Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mardi 28 Juin 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Bernie Sanders et la gauche de la gauche française, même combat (et même difficulté à capter le vote des minorités) ?

Si aux Etats-Unis, Bernie Sanders peine à capter à capter le vote démocrate issu des minorités (qui lui préfèrent Hillary Clinton), la gauche de la gauche française ne fait pas non plus le plein de voix parmi cet électorat.

Vote (trop) blanc

Publié le
Bernie Sanders et la gauche de la gauche française, même combat (et même difficulté à capter le vote des minorités) ?

Atlantico : Aux Etats-Unis, Bernie Sanders peine aujourd'hui à convaincre l'électorat démocrate issu des minorités de voter pour lui et non pour Hillary Clinton. Cette situation, où la gauche de la gauche a du mal à s'attirer le vote des minorités par rapport à la gauche plus modérée ou plus "centriste", est-elle transposable à la France ?

Sylvain Manternach : C’est difficile de comparer les situations américaine et française. D’abord, les Etats-Unis apparaissent comme les champions de la statistique ethnique, alors qu’en France ce sujet est régulièrement l’objet de débats houleux, voire d’invectives et de règlements de comptes entre chercheurs.

Aux Etats-Unis, c’est un véritable outil que ce soit lors des campagnes électorales ou pour la mise en place de politiques publiques tandis qu’en France, la notion de discrimination positive a très mauvaise presse et que les politiques publiques sont appliquées sur des territoires dits fragilisés et les populations qui s’y trouvent sans distinction liées à une quelconque origine ou appartenance ethnique, culturelle ou religieuse. Et pour ce qui est des questions électorales, on rappellera la très mauvaise réception du rapport publié par le Think Tank Terra Nova en mai 2011 "Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ?". Faisant le constat d’une rupture de valeurs entre la gauche et la classe ouvrière, les auteurs y préconisaient une nouvelle alliance stratégique autour des jeunes, des femmes, des diplômés et des minorités, ce qui avait provoqué de très nombreuses et très négatives réactions et l’accusation d’abandonner les ouvriers et les employés au Front National.

Malgré tout, en France, ces questions méritent d’être posées, ne serait-ce que pour y apporter des réponses argumentées, basées sur de sérieuses recherches plutôt que de ressasser des idées reçues. Enfin, si dans les faits on dispose en France de quelques statistiques de ce type, elles sont encore relativement rares et plutôt centrées sur la question de la religion, sur le mode déclaratif, que sur un critère ethnique ou raciale. Il est donc nécessaire d’opérer ce glissement si l’on veut pouvoir s’appuyer sur des données concernant les minorités en France.

Concernant les Etats-Unis, il faut préciser que c’est surtout auprès de la minorité afro-américaine que Bernie Sanders est en difficulté puisque ses résultats auprès des latino-américains sont bien meilleurs. Il est aussi utile de souligner que les difficultés de Bernie Sanders auprès de la minorité afro-américaine ne tiennent pas forcément d’une ligne politique plus à gauche de celle d’Hillary Clinton mais bien plus à sa position d’outsider et de candidat indépendant à l’investiture du parti démocrate. Déjà en 2008, dans cette position d’outsider face à la même Hillary Clinton, Barack Obama avait éprouvé de grandes difficultés à s’imposer auprès de l’électorat afro-américain et c’est sa victoire dans le caucus de l’Iowa qui lui avait permis d’inverser une tendance jusque-là favorable à Hillary Clinton. C’est cette première victoire qui, rendant possible sa désignation finale, avait permis ce basculement bien plus que l’éventualité de voir le premier président noir entrer à la Maison Blanche. Cette année, les premières primaires n’ont pas permis à Bernie Sanders de ravir à Hillary Clinton son statut de favorite et c’est donc en position de force qu’elle a abordé les primaires dans les Etats où se trouve une forte minorité noire-américaine. Elle a ainsi remportée plus de 80% des suffrages des afro-américains en Caroline du Sud le samedi 27 février, ce qui lui a permis de l’emporter avec 73% des votes contre 26% à Bernie Sanders. Lors du Super Tuesday, le mardi 1er mars, elle l’a aussi nettement emporté dans les Etats du Sud comme la Géorgie (71% contre 28%), l’Alabama (78% contre 19%), l’Arkansas (66% contre 30%) ou le Texas (65% contre 33%). A ce premier critère légitimiste s’ajoute le fait que Bernie Sanders soit un candidat indépendant, tandis qu’Hillary Clinton dispose de nombreux relais auprès de cet électorat au sein même du parti démocrate.

