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Bienvenue dans l’ère du dolorisme identitaire : mal politique... ou psychologique ?

Petits éléments de réponse sur les moteurs conscients et inconscients des nouveaux professionnels de la culpabilisation à l’identité qui n’arrêtent plus leurs injonctions à la société française dans le fil de la victoire des Bleus (blanc rouge) au Mondial.

Caliméro

Publié le
Bienvenue dans l’ère du dolorisme identitaire : mal politique... ou psychologique ?

 Crédit ERIC FEFERBERG / AFP

Atlantico : De l'affaire des "sparadraps blancs" dénoncés par Rokhaya Diallo à Arnaud Gauthier-Fawas qui affirme sans sourciller sur le plateau de "Arrêts sur images" qu'il n'est pas un homme, la défense des minorités prend parfois des allures grotesques. Plus qu'un acte politique, ces interventions médiatiques ne sont-elles pas le symptôme de souffrances personnelles exacerbées ?

Nicolas Moreau : En règle générale, plus les propos tenus sont grotesques ou outranciers, plus la polémique qui les entoure est forte. 
 
Malheureusement, les médias doivent bien vivre, et pour ce faire, il est nécessaire pour eux d'entrer dans ces inévitables polémiques.
Le plus simple pour cela est d'aller solliciter directement les personnes "originales" à la source de ces polémiques, qui se répartissent majoritairement en deux groupes : les sincères et les professionnels.
 
Les sincères croient réellement à leurs idées, toutes grotesques qu'elles puissent paraître. C'est très probablement le cas d'Arnaud Gauthier-Fawas quand il déclare qu'il ne se définit pas comme un homme. Autrefois, on l'aurait simplement traité de fou, ou d'idiot du village, et on serait passé à autre chose. Mais les avancées en termes de tolérance poussent de plus en plus à donner la parole, et faire écouter ces voix originales, sans qu'au fond la définition de la folie n'ait tellement évolué. Ces voix dissonantes sont alors livrées en pâture à une foule dont une partie n'est pas tolérante envers ceux qu'elle considère comme des fous, et la polémique enfle, encouragée par les échanges avec ceux qui veulent défendre l'originalité. 
 
Toutefois, dans ces cas où des lynchages accompagnent la polémique, la souffrance n'est pas tant du côté des originaux sincères qui s'expriment que du coté des lyncheurs. Les sincères s'expriment à visage découvert, avec courage, et avec une force certaine qui implique qu'ils affrontent leurs souffrances. Celles-ci sont bien plus présentes chez les lyncheurs, généralement cachés sous pseudonyme, à l'abri derrière leur écran. ravis de pouvoir trouver plus faible que soi à lyncher, avec l'appui rassurant d'un groupe. La faiblesse de ces lyncheurs est sans nul doute le symbole de souffrances personnelles beaucoup plus fortes que celles des originaux. 
 
Au delà des sincères, il existe des originaux professionnels, prêts à servir n'importe quel discours choquant si tant est qu'il permette de se maintenir sur tous les plateaux, comme Rokhaya Diallo, ou qu'il permette de vendre les solutions qui vont en face des problèmes dénoncés, comme le fait Caroline de Haas. Ces gens sont des agitateurs professionnels. Des intermittents du spectacle. Ces outrances ne sont toutefois pas dénuées d'intérêt, puisqu'elles sont de plus en plus prises en compte par les hommes politiques, qui s'y laissent piéger. Emmanuel Macron lui-même parle désormais de "mâles blancs" et de "radicalisation de la laïcité", qui sont des chevaux de bataille classique de ces professionnels de l'agitation.
 
Il n'y a donc pas de raison qu'ils cessent leurs outrances.
 
Pascal Neveu : Ces sujets sont fortement polémiques.
 
Il est nécessaire de prendre de la distance afin de questionner et mieux comprendre ce que tout le monde réclame.
 
Dans ce « tout ce monde », il s’agit d’entendre toutes et tous… dans leur identité vécue et subie comme une minorité, et ce de manière réelle.
 
Aucun sociologue ou thérapeute ne peut nier la souffrance de celles et ceux qui vivent cachés, qui ne peuvent vivre librement et ouvertement ce qu’ils sont dans leur singularité de corps et de cœur.
 
Au delà du supposé grotesque, j’entends surtout en consultation une souffrance terrible, un désir d’être accepté, une demande d’être aimé.
 
Car au delà des clichés, j’ai pu jusque ce jour où la coupe du monde de foot liait toutes les françaises et tous les français, me rendre compte que l’exacerbation n’est rattachée qu’au désir de dire qui on est !
 
Être, le dire, le vivre est compliqué.
 
Aussi, bien évidemment que « derrière » ces mots, il se cache surtout des maux !
 
Combien j’ai sauvé des « gamins » qui seraient actuellement morts car rejetés, ne s’acceptant pas, de par leur sexualité, mais aussi leur couleur de peau, leur origine…
 
Et parfois des phrases choc tentent d’éveiller des consciences, souvent en décalage médiatique.
 
Le terme minorité est révélateur de la souffrance et du besoin d’entendre la douleur.
 
Mais il me semble important d’aller au delà du qualificatif minorité afin de tendre vers le « Nous ».
 
 
Commentaires

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  • Par vauban - 19/07/2018 - 08:04 - Signaler un abus Mr Neveu

    Merci Cela faisait très longtemps que je n’avais pas autant rigolé en prenant mon petit déjeuner ! Dommage que les guignols de l’info n’en soient plus :vous en êtes un plus vrai que vrai Sérieusement je croyais que les psy’ de votre acabit n’existaient plus...

