Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Lundi 20 Novembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Bataclan, 2 ans après : tout ce et ceux qui ont changé en France depuis le 13 novembre 2015

Bien des choses ont changé depuis deux ans en France après les attentats du 13 novembre 2015, notamment les discours des politiques sur le terrorisme.

Discours

Publié le
Bataclan, 2 ans après : tout ce et ceux qui ont changé en France depuis  le 13 novembre 2015

Atlantico : Le 13 novembre 2015, 130 personnes trouvaient la mort dans une série d'attentats islamistes perpétrés à Paris et dans sa banlieue. Dans quelle mesure le "13 novembre" a-t-il profondément modifié les différentes lignes de l'échiquier politique français ? Chronologiquement, quelles ont été les phrases clés ayant révélé cette mutation, au fil des mois, de l'approche de partis sur les questions inhérentes aux attentats ?

Gilles-William Goldnadel : En dehors de la Frange la plus extrême de l'islamo gauchisme, il n'est pas douteux que le traumatisme a eu pour effet de libérer la parole. C'est une libération par intermittence, qui n'interdit pas de temps en temps des régressions mais si on regarde la courbe de la libération de la parole elle va en s'améliorant si j'ose dire. Même les esprits les plus obtus n'hésitent pas à qualifier le terrorisme d'islamiste. Il n'est pas douteux qu'il y ait une amélioration de la liberté de parole. L'Islam lui-même est davantage questionné et la plupart des politiques peuvent parfaitement prendre en considération qu'il y a deux islams dont un islam politique radical qui doit être observé.

Pareil sur l'immigration. Elle reste le point noir au niveau de la libération de la parole. Là aussi on peut davantage regretter l'échec de l'intégration en matière d'immigration. On peut davantage considérer que les frontières européennes ou nationales méritent d'être davantage défendues, que les flux peuvent être régulés et que les délinquants expulsables doivent l'être. Ces choses peuvent être dite sans craindre la diabolisation. De ce point de vue-là le malheur du 13 novembre 2015 a eu pour conséquence une certaine libération de la langue.

Même Macron, même si il faut faire le distinguo entre ce qu'il dit pendant la campagne et pendant l'exercice du pouvoir. Il n'a plus à séduire une clientèle particulière. Maintenant qu'il s'est affranchi de cette obligation si j'ose dire commerciale il a été davantage dans l'obligation étatique d'appeler un peu plus les choses par leur nom. Manuel Valls quelque soit le regard que l'on porte sur lui, ses principales qualités ont été la liberté de parole sur le sujet du terrorisme avec une grave régression lorsqu'il a parlé  d'apartheid social et ethnique au moment des attentats. En dehors de ce faux pas tout a fait étonnant, le parcours linguistique doit être à mes yeux salué. Et c'est une parole qui ne lui a pas fait que des alliés, ce qui est d'autant plus admirable.

Vincent Tournier : Le 13-Novembre a achevé de faire sortir la société française de sa torpeur intellectuelle, de son déni de réalité. Les attentats ont réalisé le pire des scénarios. Ils ont montré que ceux qui annonçaient le pire avaient raison. Les prophètes de malheur n’étaient pas ceux que l’on croyait. Désormais, il n’est plus possible de taire ou de minorer les problèmes. Dans l’opinion publique, l’idée selon laquelle l’islam représente une menace pour la République a progressé depuis 2015.

Pour autant, les mythes ont la vie dure. Beaucoup n’ont pas envie de sortir de leur confort intellectuel. Aborder les questions de fond peut s’avérer trop douloureux. Mieux vaut avoir tort avec Edwy Plenel que raison avec Eric Zemmour. C’est pourquoi il y a aujourd’hui un décalage entre d’un côté une action publique qui a dû prendre des mesures souvent drastiques pour assurer la sécurité, et de l’autre un désir puissant de la part d’une partie des élites et de la population de tourner la page. Ce déni se traduit par un faible investissement de la part des médias ou des universitaires sur l’analyse des attentats terroristes. Les hommages aux victimes se font a minima et on préfère mettre en avant les témoignages qui appellent à l’amour et à la tolérance. L’Etat est prêt à « rapatrier » (c’est le terme utilisé par Emmanuel Macron) les anciens djihadistes de l’Etat islamique. Les plaques commémoratives des attentats ne donnent aucune indication sur l’idéologie des auteurs (on se demande ce que les archéologues qui les retrouveront dans 1000 ans pourront savoir de ce qui s’est produit à Paris ce 13 novembre 2015). Aujourd’hui, les seuls débats qui semblent passionner nos clercs sont l’écriture inclusive et la reconnaissance du troisième sexe. Les historiens de demain parleront sans doute d’une seconde querelle sur le sexe des anges : alors que la société française traverse l’une des pires crises existentielles de son histoire, la priorité est de savoir s’il faut écrire chers tous plutôt que cher.e.s tou.te.s. Le débat sur le harcèlement sexuel paraît lui aussi suspect tant il semble venir à point nommé pour banaliser et relativiser le choc des civilités sur la question des femmes. Les dénégateurs devraient remercier Harvey Weinsten : grâce à lui, il est possible d’oublier Cologne, Kamel Daoud, les mariages forcés ou le voile intégral. Heureusement, et de façon presque ironique, l’affaire Tariq Ramadan permet de ne pas perdre totalement de vue la question de l’islam.

