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Benoît Hamon : "Ces formations politiques, ces nouveaux partis bâtis autour d'un seul homme sont une forme appauvrie de démocratie."

Candidat à la primaire de la Belle Alliance Populaire, Benoît Hamon revient pour Atlantico sur cette élection cruciale pour l'avenir de la gauche. Entretien.

Entretien politique

Publié le - Mis à jour le 6 Janvier 2017
Info Atlantico
Benoît Hamon : "Ces formations politiques, ces nouveaux partis bâtis autour d'un seul homme sont une forme appauvrie de démocratie."

Atlantico: Comment avez-vous trouvé les derniers vœux de François Hollande aux Français ? Vous paraissent-ils refléter ce qu'a été son quinquennat ? Quelle image pensez-vous qu'il laisse ainsi au peuple qui l'a élu près de cinq ans auparavant ? 

Benoît Hamon : Le président de la République est apparu solennel, dense, concentré sur sa tâche. Chacun connaît mes désaccords avec lui sur la question sociale notamment. Il a cependant hérité il y a 5 ans d'un pays en situation dramatique. Son bilan est contrasté mais n'est pas globalement indéfendable comme je l'ai entendu dire. Je veux, en ce qui me concerne, instruit par cette expérience collective et précieuse du pouvoir, de ses réussites et de ses renoncements, tourner la page et regarder vers l'avenir et surtout vers le long terme.

C'est le sens de mon projet qui propose aux Français une vision des transitions à mettre en œuvre en matière de travail, d'écologie ou de démocratie. 

La gauche se présentera à cette présidentielle en ordre dispersé, avec notamment Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Emmanuel Macron qui vont concourir en-dehors de la primaire de la Belle Alliance Populaire. Vous avez déclaré récemment sur LCI que si vous remportiez cette primaire, vous contacteriez immédiatement ces trois personnalités pour voir "quelles sont les passerelles possibles". Qu'entendez-vous concrètement par là ? Avez-vous l'espoir de présenter une candidature commune à la présidentielle, ou au moins avec l'un ou l'autre de ces candidats ?

Si l’on veut avoir une chance de voir la gauche gagner en 2017, je crois profondément qu’il faut aller au-delà des ego et des trajectoires individuelles et savoir reconnaître qu’il existe de nombreuses passerelles entre les projets des uns et des autres. Je pense notamment à l’exigence écologique, à la nécessité de rejeter le modèle consumériste et productiviste, nécessité qui a été mise en avant par Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon, et d'autres au Parti socialiste. 

Je ne crois pas aux gauches irréconciliables : il peut y avoir des divergences mais quand les valeurs de fond sont respectées, il devrait être possible de faire une alliance très large à gauche autour d’un projet de transformation de la société. 

Par ailleurs, s’agissant d’Emmanuel Macron, je ne trouve pas que son projet économique et social soit particulièrement moderne et de gauche mais je vois des convergences de fait sur les questions régaliennes. Nous partageons le constat qu’il est nécessaire de penser la révolution numérique et son impact sur le travail. Pour ma part, je pense qu’il faut renforcer la protection sociale et non pas la fragiliser. Je suis ouvert à un débat sur le fond avec Emmanuel Macron sur ces questions. 

Vous avez par ailleurs déclaré qu'Emmanuel Macron vous "compliquait considérablement la tâche" en se présentant en-dehors de cette primaire. Comprenez-vous l'engouement dont il semble bénéficier ? Comment comptez-vous vous adresser à ces Français qui semblent séduits par son discours rejetant le traditionnel clivage gauche-droite ?

Je reconnais volontiers qu’il y a un intérêt autour de la candidature d’Emmanuel Macron. Il a le mérite de mettre des questions de fond sur la table : que devons-nous faire face à l’ubérisation ? Quelles sont les adaptations à faire face à la révolution numérique ? Comment adapter notre marché du travail ou notre protection sociale ? Il est vrai que ces questions sont essentielles. Pour autant, pour avoir regardé de près les quelques propositions qui ont été formulées, je considère ses réponses plutôt classiques : je vois des solutions d’hier remises au goût du jour (allongement du temps de travail, licenciement facilité…) et certaines propositions apparemment nouvelles mais qui participent de la même logique : je prends l’exemple de l’autorisation, pour le salarié qui fait un burn-out, de toucher le chômage lorsqu’il démissionne. On nous présente cela comme de la modernité, mieux, comme un progrès social : moi j’y vois une façon de dédouaner l’entreprise de sa responsabilité dans le choix d'une organisation du travail ou d'une politique managériale qui produisent de la souffrance psychique et des burn-out. On fait payer à la collectivité les pots cassés. 

