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Du Brexit au référendum italien, les planètes sont-elles en train de s'aligner pour permettre une profonde refondation de l'Europe ?

Désormais presque seule capitaine du navire Europe, l'Allemagne pourrait avoir fort besoin d'un associé de taille pour faire le lien entre les pays du nord, du sud et de l'est. Malgré son désengagement de ces questions depuis plusieurs années, la France a de quoi prétendre à ce rôle.

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Publié le - Mis à jour le 2 Décembre 2016
Du Brexit au référendum italien, les planètes sont-elles en train de s'aligner pour permettre une profonde refondation de l'Europe ?

De nombreux dangers menacent l’équilibre des forces en Europe, comme la montée de l’extrême-droite en Autriche et en Allemagne. Cette dernière reste au centre de l’échiquier européen mais refuse d’assumer seule la gouvernance du navire. Crédit Pixabay

Atlantico : Ce dimanche 4 décembre, l'Italie organise un référendum décisif quant à son maintien dans l'Union européenne. Après le Brexit et le désinvestissement historique de la France sur les questions européennes, peut-on penser de l'Allemagne qu'elle fait face à la gouvernance seule ? A quel point est-elle isolée, particulièrement quand il s'agit d'imposer une rigueur budgétaire au reste des nations de l'UE ?

Alain Wallon : A la différence du Brexit, le référendum voulu par Matteo Renzi n’est pas à proprement parler un scrutin portant sur le maintien ou la sortie de l’UE puisque qu’il porte sur la validation d’une réforme constitutionnelle visant à décongestionner le système législatif italien, notamment en réduisant la taille et le rôle du Sénat italien, qui ne pourra plus renverser le gouvernement, au profit de la chambre des députés et simplifier la navette entre les deux chambres. Cela dit, en liant son propre sort à l’issue du vote, Renzi place l’Italie devant un dilemme risqué, une victoire du non pouvant déboucher, en sus de la chute du gouvernement de Renzi, sur des élections anticipées et une poussée conjointe des populistes du mouvement Cinq étoiles (M5E) de Beppe Grillo et d’autres partis susceptibles de remettre cause l’appartenance à la zone euro (comme le M5E), voire à l’UE, comme la Ligue du Nord et ses alliés.

L’Italie, pays fondateur de la Communauté européenne, est peu susceptible à mon avis de se jeter dans le vide hors de l’Union : elle n’a pas les parachutes, dorsal ou ventral, du Royaume-Uni ! D’autres dangers menacent l’équilibre des forces en Europe, comme la montée de l’extrême-droite en Autriche et en Allemagne. Cette dernière reste au centre de l’échiquier européen mais refuse d’assumer seule la gouvernance du navire. Le Brexit a renforcé à la fois son isolement, en lui enlevant le confort, si j’ose dire, d’un couple à trois avec la France, et son souci d’échapper à une position solitaire dont elle perçoit de plus en plus les inconvénients. La mansuétude récente de la Commission Juncker vis-à-vis des manquements du Portugal ou de la France, sans parler de l’Italie et de l’Espagne, à leurs engagements de réduction programmée de leurs déficits budgétaires est un signe des limites atteintes par l’attitude intransigeante, presque moralisante, de l’Allemagne vis-à-vis de ses partenaires persuadés que sans relance la réduction obsessionnelle du déficit est un puits sans filet et sans fond. Le niveau élevé des excédents allemands contraste désormais de façon criante avec le refus de ce pays de recycler ces excédents hors du pays vers les économies partenaires. Et même la très puissante Deutsche Bank - de taille équivalente au PIB italien ! - montre qu’elle a pêché, elle aussi et massivement, dans les eaux troubles des créances douteuses.

Combien de temps encore l’Allemagne continuera-t-elle de camper sur cette position fermée, finalement de court terme puisqu’elle risque de se heurter au mur invisible d’une stagnation mâtinée de crise politique dans tout le reste de la sphère européenne ? Il ne faut pourtant pas espérer une soudaine illumination sur un chemin de Damas reliant Berlin aux autres capitales : l’Allemagne ne mettra un peu d’eau dans le vin de sa doxa budgétaire que si des signes concrets lui parviennent, de Paris, de Rome, de Madrid ou Lisbonne que, sans pour autant continuer à accepter des remèdes de cheval jugés mortifères, les Etats concernés mettent progressivement en œuvre des réformes de fond susceptibles de rassurer Berlin sur leurs capacités à revenir à terme sur un terrain commun, gage de confiance indispensable à un desserrement par l’Allemagne de l’étau de la rigueur au sein de l’Eurogroupe.

 
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  • Par Carl Van Eduine - 29/11/2016 - 09:15 - Signaler un abus Budget = prurit

    Les Allemands ont la mémoire longue et se souviennent qu'après l'inflation démesurée de la République de Weinmar, ils ont subi, eux les premiers, le reste du monde ensuite la montée de l'hydre nazie. Ils n'admettront donc jamais de faire danser l'anse du panier à l'unisson avec les pays d'Europe du Sud. Ce n'est d'ailleurs pas leur faute si ces pays s'ingénient à vivre au dessus de leurs moyens. La solidarité, ce n'est pas la mendicité : pour être crédible, il faut comme vous le dites nettoyer chez soi. Actuellement, après trente ans de politique de la main tendue, au sens de la sébile j'entend, nous paraissons être des bouffons. La rigueur budgétaire là-dedans n'est que la partie visible de l'iceberg. Ce qui fait peur à l'Allemagne, c'est notre décadence industrielle, culturelle, financière. Le budget n'est qu'un prurit Et c'est bien à tout ceci que Fillon s'attaque. Il sait que pour que nous soyons audibles, nous devons être crédibles sur le fond. J'attend de la gauche la même lucidité, et chez Macron, on l'a. Ailleurs, je n'entend toujours rien

  • Par Ganesha - 29/11/2016 - 11:17 - Signaler un abus Pyramide de Ponzi

    Il y a tout de même une vérité élémentaire, qu'il faudrait avoir le courage de rappeler de temps à autre : l’Assouplissement Quantitatif (QE), ce n'est rien d'autre, en toute simplicité, qu'une Pyramide de Ponzi. Inutile de gaspiller son énergie à discuter, de chercher à trouver le remède miracle pour un problème totalement insoluble. Tout cela se terminera par un gigantesque Krach boursier et un effacement de toutes les dettes. On met le système bien à plat, et on repart sur des bases saines ! Cela ressemble à du Yaka-Faukon, mais il y a aussi des moments où la Vérité finit par se montrer nue, telle qu'en elle-même !

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Alain Wallon

Alain Wallon a été chef d'unité à la DG Traduction de la Commission européenne, après avoir créé et dirigé le secteur des drogues synthétiques à l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, agence de l'UE sise à Lisbonne. C'est aussi un ancien journaliste, chef dans les années 1980 du desk Etranger du quotidien Libération. Alain Wallon est diplômé en anthropologie sociale de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, VIème section devenue ultérieurement l'Ehess.

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