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Benghazi "libérée" des islamistes après 3 ans de bataille mais toujours pas d'espoir réel de démêler l'imbroglio libyen

Bourbier

Publié le

Quelles seraient les conditions d'une "victoire" en Libye ? Comment Khalifa Haftar a t il progressivement pris la main dans le conflit ?  Quels sont ses soutiens ? 

Il n’y aura pas de "victoire" en Libye pour un camp ou pour un autre car aucune des parties n’a les moyens de tenir l’ensemble du pays. Ce dernier est morcelé - parfois jusqu'au niveau du village -  et les grandes manœuvres ne sont destinées qu’à renforcer les positions déjà sous contrôle en tentant de grappiller un peu à la marge chez les voisins.

Toutefois, le maréchal Haftar est celui a est parvenu à rassembler le plus de troupes - même des islamistes - sous sa bannière qu’il a placé sous la houlette du gouvernement de Tobrouk du président Aguila Salah Issa. Son succès est en grande partie dû au soutien qu’il a reçu de la part de l’Egypte, des Emirats Arabes Unis et de la Russie. Son plus grand succès a consisté à récupérer les ports pétroliers de Sidra, Ras Lanuf et Brega. Il peut en tirer les ressources nécessaires pour s'armer correctement si l'embargo sur les armes était levé. Pour l'instant, il n'en n'est pas question. 

Le fait que l’Arabie saoudite ait monté une "sainte alliance" autour d’elle contre le Qatar est le point marquant de ces dernières semaines. Les soutiens du maréchal vont s’en trouver d’autant renforcés(1). Par contre les mouvements qui dépendent des Frères musulmans (comme "Aube de la Libye") qui tiennent en partie la Tripolitaine et qui avaient comme sponsors le Qatar et la Turquie vont avoir des problèmes. D’ailleurs, l’ANL s’est empressée de désigner le Qatar, la Turquie et le Soudan comme "des soutiens aux terroristes" en Libye, ce qui ne peut que ravir Riyad ! Si Ankara peut encore agir en continuant à envoyer des ravitaillements en particulier par le port de Misrata, il semble que cela soit devenu très difficile pour Doha qui s’occupe pour l’instant de la survie de son régime.

Un moment très délicat a été traversé quand le Caire s’est fâché avec Riyad en octobre 2016 à propos de la situation en Syrie. L’Egypte risquait alors de se retrouver asphyxiée financièrement et n’aurait pu soutenir Haftar de la même manière. La crise semble être aujourd’hui passée, l’Egypte soutenant Riyad et lui ayant rétrocédé les îlots de Tiran et Sanafir en Mer Rouge après un an de négociations houleuses.

Quelles sont encore les forces des islamistes sur le terrain ? Où sont elles encore présentes, et quels sont leurs soutiens ? 

Comme je l’ai dit précédemment, les forces islamiques radicales (Daech et AQMI) sont toujours présentes en Libye. Il est impossible d’évaluer leurs potentiels mais il semble que Daech ne parvient plus à se renforcer avec des apports extérieurs en hommes et en matériels. Il vit sur ses acquis et sur ce qu’il peut encore récupérer sur le terrain. Cela dit, ses stocks sont conséquents et peuvent durer "un certain temps". Et puis, il y a le marché noir.

 
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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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