Sur l'homme, je le respecte. Mais je mets en garde contre ces formations politiques, ces nouveaux partis bâtis autour d'un seul homme. Je crois en l'intelligence collective et me méfie du mythe de l'homme providentiel. J'y vois même une forme appauvrie de démocratie. 

Pour ce qui est du clivage droite-gauche, je ne trouve pas bénéfique mais au contraire dangereux de faire comme s’il n’existait pas et d’entretenir la confusion afin de gagner quelques voix de celles et ceux qui ne se reconnaissent plus dans les partis actuels. Pourquoi ? Je crois au clivage droite gauche, comme le clivage entre des solutions politiques alternatives fondées sur la repsentation d'intérêts différents. Nier l'existence de rapports de forces et de conflits d'intérêts dans la société est absurde. Je ne prétends pas parler au nom de la Verité et considérer par conséquent que ceux qui s'en détournent  ou le contestent seraient des menteurs. Quand le clivage cesse d'être politique pour devenir moral entre le bon et le mauvais, le vrai et le faux, l'adversaire se transforme aussi en ennemi. Francois Fillon n'est pas mon ennemi. Il porte une option que je combats mais n'en défend pas moins une vision conservatrice cohérente d'un avenir que les Français peuvent choisir. 

>>>> A lire aussi : Benoît Hamon : "Emmanuel Macron sait pertinemment qu'il défend à peu de choses près la même vision que François Hollande ou Manuel Valls"

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 01/01/2017 - 11:14 - Signaler un abus Revenu Universel.

    Je m'adresse ici à la petite minorité de lecteurs d'Atlantico qui commentent les articles, après les avoir lu entièrement ! Vous avez donc remarqué que m. Hamon défend chaleureusement le Revenu Universel. Je pense qu'il s'offre ce plaisir parce qu'il sait qu'il n'a aucune chance d’être élu. Ce concept économique est aussi novateur et salvateur que la Sécurité Sociale en 1945, mais il ne sera pas mis en place par un vote populaire : ce seront les circonstances qui le rendront inéluctable.

  • Par Benvoyons - 01/01/2017 - 11:51 - Signaler un abus Revenu Universel c'est le peuple qui se mettrait servile

    au seul Socialisme, comme ceux d'avant le Mur de Berlin. Des millions de morts du Socialisme, ont fait tomber le Mur, pourquoi donc vouloir en rebâtir Un, qui aura fatalement, vu le niveau de dépendance au pouvoir Socialiste, proposé par le Revenu Universel les mêmes résultats. =======================================L'Universelle Mort de ta Liberté et de ta Fraternité qui découle du socialisme sont les sommets, du charnier de l’Égalité!

  • Par vangog - 01/01/2017 - 13:36 - Signaler un abus Très vieux dans sa tête, le Benoît!

    Il refuse tout changement, toute modernité, tout individualisme, et il est tellement conforme à la pensée unique et synthétique répandue dans les medias bilderberg...peut-être est-il simplement vexé de ne pas avoir été choisi comme candidat de leur grande famille?...

  • Par Liberdom - 01/01/2017 - 14:07 - Signaler un abus Nul

    Un socialaud entêté qui vit sous son plafond bas d'où pendent les vielles lunes de gauche.... Combien d'expériences malheureuses, ratées, dévastatrices, voire cruelles faudra-t-il encore pour qu'enfin le socialisme soit enfin reconnu comme LA doctrine des deux siècles passés qui ne marche décidément pas.

  • Par Carlsag - 01/01/2017 - 16:18 - Signaler un abus Hamon ne peut évidemment pas

    Hamon ne peut évidemment pas mettre en avant sa propre démarche individuelle puisqu'il correspond à ce qu'il peut y avoir de pire en politique : un mec médiocre dans ses études , qui n'a jamais rien fait d'autre que pantoufler dans un parti et qui ose le moment venu se présenter à des élections .Hamon c'est Hollande :mais en nettement plus *** pa l'ENA , SAN HEC et juste avec une licence d'histoire

  • Par Benvoyons - 01/01/2017 - 16:51 - Signaler un abus Carlsag - 01/01/2017 - 16:18 Ce n'est pas forcément

    les diplômes qui font les bons dirigeants. Des directeurs de sociétés même très importantes sont des autodidactes. Pour diriger le plus important est le profil psychologique plus que les diplômes. Même chez les militaires par exemple Marcel Bigeard qui a terminé 4 étoiles. Maintenant le profil psychologique de mon Dieu Hamon n'est pas le bon mais pas du tout le bon.

