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Benghazi "libérée" des islamistes après 3 ans de bataille mais toujours pas d'espoir réel de démêler l'imbroglio libyen

Bourbier

Publié le
Benghazi "libérée" des islamistes après 3 ans de bataille mais toujours pas d'espoir réel de démêler l'imbroglio libyen

Atlantico : Ce mercredi 5 juillet, Khalifa Haftar, l'homme fort de la Libye, a annoncé que ses troupes avaient repris le contrôle entier de la deuxième ville du pays; Benghazi, mettant ainsi fin à une bataille qui a duré plus de 3 ans. Quelle est l'importance stratégique de cette victoire ? S'agit il réellement d'un virage dans le conflit libyen ?

Alain Rodier : Il est parfaitement exact de l’Armée Nationale Libyenne (ANL) s’est emparée du centre de la ville de Benghazi (le quartier de Souq al-Hout qui fut le "berceau" de la Révolution en 2011). Le "Conseil révolutionnaire de la Choura de Benghazi" qui regroupe les différentes formations islamistes radicales dont l’ex-Ansar al-Charia (mouvement qui s’est théoriquement auto dissout au printemps 2017) est toutefois encore présent dans le quartier de Sabri (2km2). Le maréchal Khalifa Haftar peut donc annoncer que cette importante métropole est enfin tombée après trois ans de combats acharnés.

Il n’en reste pas moins que la ville est loin d’être sécurisée des activistes islamistes s’étant fondus dans la population et pouvant réapparaître à tout moment en menant des actions terroristes. Il convient donc à l’ANL de ratisser la ville, de la quadriller et enfin de lui redonner une administration compétente qui subvienne aux besoins de la population. C’est à ce prix que la reprise de Benghazi sera vraiment actée et comme on a l’habitude de le dire dans l’armée, cela prendra un "certain temps".

Il n’en reste pas moins que le nord-est de la Cyrénaïque est désormais presque entièrement contrôlée par l’ANL si l’on excepte quelques abcès de fixation dont le plus importants sont situés à Derna (à l’est de Benghazi) et à Ajdabiya (au sud-ouest de Benghazi).

Pour le reste, la situation évolue peu, le pays étant toujours aussi morcelé, le Gouvernement d’Union Nationale reconnu par la communauté internationale tenant une partie de la Tripolitaine à l’exception du nord-ouest aux mains des milices Zinten et des Amazighs et se battant pour le contrôle de la région de Sebha au sud. Le sud-ouest (dont la ville de Ghat) est toujours sous contrôle touareg et le sud-est des Toubous qui se partagent la ville de Koufra avec l’ANL.

Les djihadistes de Daech sont éparpillés autour de la région de Siirte et ceux proches d’Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) entre Hun et Zillah au centre du pays mais surtout au sud-ouest à la frontière avec l’Algérie et le Niger. La logistique d’AQMI qui approvisionne le "Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans" (GSIM), une coalition de mouvements terroristes sahéliens rendue publique le 1er mars 2017, passe par cette région.

Plus globalement, tout de sud de la Libye est le point de passage pour tous les trafics, qu'ils profitent aux différents belligérants ou/et au crime organisé. On y trouve de tout: armes, munitions, véhicules, drogues (cocaïne et héroïne), êtres humains, etc. En fin de compte, personne sur place n'a vraiment intérêt à ce que la situation locale change car alors, adieu les profits juteux.

 
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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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