votre président se dégonflait - pardonnez-moi cet usage familier du français mais j’ai toujours trouvé Mitterrand profondément vulgaire d’âme sous les apparences policées. 
 
A vrai dire, il faudrait reprendre toute l’histoire de l’Europe d’après-guerre. J’ai toujours, pour ma part, profondément regretté que la fraternité d’armes établie lors des deux conflits entre nos pays respectifs ne pèse pas plus dans la réorganisation du continent. Vous savez comme j’admire de Gaulle; pourtant, je crois qu’il fit une erreur, lorsqu’il se battait pour le plan Fouchet, d’écarter la Grande-Bretagne de la CEE. J’entends bien qu’il y allait du libre-échangisme, de la concurrence agricole du Commonwealth. J’imagine bien comment la perfide Albion aurait joué sur tous les tableaux: souverainiste avec de Gaulle et libre-échangiste avec Adenauer. Mais sur le long terme, de Gaulle a perdu: le compromis de Luxembourg, en 1965, a été obtenu péniblement; alors que Londres, au sein de la CEE, aurait tué le débat dans l’oeuf entre confédéralistes gaulliens et fédéralistes bruxellois. Au lieu de cela, les fédéralistes ont peu à peu grignoté le terrain perdu, après le départ du Général. 
 
Georges Pompidou a eu le bon réflexe, en acceptant l’entrée de la Grande-Bretagne dans la CEE. Mais ses successeurs n’en ont rien fait. Giscard a confondu une amitié conjoncturelle - le travail sans aspérités majeures avec Helmut Schmidt - et les enjeux structurels pour les deux pays. Et François Mitterrand était trop provincial pour saisir la chance historique que représentait Margaret Thatcher. Evidemment, il y aurait eu bien des débats compliqués: mais les thuriféraires de l’ancien président français auraient du mal à m’expliquer que l’atlantisme britannique était un obstacle. Surtout quand on se souvient comment Margaret Thatcher, avant tout le monde, a tendu la main à Mikhaïl Gorbatchev. Imaginons les deux puissances nucléaires d’Europe occidentale s’invitant aux sommets Reagan/Gorbatchev pour imaginer la sécurité européenne dès 1987 ou 1988! La réunification allemande aurait pu se mettre en place selon les termes imaginés par de Gaulle, celui d’une insertion de la République Fédérale dans une architecture de sécurité allant « de l’Atlantique à l’Oural ». 
 
Oui, mon cher ami, relisez le discours de Bruges - si vous ne le connaissez pas déjà par coeur. N’accablons pas Theresa May, par comparaison: elle n’a aucun interlocuteur à la hauteur de la situation à Paris ni à Berlin. Or il faut bien se rendre compte que si l’Union Européenne rate le Brexit, on ne donne pas cher de sa capacité à créer des consensus internes. Inévitablement, Paris et Berlin devront trouver un modus vivendi avec Londres - a fortiori si les discussions actuelles débouchaient sur un no deal Brexit. Pour ma part, j’espère que le jour n’est pas trop éloigné où Paris réfléchira systématiquement selon les coordonnées d’un triangle Berlin-Londres-Paris - un triangle isocèle où Paris et Londres se tiennent à la même distance de Berlin, cultivant leur proximité réciproque. 
 
Bien fidèlement à vous 
 
Benjamin Disraëli
 
Commentaires

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  • Par Atlante13 - 21/09/2018 - 10:17 - Signaler un abus Faut pas rêver,

    les anglais n'ont jamais eu d'autre vision que : GB first. Pa contre, concernant Mitterrand, vous avez déjà oublié que la création de l'Euro a été pour lui une véritable bouée de sauvetage, la France sous ses mandats a vécu une faillite économique complète et se diluer dans l'Europe lui a épargné une faillite historique à la grecque.

  • Par Ganesha - 21/09/2018 - 11:08 - Signaler un abus Parc aux Gazelles

    Mr. Husson compare ce ''discours de Bruges'' au sermon que le Bouddha prononça, il y a 2.500 ans, au ''Parc aux Gazelles'', à proximité de Bénarès. Cet anglophile cherche à nous convaincre que cette dame nous proposa ce jour là une analyse aussi pertinente que celle des ''Quatre Nobles Vérités''. Mr. Husson a peut être raison.

  • Par Ganesha - 21/09/2018 - 11:11 - Signaler un abus Revanche des Riches sur les Pauvres

    Cependant, à la différence du Bouddhisme, mme Thatcher a fondé une idéologie, le Libéralisme, la ''Revanche des Riches sur les Pauvres'', qui s'est révélée presque aussi délétère que le Communisme et le Nazisme. Ce système économique, qui a plongé des centaines de millions de prolétaires dans la misère, s'attaque désormais aux classes moyennes et enfonce la bourgeoisie dans la pauvreté ! Et cela, bien sûr, c'est intolérable ! Sa disparition, dans un gigantesque Krach boursier, est prévue dans les mois qui viennent...

