Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Vendredi 27 Mai 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

La Belgique envisage l'euthanasie pour les mineurs : une très mauvaise réponse au douloureux défi de la fin de vie d'un enfant malade

Une commission sénatoriale belge a adopté mercredi, à une large majorité, une proposition visant à étendre aux mineurs atteints d'une maladie incurable la loi légalisant l'euthanasie. Le texte sera soumis, probablement dans les prochains mois, au vote des deux chambres du Parlement.

Questions éthiques

Publié le
La Belgique envisage l'euthanasie pour les mineurs : une très mauvaise réponse au douloureux défi de la fin de vie d'un enfant malade

Atlantico : La Belgique pourrait prochainement étendre l’accès à l’euthanasie aux mineurs. Est-ce là le meilleur moyen de gérer la fin de vie d’un enfant malade ?

Alain de Broca : La mort donnée n’est jamais une solution pour gérer une fin de vie. J'ai été durant dix ans assesseur aux juges des enfants, et lorsque vous tuez quelqu'un, même par accident, c'est un homicide. Ce n'est pas parce que la mort est validée par des médecins, des spécialistes de la vie, que l'acte deviendrait juste.

Pour que cette euthanasie soit réalisée, l’enfant devra bénéficier d’un accord parental. Un parent peut-il vraiment donner l’accord pour abréger les souffrances de son enfant ?

Effectivement, la souffrance des parents face à leur enfant malade est insupportable.

Il est aussi dramatique de voir qu’il pourrait souffrir, c'est-à-dire avoir une existence difficile avec un handicap sévère, ce qui amène à vouloir lui éviter cela. C’est la raison pour laquelle en néonatalogie, on peut se poser la question, en cas d’enfant en soins palliatifs, de la possibilité d’accéder à une demande d’arrêt de soins thérapeutiques entraînant une survie artificielle.

Chez les grands enfants, on est dans les mêmes termes, lorsque l’enfant est trop fragilisé par une maladie incurable, inexorablement fatale, avec risque vital - c'est à dire, qui fait entrer la personne dans le champ des soins palliatifs pédiatriques. Dans ces situations on peut, ou plutôt il faut se demander tous les jours à quel moment on se place dans une obstination déraisonnable. C'est  ce que nous demande la loi Leonetti de 2005, qui permet d’accompagner au mieux les enfants, leur famille, la fratrie et la famille élargie, pour vivre moins mal le drame de la mort d’un enfant, en arrêtant les soins thérapeutiques qui n’auraient plus de sens. Pour autant, on n'arrêtera jamais les soins de confort, ou thérapeutiques qui apportent un bien être.

Cette extension de l’euthanasie aux mineurs ne serait-elle pas plus un moyen d’abréger les souffrances des parents que des enfants ?

Oui. Un enfant ne peut pas avoir envie de mourir. En 30 ans d'exercice, je n'en ai jamais vu. Mais il peut avoir envie de faire plaisir à ses parents. Il faut voir comment, par loyauté, il va dire des choses qu'il pense que ses parents veulent entendre. On s'aperçoit ainsi, par exemple dans les soins palliatifs que certains arrivent à dire qu'ils n'ont pas mal alors qu'ils se tordent de douleur parce qu'ils ont entendu leurs parents avoir peur de l'usage de la morphine.

Un enfant peut dire qu'il veut mourir mais je pense que c'est d'abord une réponse à l'attente des parents, d'autant que certains peuvent très bien dire devant eux qu'ils souffrent trop et qu'il vaut mieux qu'ils meurent. Je ne remets pas en doute la parole de l'enfant mais elle ne peut qu'être influencée par celle des parents, même si les questions existentielles surviennent très tôt. L'enfant ne vit que par le regard de ses parents.

Même s'il souffre énormément, l'enfant ne peut pas désirer mourir ?

Du point de vue des douleurs physiques, on n'a heureusement pas les mêmes niveaux de douleur chez les enfants que chez les adultes. Ils souffrent, mais il est exceptionnel de ne pas pouvoir atténuer quasi totalement les douleurs insupportables. Les parents décuplent la douleur de leur enfant. Ce n'est pas une critique des parents puisque, quand on aime quelqu'un, on projette sur lui sa propre souffrance. La prise en charge des douleurs intenses mène l’équipe à se mobiliser pour faire une réunion de concertation pluridisciplinaire éthique comme le demande l'application de la loi Leonetti et ainsi à trouver l’ajustement adapté.

C'est pour cela qu'il faut parler longuement aux parents, les accompagner. Quand la confiance a pu s’instaurer avec les équipes pédiatriques, il n'y pas d'obstruction à l'accompagnement de la vie en sa fin. Ce n'est pas la même chose. Cette fin sera naturelle : c'est la maladie qui emporte l'enfant.

Est-ce que l'euthanasie de l'enfant peut permettre aux parents de mieux appréhender le deuil ?

Certainement pas. Demander qu’une personne décède, même si elle souffre, c'est à chaque fois un drame atroce. Dès lors que l'on se sent responsable du décès, le deuil va être plus long. Parfois, il ne peut même pas commencer tellement il est difficile à imaginer puisque dans cette situation, la responsabilité en incomberait aux parents. On retrouve la même situation dramatique pour certaines familles qui sont amenées à demander une interruption médicale de grossesse pour le fœtus atteint d’une maladie grave. Leur deuil est d’autant plus difficile qu’ils sont les demandeurs par écrit d’arrêter la vie de leur fœtus.

L’application de l’euthanasie aux mineurs est-elle juste d’un point de vue éthique ?

