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Boom des Panic Rooms : la grande peur des millionnaires des Hamptons

Le "sentiment d'insécurité" est à la fois une notion institutionnelle permettant de qualifier des faits délictuels et, en même temps, une caractérisation hautement politisée souvent difficilement vérifiable.

Protection

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Boom des Panic Rooms : la grande peur des millionnaires  des Hamptons

 Crédit Reuters

 Atlantico :Les plus possédants sont-ils aussi les plus prompts à se sentir menacés ? Est-ce légitime ?

Alain Bauer : C’est surtout une très mauvaise traduction de « fear of crime » (la peur du crime), relation plus rationnelle que sentimentale. Ce concept appartient à la novlangue qui déqualifie le réel pour mieux l’ignorer.

En fait ce sont surtout les pauvres, les femmes, les jeunes et les populations en difficulté qui sont les plus touchées. 

Mais les milieux aisés sont des cibles qui ont les moyens de se protéger et qui le font.

L'anthropologue David Graeber définit le véritable critère de l'appartenance à la classe moyenne tel que "lorsqu'on voit un policier dans la rue, on se sent plus en sécurité et non moins".

Faut-il le prendre au sérieux en considérant que les classes les plus riches, à l'inverse des classes moyennes, préfèrent recourir à des systèmes de protection privés plutôt qu'à l'Etat sécuritaire ?

Je ne crois pas. Il s’agit moins d’une contradiction que d’une addition. Celles et ceux qui en ont les moyens choisissent l’option ceinture bretelles et parachutes au cas où ....

S'offrir une protection luxueuse peut aussi passer pour un signe de richesse et de distinction sociale, voire relever de comportements mimétiques et d'émulation. Le sentiment d'insécurité aboutit-il in fine au remplissage des carnets de commande des entreprises spécialistes de la sécurité ?

Ça peut arriver, surtout avec l s gardes du corps. Mais pour l’essentiel ça relève de l’assurance contre les risques et c’est très contraignant 

Aux Etats-Unis, la théorie du ruissellement s'applique également au complexe militaro-industriel, dont les coûts sont amortis à condition d'équiper lourdement jusqu'à la police locale. Lorsque l'on parle de protection des populations, existe-t-il un risque de confusion entre la menace terroriste et l'état d'urgence d'un côté, et des délits ou crimes plus conventionnels de l'autre, autrement dit entre le rôle du maintien de l'ordre et celui de la défense du territoire ? 

La sécurité est d’abord une question territoriale, puis de menaces, ensuite de missions, enfin de moyens. 

En général on pose les options inverses ce qui rend la gestion de la sécurité, tranquillité et salubre te publiques plus difficile.

Entre le Bobby britannique et le Rambo americain, la question n’est pas politique mais technique : pour quoi faire ?

La culture de la confrontation ou de la désescalade est née de la culture de la manifestation et de l’affrontement de rue.

Le reste est affaire de gestion de surplus.

 

 
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Alain Bauer

Alain Bauer est professeur de criminologie au Conservatoire National des Arts et Métiers, New York et Shanghai.

Il est notamment l'auteur de Les polices en France (Puf, 2010), Les politiques publiques de sécurité (Puf, 2011), Dernières nouvelles du crime (Cnrs, 2013) et Le terrorisme pour les Nuls" coécrit avec Christophe Soullez (First, 2014).

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