  • Par J'accuse - 21/09/2018 - 11:57 - Signaler un abus Un vrai Brexit est un Brexit sans accord

    Ça me plaît, moi, le "no deal Brexit". Parce que des accords entre politiciens se font toujours sur le dos des peuples: donc, pas d'accord vaut mieux qu'un accord; les peuples se débrouillent tellement mieux sans ces parasites suceurs de sang (qui, seule différence avec les moustiques, ne sont pas des insectes).

  • Par Podoclaste - 21/09/2018 - 13:23 - Signaler un abus J'ai un rêve

    Yesss ! Quelles que soient les qualités que je reconnais sans hésiter à nos voisins allemands, cette expression "amitié franco-allemande" me glace le sang à chaque fois que je l'entends. Mon regard se portera toujours sur la Manche (paraphrase). Cet article me redonne un espoir : après le UKleave (Brexit), qui va marcher, l'UE va s'effondrer et la France traitée comme le fut (quelle honte) la Grèce il y a peu de temps. Une 2ème union européenne pour alors se créer, avec comme couple moteur UK-France. Merci Benjamin, hope is back.

  • Par Liberte5 - 21/09/2018 - 18:54 - Signaler un abus La France avec Mitterrand est allée à contre courant...

    et depuis nous payons cela en étant devenu un pays socialiste. Rien, depuis, n'arrête notre chute car tous les présidents qui se sont succèdés depuis, ont tous sans exception continué a rendre ce pays plus socialiste, plus pauvre, plus endetté, plus imposé en taxes, impôts, plus réglementé avec plus d'immigrés,plus de fonctionnaires . E. Macron reste sur cette lancée et dans 4 ans notre situation se sera encore détériorée.

  • Par ajm - 21/09/2018 - 20:13 - Signaler un abus La GB seule authentique nation démocratique.

    La GB, au fond, est le seul vrai pays digne de ce nom en Europe, ayant gardé un esprit de liberté authentique , avec un vrai patriotisme et un peuple qui se considére comme souverain et est encore traité comme tel. Les autres ont abdiqué leur droits souverains au profit d'une oligarchie protégée par un corpus juridique sans légitimité qui l'étouffe dans un corset de bien-pensance et de règles absurdes et contre-natures. Les Britanniques l'ont compris et vont sortir de ce monstre Bruxellois. A court terme, cela leur coûtera un peu mais, très rapidement, ils la balance du Brexit deviendra positive pour eux.

  • Par Benvoyons - 21/09/2018 - 20:56 - Signaler un abus ajm 21/09/2018 - 20:13 Amusant quand tu sais qu'en UK la Charia

    a le droit d'être appliqué en lieu & place des Lois de la Grande Bretagne Maintenant ce qui est amusant de la part Disraeli Scanner c'est cette présentation ("qui donne un avantage compétitif aux ensembles de petite et de moyenne taille,") Là tu vois le Pinocchio dans Disraeli. Il n'est pas débile mais il parle à ds débiles. C'est fou en disant ça que Disraeli ne pense pas à le préconiser aux Cons d'Américains avec USA & ses 50 États ayant encore plus de différences économiques que les États d'UE Pourquoi les économistes USA accompagnés par la pointure économique Disraeli ne pensent pas à se mettre dans la Configuration Disraeli donc en "petite et moyenne taille" indépendante & LIBRE & surtout en éliminant leur € qui s'appelle $:) Non bien évidemment ils ne voudront pas! Faudrait être vraiment Con pour le faire!! Ainsi c'est 1solution Disraeli qui n'est compatible & bonne que sur l'Union Européenne.&bien évidemment les débiles Nationalistes comme des buses même en triples buses se répandent sur ce miracle absolu celui de plein de petits marchés de 6 millions d'habitants & de 80 millions max. Alors qu'à Davos tout le monde parle de 7à12 plaques Géopolitico-économiques Comme l'UE

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Disraeli Scanner

Benjamin Disraeli (1804-1881), fondateur du parti conservateur britannique moderne, a été Premier Ministre de Sa Majesté en 1868 puis entre 1874 et 1880.  Aussi avons-nous été quelque peu surpris de recevoir, depuis quelques semaines, des "lettres de Londres" signées par un homonyme du grand homme d'Etat.  L'intérêt des informations et des analyses a néanmoins convaincus  l'historien Edouard Husson de publier les textes reçus au moment où se dessine, en France et dans le monde, un nouveau clivage politique, entre "conservateurs" et "libéraux". Peut être suivi aussi sur @Disraeli1874

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