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Baron Noir, le House of Cards frenchy de Canal+ : comment la chaîne à péage espère résister à Netflix en françisant la politique fiction

Composé de 8 épisodes, Baron Noir diffusée sur Canal+ montre la volonté de la chaîne cryptée de concurrencer Netflix par la production de séries françaises politico-fictionnelles. Un combat entre deux géants qui met en avant le désir des téléspectateurs pour l'épopée.

Même pas peur

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Baron Noir, le House of Cards frenchy de Canal+ : comment la chaîne à péage espère résister à Netflix en françisant la politique fiction

Atlantico : Avec Baron Noir, série de politique fiction qui nous fait découvrir les coulisses d'une circonscription du Nord, Canal+ cherche-t-elle à contrer la chaîne américaine 100% web Netflix sur ce créneau porteur ?

Clément Bosqué : Je crois que pour comprendre ce qui se joue dans cette bataille de parts de marché, il convient de voir un peu quels mots on emploie pour en parler.

Par exemple sur le site Allociné : "épopée politique et judiciaire" ; "un combat épique" entre les personnages incarnés par Kad Merad et Niels Arestrup. Faut-il croire que c’est par hasard qu’on choisit ces termes-là pour commenter la série française la plus attendue du moment ? Rappelons que dans le très ancien Gilgamesh, la déesse génitrice Arourou crée pour le héros "un rival / pour qu’ils luttent sans cesse ensemble"[1] ! Donc, plus qu’un créneau porteur, c’est une vénérable tradition narrative que prolonge la série TV. Les partenariats de Netflix avec Disney, Marvel, Pixar et Lucasfilm, les usines à rêve contemporaines, témoignent d’une véritable efflorescence. Et Canal +, pour soutenir la lutte avec le géant de la vidéo à la demande, ne peut faire difficulté de le reconnaître : le spectateur veut davantage qu’un film d’une heure cinquante, qu’une intriguette vite conclue. Il veut prendre son temps. Ce à quoi nous assistons, c’est au retour de quelque chose que l’on a, comme disait Pierre Mac Orlan, "mal oublié", à savoir l’attrait étourdissant du récit long, du récit mythique. L’épopée nous revient sous forme de séries TV ! La politique-fiction, ses affrontements et ses manœuvres, se prête très bien à cela. Et ce qui est frappant, c’est qu’à un autre niveau, le combat de titans entre Canal et Netflix n’est pas dénué d’une dimension épique.

Plus noire, plus sociale ou juste une pâle copie avec moins de moyen du grand-frère américain ? Qu'est-ce qui différencie fondamentalement la série "made in France" de la série US ?

On fait souvent de la différence entre séries françaises et américaines une question de moyens. Est-ce que vous ne croyez pas que c’est une excuse ? Non, il y a surtout une différence de savoir-faire narratif, qui s’explique à mon avis par une façon différente de traiter le divertissement. Que remarque-t-on ? Les français renchérissent de réalisme glauque : d’où ces armées de flics patibulaires, avocats véreux, politiciens usés et juges ambivalents qui se bousculent dans les séries Canal notamment. Mais si les productions françaises ne sont dépourvues ni d’ambition ni de bons acteurs (un Niels Arestrup, par exemple), on doit regretter qu’elles se prennent tant au sérieux. Malédiction française ! La même chose depuis Zola : un pathos grandiloquent, sombre, qui masque un moralisme puissant. Le divertissement français tient absolument à édifier, à châtier un peu les mœurs. Les américains, eux, n’ont qu’une seule devise : entertain ! Entertainment qui en Europe nous met si mal à l’aise et qu’on ferait mieux de traiter de moins de mépris. Le sémiologue Vincent Colonna (L’art des séries TV) explique comment en France, on n’enseigne pas, et par conséquent, on méconnaît les règles du récit dramatique. Aux Etats-Unis, on sait raconter une histoire. La veine héroïque ne fait pas honte : en tout personnage politique, comme dans À la Maison Blanche, sommeille un cowboy, voire, imaginaire médiéval aidant, un Arthur, un Charlemagne ou un Robin des Bois de vieil estoc. Et surtout, pas de morale qui tienne. Lorsque le personnage de Frank Underwood (House of Cards) déclare, en un aparté distinctif, que "les amis font les pires ennemis" (une sentence qui a peut-être inspiré le slogan de Baron Noir), les créateurs n’ont pas pour objectif de dénoncer son cynisme, mais de provoquer chez le spectateur le plaisir invraisemblable de se sentir le complice du Prince. Les séries américaines dont nous parlons ont bien compris cette leçon de Machiavel : il n’y a pas de vérité ou de vertu éternelle, en dehors de la capacité des hommes à saisir l’occasion "par les cheveux". En France, que ce soit dans la fiction ou dans a réalité, nous ferions bien de nous en inspirer.

 
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  • Par Ganesha - 15/02/2016 - 10:46 - Signaler un abus Choix

    Il y a de nombreux soirs où ''il n'y a vraiment rien à la télé'' ! Canal + et Arte sont mes choix les plus fréquents, parfois France 2. Je ne suis pratiquement jamais attiré par TF1 ou M6 !

  • Par zouk - 15/02/2016 - 19:52 - Signaler un abus Frenchy

    De grâce, Mesdames et Messieurs les plumitifs, interdise vous ce mot imbécile qui désigne un Français expatrié aux Etats Unis ou tout autre pays anglophone, et maintenant une série télévisée imitant une série américaine.Même expatrié, un français reste français, et s'il y réussit, ce serait plutôt l'occasion de célébrer l'excellente qualité des dirigeants français plutôt que de l'affubler de cette épithète vide de sens. De grâce, assez!

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Clément Bosqué

Clément Bosqué est Agrégé d'anglais, formé à l'Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique et diplômé du Conservatoire National des Arts et Métiers. Il dirige un établissement départemental de l'aide sociale à l'enfance. Il est l'auteur de chroniques sur le cinéma, la littérature et la musique ainsi que d'un roman écrit à quatre mains avec Emmanuelle Maffesoli, *Septembre ! Septembre !* (éditions Léo Scheer).

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