Si l’éthique est "comment respecter au mieux l’humanité de l’être vulnérable présent devant un soignant", je ne vois pas bien comment la mort donnée, l’infanticide ici, s’intègre comme  une réponse à la définition de l’éthique.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par smiti - 01/12/2013 - 11:48 - Signaler un abus Si les belges l'ont fait

    Alors il nous faudra bien nous aligner n'est-ce pas, sous peine de passer pour des ringards, des rétrogrades. On connait la chanson. Un pays ouvre la voie (souvent la Belgique d'ailleurs ...) pour les lobbyistes et les médias entonnent derrière leurs campagnes d'intox. Après un passage infructueux devant les chambres représentatives, le second est le bon. C'est ainsi que nous avons eu l'avortement, l'abolition de la peine de mort, l’euthanasie, le mariage des homos, l'adoption - bientôt - et la GPA, l'utilisation des fœtus humains........ Chaque "avancée" de cette nature creuse un peu plus le fossé entre l'occident et le reste du monde. L'islam notamment, trouve là, avec la libéralisation de nos mœurs, un puissant moteur pour entretenir la haine à notre égard et à prôner la guerre sainte.

  • Par ヒナゲシ - 01/12/2013 - 11:53 - Signaler un abus Ah ! Y avait longtemps…

    … qu'Atlantico n'avait pas « oublié » une ou deux précisions utiles dans la bio d'un de ses experts…   Car je présume qu'il s'agit du même A. de Broca — présenté alors comme membre de la « Mission de France » – qui dissertait brillamment sur RCF 41 (une des nombreuses « Radios Chrétiennes Francophones »…) à propos de ce sujet d'ampleur : « Jésus, maître en humanité » ?   Et si, pour une fois, on demandait son avis à un philosophe/médecin/etc. qui soit sans affinité idéologique notoire ? Histoire d'avoir un autre son de cloche…

  • Par ヒナゲシ - 01/12/2013 - 11:55 - Signaler un abus Oubli

    (Grrr… j'ai horreur d'omettre mes sources !)   ☞ http://ww.rcf.fr/radio/RCF41/emission/142341/227194

  • Par robert - 01/12/2013 - 15:30 - Signaler un abus le monde occidental

    le monde occidental n'a jamais respecté la vie et seul compte l'intérêt d'une solution "

  • Par Alrix - 01/12/2013 - 16:12 - Signaler un abus @ ヒナゲシ

    Vous êtes le parfait troll socialisant, qui êtes là pour nous rappeler des inepties. Vous dites que l'on devrait interroger des médecins, philosophes, etc... sur la question de l'euthanasie, et non un pauvre chroniqueur d'une radio catholique. Je vous ferais remarquer deux choses : d'une part, il est bien spécifié que Monsieur de Broca et neuro-pédiatre au CHU d'Angers. Il est donc médecin et doit avoir beaucoup d'expériences avec les enfants dans le cadre de sa profession. D'autre part, vous laissez sous entendre, dans vos propos, que les catholiques n'auraient pas à s'exprimer (au nom de la laïcité ?) sur les questions d'éthique. Ceci en dit long sur votre conception de la démocratie, qui ressemble davantage à la définition de la tyrannie. A vous écouter, les catholiques sont des citoyens de seconde zone. Doit-on leur retirer leur citoyenneté car ils auraient une conception de la vie loin de l'hédonisme pousser à l'extrême par nos sociétés contemporaines ? En un mot, vos arguments ne sont pas des arguments. Par contre, vos propos démontrent que vous aimez tout, sauf la diversité d'opinions, et donc la démocratie.

  • Par DEL - 01/12/2013 - 16:21 - Signaler un abus Vive la Loi.

    Tout est dans le "quasiment": on ne peut donc supprimer totalement la douleur. Et à quoi peut-il bien servir d'avoir mal et de prolonger la douleur quand on sait que la mort est inéluctable? Pour moi la réponse est: à rien, sinon à faire de l'être humain souffrant un champ d'expérimentation médicale...Le bénéficiaire n'est alors en aucun cas l'être humain qui souffre. Et CELA FAIT MAL de souffrir. Je soutiens cette loi.

  • Par ヒナゲシ - 01/12/2013 - 19:08 - Signaler un abus Enfin quelqu'un qui me comprend !

    Alrix : « Vous êtes […] parfait […] » Mais vous ne comprenez apparemment pas tout… Le point central de ma remarque ne consistait pas à dénier aux cathos quelque droit que ce soit à exprimer une opinion, mais plutôt à souligner que — une fois encore — sur un sujet « sensible » et sur lequel l'Église catholique a des avis bien arrêtés (ici l'euthanasie, ailleurs ce fut l'extension du mariage aux couples de même sexe), Atlantico interviewe quelqu'un qui est affilié à ce bord-là. Ce n'est pas la première fois que je le fais observer, du reste : ☞ http://www.atlantico.fr/decryptage/dangers-peu-vite-oublies-vouloir-faire-ivg-acte-medical-comme-autre-jean-sebastien-philippart-894309.html#comment-375281   Autre mise au point : je ne conteste aucunement les compétences et qualifications professionnelles d'Alain de Broca ; je trouve seulement utile de décliner ces « qualités » dont Atlantico omet de nous informer et dont certains esprits chagrins pourraient penser que c'est peut-être au titre de celles-ci que M. de Broca s'exprime…

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Alain de Broca

Alain de Broca est neuropédiatre au CHU d'Amiens. Il est l'auteur de Enfants en soins palliatifs : Des leçons de vie (éd. L'Harmattan, 2005). 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€