Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Samedi 21 Avril 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Boao Forum : Xi Jinping souligne qu’il ne veut pas de guerre froide économique avec l’Occident

Au Boao Forum for Asia, Xi Jinping s'est montré plus conciliant qu'habituellement, acceptant même de regarder son excédent commercial comme une source de tension. Tension qu'il affirme fuir.

Zen

Publié le
Boao Forum : Xi Jinping souligne qu’il ne veut pas de guerre froide économique avec l’Occident

Atlantico : Dans un discours prononcé à l'occasion du Boao Forum for Asia, régulièrement présenté comme le "Davos asiatique", le président chinois Xi Jinping a pu montrer une attitude apparemment plus conciliante vis à vis des critiques qui ont pu lui être adressées, notamment de la part des Etats Unis. En déclarant par exemple que la Chine ne cherchait pas à obtenir un excédent commercial, en se montrant favorable à une progression de ses importations, le président chinois cherche-t-il la désescalade avec les Etats-Unis ?

​Peut-on en conclure que les tentatives protectionnistes américaines sont efficaces ?

Rémi Bourgeot : La stratégie de développement de la Chine est désormais focalisée sur la montée en gamme technologique. Xi Jinping a voulu insister, lors du forum de Boao, sur le fait que les objectifs de réorientation allaient faire évoluer le pays dans un sens moins déséquilibrée vis-à-vis du reste du monde. Le problème réside dans le fait que la montée en gamme se produit dans un cadre structurellement déjà très déséquilibré sur le plan commercial. En particulier, l’ouverture du marché intérieur repose encore fondamentalement pour les entreprises étrangères sur la contrepartie de transferts de technologie dans tous les secteurs industriels en question ; transferts sur la base desquels la Chine améliore sa compétitivité, n’hésitant pas au passage à réexporter par le biais de ses propres marques domestiques les produits issus de ces technologies.

Le rééquilibrage chinois, s’il s’approfondit serait évidemment une bonne nouvelle pour l’économie mondiale, mais il reste naturellement à évaluer les conditions dans lesquelles il s’effectue. Et il s’avère que, sur le plan technologique, ces conditions elles-mêmes créent de nouveaux déséquilibres d’un autre type, qui menacent en retour le processus de modernisation technologique des pays développés, qui est pourtant indispensable.

Un problème économique très réel se présente ainsi, qui dépasse les approches politiques des uns et des autres. La question des investissements, et en particulier des rachats d’entreprises, apparaît comme essentiel bien qu’elle ait assez largement échappé aux débats commerciaux dans le cadre de l’OMC ces deux dernières décennies. La question n’est évidemment pas soulevée qu’aux Etats-Unis mais, de plus en plus, par l’ensemble des pays développés. La France s’en inquiète notamment, mais surtout on voit en Allemagne une prise de conscience très vive au sujet du rachat d’entreprises nationales, en particulier dans le secteur robotique. La carte de la compétitivité mondiale peut se trouver entièrement rebattue d’ici quelques années en fonction de la vitesse à laquelle les divers pays parviendront à développer et exploiter les technologies issues de la robotique, de l’impression 3D ou encore de l’intelligence artificielle.

L’approche de Donald Trump entre directement en collision avec la stratégie économique de Xi Jinping. Le débat évolue de façon intéressante aux Etats-Unis et, quelle que soit l’opinion des uns et des autres sur les mesures douanières actuelles, l’importance des déséquilibres commerciaux est de moins en moins ignorée. Le débat commercial tend à s’orienter davantage sur les conditions de l’avancement technologique. Donald Trump avait commencé par des mesures douanières théâtrales sur l’aluminium et l’acier (qui allait d’ailleurs à divers égards moins loin que celle de Barack Obama) puis a fini par se recentrer sur les technologies avancées.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par ajm - 12/04/2018 - 20:25 - Signaler un abus Definition du contenu "technologique"

    J'ai du mal à comprendre ce que RB considère comme exportations à haut contenu technologique . Les productions de Mercedes, d'Airbus ou de médicaments de Sanofi ou de Bayer n'ont ils pas un fort contenu technologique ? Le problème avec la Chine, c'est que beaucoup de produits Européens ou US à fort contenu technologique sont fabriqués en Chine et que les emplois de haut management et de RD qui ne sont pas délocalisés ne peuvent concerner qu'une petite minorité de salariés , même si la consommation de cette minorité suscite une quantité non.négligeable d'emplois autour d'elle, en particulier de services.

  • Par vangog - 12/04/2018 - 21:53 - Signaler un abus Le socialisme ayant lobotomisé la créativité des Chinois...

    ils ont terriblement besoin des transferts de technologie occidentale pour progresser. Et XI Jing Ping en est conscient...Donald a virtuellement gagné son pari visionnaire, car les Chinois reculent et admettent que leur excédent commercial est rhedibitoire pour l’occident...well done, Donald!

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€