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La bombe sociale à retardement : les trentenaires interdits d’accès à la propriété

Seuls 7 % des trentenaires qui vivent en région parisienne parviennent à accéder à un logement qui corresponde à leurs besoins, selon une étude de l'Université Dauphine et du Crédit foncier. Ne parvenant pas à accéder à la propriété, 93% des 30-35 ans font les frais de loyers qui pèsent deux fois plus dans le revenu que dans les années 70.

Futur trouble

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La bombe sociale à retardement : les trentenaires interdits d’accès à la propriété

Seuls 7 % des trentenaires qui vivent en région parisienne parviennent à accéder à un logement qui corresponde à leurs besoins. Crédit Reuters

Atlantico : Selon une étude de l'Université Dauphine et du Crédit Foncier, seuls 27% des ménages ont les moyens d'accéder aujourd'hui, dans la région parisienne, à un logement qui corresponde réellement à leurs besoin. Ils étaient 44% en 1998. Chez les 30-35 ans, ce taux tombe à... 7%. Concrètement, quel est le risque pour l'économie nationale d'avoir des jeunes couples majoritairement locataires ?

Philippe Crevel : La propriété de sa résidence n’est pas une fin en soi. Les Français éprouvent une forte appétence pour la pierre et ils la paient très cher. 57 % des Français sont propriétaires de leur résidence et ce taux monte à 75 % pour les retraités.

La possession de son logement est perçue comme une sécurité, comme un des éléments clefs de la bonne préparation financière de sa retraite. La pierre offre un toit et n’a pas vocation à partir en fumée en cas de krach financier. Or, d'un point de vue financier, la pierre n’est pas obligatoirement une bonne affaire. En prenant en compte les charges, les impôts et surtout le coût d’acquisition, dans un très grand nombre de cas, il vaut mieux être locataire que propriétaire. En outre, avec une mobilité professionnelle en augmentation, la possession de son logement n’est pas obligatoirement un atout. L’immobilier n’est pas une valeur refuge insensible aux fluctuations économiques. Le prix du mètre carré entre 1992 et 1994 avait chuté de 50 % en région parisienne en raison de la hausse des taux d’intérêt et de la récession de 1993.

Avec le doublement des prix de l’immobilier en dix ans et avec des salaires qui progressent bien moins vite, il est malheureusement logique que les ménages rencontrent des difficultés importantes pour acheter un bien immobilier. Cela concerne tout naturellement les jeunes actifs qui ne disposent pas de patrimoine et qui sont primo-accédants. Les problèmes d’insertion des jeunes dans le monde du travail ne font que renforcer cette situation.

La question n’est pas la possession ou pas de sa résidence principale mais le fait que les jeunes couples doivent consacrer une part importante de leurs revenus pour se loger. Depuis 1970, le poids des loyers dans le revenu a doublé passant de 11 à plus de 22 %. Un ménage sur cinq consacre plus de 30 % de ses revenus pour se loger. La France souffre d’un manque de logement et d’une bulle spéculative dont les jeunes actifs sont les principales victimes.

Les retraites des trentenaires ne s'annoncent pas aussi élevées que celles de leurs parents, et l'immobilier est souvent considéré comme un pilier de cette période de la vie. Les trentenaires d'aujourd'hui risquent-ils d'être d'une génération qui restera toujours dans la mauvaise tranche ?

Pour les retraites, la période critique s’étale maintenant jusqu’aux années 2040. En effet, la France, comme bien d’autres pays, est confrontée tout à la fois à l’arrivée à l’âge de la retraite des baby-boomers et à l’allongement de l’espérance de vie. Si en 1981, moins de 350 000 personnes partaient à la retraite ; en 2014, ce sont plus de 700 000 qui sont concernées. En 1950, l’espérance de vie d’un jeune retraité était de 15 ans quand aujourd’hui elle dépasse 25 ans. A droits constants, cette mutation occasionne automatiquement une augmentation des dépenses sociales. Pour éviter une dérive des comptes publics, il faut donc diminuer le passif social en reportant l’âge de la retraite ou en diminuant les pensions. Depuis 1993, les différentes réformes ont réduit la facture de 4 à 6 points du PIB. Malheureusement, avec notre faible croissance et notre faible taux de chômage, cela est encore insuffisant. Le taux de remplacement, c’est-à-dire, le rapport entre la pension perçue et les derniers revenus professionnels devrait diminuer d’ici 2040 de près de 20 points pour les cadres. Après 2040, du fait de la stabilisation du nombre de retraités et si la fécondité française reste à son niveau actuel, la situation devrait être un peu moins tendue sous réserve que notre économie se soit d’ici là redressée… D’autre part, il ne faut pas considérer que l’évolution passée sera celle qui prévaudra dans le futur. Ainsi, avec l’augmentation du nombre de décès, le nombre de logements qui seront remis sur le marché devrait augmenter avec comme conséquence une chute des prix. Il ne faut donc pas préjuger de l’avenir…

 
Commentaires

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  • Par pale rider - 15/12/2014 - 09:20 - Signaler un abus "Les difficultés rencontrées par les jeunes actifs pour se loger

    et pour trouver un travail en phase avec leurs aspirations conduisent à leur expatriation." Tout à fait exact et c'est ce que nous avons fait. Le tableau était le même il y a vingt ans et c'est encore bien pire aujourd'hui . Choix qui s'est avéré très fructueux : qualité de vie , expérience professionnelle , enfants bilingues , ouverture sur le monde , et gain financier . Nous restons attachés à notre pays comme tous les français que je connais vivant hors de France . Peut être sommes nous fous mais nous y sommes retournés pour le moment . Les français mobiles font ainsi très souvent des "aller-retours" .

  • Par zouk - 15/12/2014 - 10:20 - Signaler un abus Nos multiples blocages injustifiables

    Age de la retraite, OGM, Fonds de pension... et combien d'autres? Dont surtout les gaz/pétrole de schiste. Nous gâchons toutes nos chances par des blocages purement idéologiques en fermant délibérément les yeux sur le reste du monde. Pour la bonne bouche, j'ajouterai les énergies "vertes" ruineuses et l'obsession d'arrêt des centrales nucléaires, rigoureusement non productrices de la terreur de nos écolos ignorants: le CO². Par ailleurs c'est vrai, comme la plupart des expatriés,après 10 ans en Grande Bretagne, je VOULAIS rentrer en France. Quelle déception! J'y ai retrouvé tous les immobilismes, préjugés, lâchetés, aveuglements que j'avais oubliés

  • Par cremone - 15/12/2014 - 22:32 - Signaler un abus "Si les trentenaires d'aujourd'hui vivent nettement plus vieux".

    ... c'est du Desproges ?

  • Par Anouman - 15/12/2014 - 22:55 - Signaler un abus Logement

    Et curieusement celui qui possède son logement et en a un ou deux en locatif est aidé fiscalement pour en acheter un troisième alors qu'un primo accédant ne peut rien déduire, et cela que soit un gouvernement de gauche ou de droite. Cherchez l'erreur.

  • Par Deudeuche - 16/12/2014 - 21:18 - Signaler un abus Article sur la région parisienne

    Bon alors c'est un problème parisien, La France c'est Paris. Paris quoi encore et toujours Paris. Ailleurs qu"à Paris ça flotte encore...Fluctuat nec mergitur!

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Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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