D'un point de vue sociologie électorale, François Hollande a majoritairement récolté ce vote en 2012. Comment expliquer le fait que le PS soit plus performant à ce niveau-là que la gauche de la gauche, le Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon notamment ?

S’il est vrai que François Hollande a obtenu d’excellents résultats auprès des Français de confession musulmane au 1er comme au 2ème tour des élections présidentielles, les résultats de Jean-Luc Mélenchon ne constitue pas pour autant une contre-performance. Comme on peut le voir dans ce tableau tiré de Karim vote à gauche et son voisin vote FN, il obtient tout de même le suffrage de 20% de cette frange de l’électorat, soit 9 points de plus que son score auprès de l’ensemble des Français. C’est nettement moins que François Hollande qui obtient 57% des suffrages des Français de confession musulmane (+ 28 points) mais cela reste dans la proportion de 1 à 3 que l’on observe par ailleurs entre le résultat final de Jean-Luc Mélenchon et François Hollande. Surtout, alors qu’en 2007 le score cumulé de l’extrême-gauche et de Jean-Luc Mélenchon n’était que de 10%, il le fait passer à 21%, au détriment de François Bayrou qui passe de 15% à 6% tandis que pour le Parti socialiste la tendance est à la stabilité puisque Ségolène Royal n’obtenait qu’un point de plus que François Hollande à 58%.

On peut noter également le score réalisé par Jean-Luc Mélenchon en Seine-Saint-Denis lors des présidentielles de 2012, qui en faisait le département français qui votait le plus pour le candidat du Front de Gauche. Si, avec 16,99% des exprimés, il est loin des 27,28% de Georges Marchais en 1981, il obtient un meilleur score qu’André Lajoinie en 1988 avec seulement 13,51% et surtout que Marie-Georges Buffet en 2007 avec seulement 3,57% des suffrages. Et si l’on considère le recul de l’encadrement politique, syndical et militant dans cette portion de la banlieue rouge depuis la fin des années 80, on peut considérer que ce bon score est fortement lié à la progression globale constatée auprès des électeurs de confession musulmane.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Liberte5 - 14/03/2016 - 17:44 - Signaler un abus La gauche de la gauche n'existe pas ....

    C'est l'extrême gauche. Que cela vous plaise ou pas.

  • Par perceval - 14/03/2016 - 18:06 - Signaler un abus On a beau parler de démocratie

    Je constate que bien plus qu'avant nous en sommes réduits à des votes tribaux.

  • Par vangog - 15/03/2016 - 00:36 - Signaler un abus Les statistiques ethniques sont interdites en France

    par la dictature de la pensée unique...malgré les circonvolutions locutives de ce géographe pour nous faire qu'il en existe un peu, des "déclaratives", elles sont interdites! Donc, fin de la discussion...circulez!

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Sylvain Manternach

Géographe-cartographe, formé à l’Institut français de géopolitique et auteur d'une note sur les résultats du second tour des élections départementales co-écrite avec Jérome Fourquet, Directeur du département Opinion et stratégie d'entreprirses de l'IFOP. Ses publications : Perpignan, une ville avant le Front (avec Jérôme Fourquet et Nicolas Lebourg), Fondation Jean Jaurès.Karim vote à gauche et son voisin vote FN (collectif sous la direction de Jérôme Fourquet), Editions de l'aube. L'an prochain à Jérusalem (avec Jérôme Fourquet), Editions de l'aube. 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€