Du 13 novembre 2015 au 13 novembre 2017, de la FI au FN en passant par les partis de gouvernement, PS, LREM, LR, comment les différents acteurs ont-ils pu, ou non, modifier leurs discours sur ces questions ?

Gilles-William Goldnadel : Encore une fois le point noir c'est les insoumis qui sont dans une obligation commerciale permanente. A l'intérieur des insoumis il y a des degrés divers de soumission linguistique. En dehors de cela, je crois que les partis dans les mots se sont largement affranchis de tout cela. Il y a peut-être au sein des Républicains, même si cela nécessite un bénéfice d'inventaire, mais du côté des amis de Monsieur Juppé les efforts et les progrès qu'on pourrait attendre de cerveaux bien structurés font encore défaut.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par cloette - 13/11/2017 - 09:41 - Signaler un abus Excellent article

    qui explique qu'il y a eu libération de la parole à propos de l'Islam, mais c'est insuffisant, car on est toujours dans le déni ét la bien-pensance . On met officiellement tout sur le dos de l'EI, des guerres, du djihadisme,sans voir que l'Islam politique est aussi dans l'hexagone.Le clivage est bien plus fort qu'on ne le croit actuellement , c'est une énorme fracture . Ce qui m'inquiète le plus pour ma part , c'est ce qui se trame dans les instances internationales, et qui accentue le déni .

  • Par Ganesha - 13/11/2017 - 10:46 - Signaler un abus Cloette

    Cloette, vous semblez disposer d'informations confidentielles sur les projets d'organisations internationales. Pourriez-vous nous en dire plus ?

  • Par cloette - 13/11/2017 - 11:07 - Signaler un abus Oui Ganesha

    Le Vatican ( le pape ) fait partie de ces instances; mais je n’en ai que des échos ; pas l’oreille ; disons quec’est une intuition ; tendre l’autre joue est leur maxime; il est vrai que c’est dans l’evangile Les fractures sont partout ; Vous voyez bien que rien ne va plus ; que les policiers se suicident ,,,,

  • Par Ganesha - 13/11/2017 - 11:45 - Signaler un abus La riposte s'organise...

    La riposte s'organise... dans certains pays ! Après avoir ouvert les portes pendant un an, Angela Merkel se retrouve désormais avec une Allemagne ingouvernable, suite à la poussée de l'AfD. Les accords avec la Lybie et la Tunisie semblent aussi vigoureusement appliqués qu'en Turquie, pour tarir le flux des ''réfugiés''. Reste Macron, qui est prêt à rapatrier les djihadistes (seulement les femmes et les enfants ?) Quant au pape, qui l'écoute encore ? Le Vatican, tout comme Médecins sans Frontières, seraient-ils financés par les mafias de passeurs ?

  • Par cloette - 13/11/2017 - 12:09 - Signaler un abus @ ganesha

    je n'ai pas encore lu, je dois sortir, mais ça semble intéressant http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-pape-et-l-immigration-ecriture-196174

  • Par Djib - 13/11/2017 - 13:11 - Signaler un abus France 2, journal télévisé de 13h,

    commentaires gênés de la présentatrice sur la manifestation de soutien aux victimes des attentats proposée aux musulmans par l'imam de Drancy et Marek Halter, évoquant "quelques dizaines de participants". Effectivement, les manifestants tiennent tous derrière la banderole. Moins de participants qu'aux prières de rue de Clichy. Tout est dit.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Je m'abonne
à partir de 4,90€