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Big Father et bébés Tamagochis : où fixer les limites quand la technologie permet aux parents de tout savoir sur les mouvements et la santé de leurs enfants ?

La technologie actuelle n'hésite pas à pénétrer le moindre interstice du quotidien. Ainsi elle s'impose de plus en plus dans le lien entre les parents et leurs enfants, quitte à transformer le parent attentif en parent-flic. Pour autant, tout savoir sur ce qu'ils font n'est pas une source d'apaisement. Au contraire, la possibilité de tout savoir peut générer une forme d'angoisse.

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Big Father et bébés Tamagochis : où fixer les limites quand la technologie permet aux parents de tout savoir sur les mouvements et la santé de leurs enfants ?

La technologie permet aux parents de tout savoir de leurs enfants.  Crédit Reuters

Atlantico : La nouvelle technologie s'impose de plus en plus entre les parents et leurs enfants, que ce soit sous forme d'applications pour surveiller la santé de son bébé en permanence et recevoir des conseils, de téléphones portable ou de carte bancaire qui envoie des mails au moindre achat d'un enfant. Cette technologie rassure et renforce l'angoisse. Quelle est la limite à fixer entre le rôle de parent et les nouvelles technologies ?

Christophe Deshayes : Tout d’abord, concernant les rapports entre les parents et leurs adolescents, il est important que les parents n’utilisent pas les nouvelles technologies pour "fliquer" leurs enfants.

Et encore moins en se faisant passer pour leurs amis, par exemple en leur demandant l’ajout sur Facebook. Même si l’intention à la base n’est pas d’être constamment derrière eux, le résultat sera inévitablement celui-là. Finalement, le flicage tue le lien de parentalité. Cela signifie que l’on ne fait pas confiance en son enfant, tandis que lui se méfie de vous. La technologie doit permettre de joindre son enfant en cas de besoin, pas plus.

Il est important de noter qu’au départ, les téléphones portables étaient vendus non pas aux enfants mais aux parents afin de les rassurer et de répondre à leur inquiétude. Ce phénomène est tout à fait sociétal. On a peur de ce qui peut arriver à notre enfant. On ignore ce qu’ils font et donc on imagine le pire. La technologie est finalement à double tranchant : elle nous permet de faire beaucoup de choses et notamment de nous rassurer, mais elle nous inquiète tout autant.

Concernant le phénomène des applications pour surveiller son bébé, il s’agit d’une mode qui en dit beaucoup sur notre société, une mode qui s’inscrit dans une tendance à créer des objets connectés et des applications pour un peu tout. Actuellement, on se coache pour tout, alors pourquoi ne pas être coaché dans une activité qui angoisse n’importe qui de sensé, à savoir la parentalité ? Mais si l’on regarde bien, à chaque fois que l’on a vu un nouveau type de coaching émerger, une partie de la population a trouvé ça malsain et illiégitime, du moins au début.

A chaque fois que l’on a besoin de quelqu’un ou de quelque chose, l’avouer peut être pris pour un signe de faiblesse ou d’incompétence. Pour reprendre les applications pour bébé, les recommandations transmises aux parents par l’application sont souvent des recommandations sérieuses, médicales, parfois établies par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pourquoi ces recommandations disponibles au bon moment ne seraient-elles une aide pour certains parents ? La question de savoir si cela va trop loin, les Américains pensent que non, nous pensons que oui. Mais la véritable question à se poser est si cela nous aide vraiment et ce qu’on fait réellement de cette technologie. Pour certains parents, à l’évidence, la réponse est positive, alors tant mieux surtout que de toute façon, la technologie est là. Pour d’autres, la réponse est non, alors ça ne sert à rien de rajouter cette source de stress et d’activité. Cela peut même être dangereux.

 
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Christophe Deshayes

Christophe Deshayes est diplômé de l’INSEEC. PDG fondateur de Documental – observatoire impertinent des TIC – de 1996 à 2012‚ il intervient comme conférencier d’entreprise sur les sujets des technologies numériques‚ leurs usages et leur impact sur les métiers et les rapports sociaux. Il est notamment l'auteur du Petit traité du bonheur 2.0

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