  • Par Nin@ - 19/07/2018 - 08:32 - Signaler un abus Excellent article

    Par d'accord Vauban. Il décrit parfaitement une situation telle qu'elle est et avec recul. Je partage vos opinions Mr Neveu sur la victimisation. Merci. La fin n'est peut être pas la plus adéquate ici mais elle a le mérite de proposer une option.

  • Par vangog - 19/07/2018 - 10:14 - Signaler un abus Oui, ça partait à peu près bien...

    lorsque les psychologues se cantonnaient au constat...personne ne nie les souffrances de certains individus qui se sentent « mal dans leur peau »...Mais lorsque les psychologues commencent à invoquer le communautarisme et le racisme (mot qui n’existe plus et n’en doit plus être utilisé, interdit! rappelons-le!...), ça se gâte franchement!...et lorsqu’ils abordent la solution de l’empathie généralisée, là, on sent que les pipologues ont atteint la frontière du bisounoursisme intégral...non! L’empathie ne se fabrique pas! Elle est, ou elle n’est pas!...l’empathie généralisée et obligatoire, c’est le monde aseptisé et stérile d’Orwell, le rêve bisounoursique absolu, l’obsession du gamin qui nous gouverne et ne cesse de répéter à tous les inconnus qu’il croise « je vous aime! », sans comprendre le sens des mots prononcés...la réalité est diverse, mouvante, incontrôlable, surtout par des idéologues sectaires...

  • Par Citoyen-libre - 19/07/2018 - 10:47 - Signaler un abus A quand la prise de conscience ?

    Le rêve américain a existé. Il n'y a pas de rêve français. Quand on a décidé de mettre dans chaque télévision, un responsable de la diversité et des minorités visibles, alors ce jour là, il a été décidé de tuer le modèle français. De ce jour, tous les petits groupes, ont cru et ils le croient encore, qu'ils pourraient imposer leurs particularismes. L'immigré honnête, comme l'ont été les italiens ou espagnols, ont tous éduqués leurs enfants, pour qu'ils rejoignent le modèle que représentait le pays d'adoption. Nous, nous n'avons de cesse de descendre notre niveau pour nous adapter à l'arrivant. De fait, la petite tête blonde a disparu des écrans. La télé dans son ensemble est le vecteur principale du mal-être français. Le pays ne se reconnaît plus dans ce qu'on lui impose, c'est à dire le modèle socialo-gauchiste. Et les attentats, par la lâcheté de nos dirigeants, ont aggravé cette volonté de faire disparaître le modèle français. Quand la prise de conscience va t-elle se faire ? En 1998, le black-blanc-beurre avait été catastrophique, sauf bien sur pour Thuram. Aujourd'hui, on préfère dire bleu-blanc-rouge, c'est donc reconnaître que la stratégie est mauvaise.

  • Par kelenborn - 19/07/2018 - 14:40 - Signaler un abus Fallait-il

    donner en même temps la parole aux deux intervenants? Si c'était pour faire la différence entre les propos de quelqu'un qui a les pieds sur terre et le discours d'ivrogne d'un "logue" c'est réussi! On croyait Freud enterré: il rote et pete encore! J'ai bien aimé ce que raconte Moreau sur ces frapadingues qui sont des "intermittents " du spectacle mais aussi sur les lyncheurs! Loin de moi de défendre des abrutis comme ceux cités plus haut mais il faut reconnaître que les réactions que ces imbéciles suscitent donnent souvent plus que du mal-à_l'aise ! Je le dis et répète; combien, parmi ceux qui bêlent ici seraient à la cave au premier coup de canon? Car se battre contre ces pauvres cloches c'est se tromper de cible; les véritables coupables sont ceux protègent ces détraqués! Plennel et Joffrin Mouchard sont infiniment plus dangereux qu'eux car ils disposent du pouvoir de manipuler l'opinion, non sous couvert de l'anonymat mais sous couvert d'une respectabilité affichée, celle la même laquelle il faut s'attaquer

  • Par kelenborn - 19/07/2018 - 14:48 - Signaler un abus citoyen libre

    Il est rare que je sois d'accord avec vous mais quand c'est le cas je le dis:et il n'y a pas que cette insistance lourde à nous amener un black dans chaque pub. Même Netflix(que je regarde parce que ses séries sont meilleures que la merde du PAF) a du imposer un cahier des charges aux producteurs: il nous faut à chaque fois un pédé et une gouine , et si c'est une gendarmette c'est encore mieux! Regardez les pubs ( généralement je coupe le son ou carrément la TV): les hommes sont toujours présentés comme des pauvres types ridicules (Chérie tu as vu que Leclerc propose trois paquets de frieskies pour le prix d'un" ou encore en bouffant un sandwich " Non la tu déconnes , ils t'ont quand même pas proposé 50% d'économies" tandis que la femme, quand elle répond, on a l'impression que c'est Einstein qu'on vient de déranger pendant qu'il composait le 21 eme concerto !

  • Par docmaboul - 23/07/2018 - 20:13 - Signaler un abus quand

    va-t-on arrêter avec toutes ces conneries ?Il faut simplement zapper tout ça, c'est facile avec votre télécommande.

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Nicolas Moreau

Diplômé d'école de commerce, Nicolas Moreau a exercé en tant qu'auditeur pendant une décennie, auprès de nombreux acteurs publics, associatifs et privés.

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Pascal Neveu

Pascal Neveu est directeur de l'Institut Français de la Psychanalyse Active (IFPA) et secrétaire général du Conseil Supérieur de la Psychanalyse Active (CSDPA). Il est responsable national de la cellule de soutien psychologique au sein de l’Œuvre des Pupilles Orphelins des Sapeurs-Pompiers de France (ODP).

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