  • Par Ganesha - 01/01/2017 - 17:12 - Signaler un abus Oecuménisme

    Par contre, ce qui me dégoûte chez cet homme, c'est son ''œcuménisme'' ! Après un petit mot gentil pour J.L. Mélenchon et l'écologiste, ce qui peut encore se comprendre, il ajoute : ''Je suis ouvert à un débat sur le fond avec Emmanuel Macron''. Une vraie ''socialope'' ! Mais il va ensuite encore beaucoup plus loin, au bas de la page 1 : ''François Fillon n'est pas mon ennemi. Il porte une option que je combats mais n'en défend pas moins une vision conservatrice cohérente d'un avenir que les Français peuvent choisir''. Autant porter un écriteau : ''Je suis une ordure de Socialaud-Ripoublicain !''. ''Que vous choisissiez Fillon ou moi, nous ferons exactement ce que nous ordonnera Pierre Gattaz !'' 

  • Par Fran6 - 01/01/2017 - 19:50 - Signaler un abus hamon

    le voilà partit dans un sociétal et non économique comme le réclame les millions de petites entreprises en France, il gueule contre les 40 milliards gachés par le CICE mais je rappelle qu'il faisait parti d'un gouvernement qui a augmenté de 17.34% nos charges et augmentations démentielles des impôts de nos clients entre 2012 et 2014, mettant ainsi des milliers d'entreprises, dont la mienne, à genou!!! vous avez jamais géré une entreprise, commencez par ça avant d'être un supposé chez d'état

  • Par Fran6 - 01/01/2017 - 19:53 - Signaler un abus PS

    oui, j'oubliai un sujet important, j'espère le salaire universel, le lendemain, je ferme ma boite, 5 gars au chômage et un peu de noir de temps en temps, avec un peu de chance, le loto en plus, merci d'avance

  • Par Carlsag - 01/01/2017 - 20:37 - Signaler un abus Benvoyons

    Je sais tout ça , mais là on parle de politiciens professionnels , de types qui sont entrés en politique dès la fin de leurs études pour n'en plus sortir Les gens que vous citez ont réussi professionnellement dans un domaine , c'est ce qui leur donne du crédit .Comment un Hamon qui a réussi péniblement a avoir une licence d'histoire pourrait il être plus compétent qu'un type comme Hollande qui était passé par l'ENA et HEC

  • Par l'enclume - 02/01/2017 - 11:51 - Signaler un abus Le déclin industriel de la France expliqué

    Benvoyons - 01/01/2017 - 16:51- "Ce n'est pas forcément les diplômes qui font les bons dirigeants." Vous avez raison, comparons la France et l'Allemagne. En Allemagne dans les 40 plus grands patrons, 14 sont issus de l'apprentissage. En France tous sont issus de l'ENA, de Polytechnique ou HEC.

  • Par zouk - 02/01/2017 - 11:56 - Signaler un abus Démocratie appauvrie

    Résultat inattendu, même s'il résulte des efforts de la gauche depuis au moins un siècle, malgré des exceptions comme Jaurès. A Carlsag: les diplômes ne sont pas en eux mêmes signe de compétence, mais seulement de travail et d'un peu de chance autour de 20 ans lors des examens ou concours

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 02/01/2017 - 18:50 - Signaler un abus La petite minorité.....

    ....ne comprend pas tout ce qu'elle lit. En plus cette petite minorité répète comme un perroquet des connerie sans jamais vérifier. La sécu n'a jamais été créé en 1944 puisqu'elle existait déjà à tel point que la CGT n'a jamais accepté de modifier les régimes spéciaux prééxistants et largement plus favorables. La seule chose sur laquelle la petite minorité à raison c'est que même Hamon ne sera pas assez con pour instituer un revenu universel propre à transformer tout citoyen en feignasse assistée.

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Benoît Hamon

Benoît Hamon est un homme politique français. Ancien député européen, il est porte-parole du Parti socialiste de 2008 à 2012. 

Elu député de la onzième circonscription des Yvelines en 2012, il devient, du 16 mai 2012 au 25 août 2014, ministre délégué à l'Economie sociale et solidaire et à la consommation, puis ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. 

Il est candidat à la primaire socialiste de 2017. Pour découvrir son projet : https://www.benoithamon2017.fr

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