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Obama : du candidat super star
au président mal aimé

La couverture de l’élection de Barack Obama a été sans commune mesure avec les élections présidentielles de 2000 et 2004. Jacques Portes explique pourquoi le président des Etats-Unis n'a pas réussi à transformer ce succès planétaire en atout au cours de son mandat. Extraits de "Obama, vers un deuxième mandat ?" (1/2).

Yes he can (maybe)

Publié le 29 juillet 2012 - Mis à jour le 30 juillet 2012
 
Le président américain a-t-il suscité trop d'espoir pour espérer être réelu ?

Le président américain a-t-il suscité trop d'espoir pour espérer être réelu ? Crédit Reuters

Barack Obama a remporté une magnifique campagne présidentielle, qu’il a marquée par ses discours et notamment celui sur la race, ou celui qu’il a prononcé pour son acceptation de la nomination à Denver. Il a laissé une très forte impression sur le monde comme le prouve l’enquête de Global Language Monitor, une société d’études sur la communication basée au Texas.

Barack Obama et sa course victorieuse à la Maison-Blanche ont fait l’objet de la couverture médiatique mondiale la plus importante depuis le début du siècle. L’étude, réalisée au niveau mondial, prouve que les médias ont évoqué la campagne présidentielle de Barack Obama environ deux fois plus souvent que les autres événements majeurs du XXIe siècle. « Obama est sans précédent. Il a captivé le monde », a déclaré Paul Payack, président de Global Language Monitor.

Journaux, médias électroniques et blogs du monde entier ont été sondés pour déterminer la personnalité et l’événement les plus fréquemment mentionnés. Barack Obama a ainsi éclipsé la guerre en Irak, les Jeux olympiques de Pékin, l’ouragan Katrina, la crise économique mondiale, la mort de Jean-Paul II, les attentats du 11 septembre et le tsunami en Thaïlande.

Le mot Obama a été écrit environ 250 millions de fois, selon Payack, qui ajoute que les articles sur les autres principaux événements ont généré une couverture moitié moindre. La couverture de l’élection de Barack Obama à la présidence des États-Unis a été sans aucune mesure avec celle des élections présidentielles de 2000 et 2004. « Son ampleur nous a surpris. Il avait déjà été cité 750 000 fois avant même d’être désigné candidat démocrate », a-t-il dit.

Ce succès planétaire, Barack Obama n’a pas pu le transformer en atout pour ses premières années de président et l’échéance se rapproche avec les élections de mi-mandat.

Elles sont destinées à renouveler la totalité de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat, et elles sont le plus souvent difficiles pour le parti au pouvoir, quelle que soit l’envergure de l’hôte de la Maison-Blanche. Les espoirs entretenus lors de la campagne présidentielle doivent se colleter avec la réalité des questions à traiter et souvent, au bout de deux ans, les décisions prises n’ont pas encore eu tous les effets désirables. Dans les années récentes, l’échec de 1994 du Parti démocrate et du président Clinton reste emblématique ; d’ailleurs, dès 2009, les Républicains se voyaient déjà vainqueurs comme leurs prédécesseurs avec une belle certitude dans la mesure où, à nouveau, leur opposition était centrée sur le projet de réforme du système de santé. La récurrence était souhaitée par les uns, rejetée par les autres, arguant de la différence d’époque et tout particulièrement du contexte de crise économique.

Ce recul du parti au pouvoir n’a pas nécessairement de conséquences sur l’élection présidentielle suivante, car le président n’est jamais lié directement à son parti et qu’il peut dans une telle période de cohabitation développer sa propre rhétorique, comme l’ont fait Harry Truman en 1946 et Bill Clinton après 1994, avec pour les deux un succès inattendu, l’un en 1948, l’autre en 1996. D’ailleurs, les enquêtes d’opinion les plus sérieuses, qui depuis la fin de 2009 annonçaient une victoire républicaine à l’ampleur grandissante, prévoient également une victoire de Barack Obama en 2012, avec toutes les précautions à prendre pour de telles prédictions.

Toutefois en 2010, le net recul du Parti démocrate pèse également sur Barack Obama, tellement était grand l’espoir mis en lui en raison de sa personnalité hors du commun et de ses promesses.

C’est pourquoi il est nécessaire de mieux comprendre les raisons de cette défaite annoncée et d’en mesurer plus précisément les conséquences.

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Extrait de "Obama, vers un deuxième mandat ?" Éléments de réponse (mai 2012)

 


Jacques Portes

Jacques Portes est, depuis 1995, professeur d'histoire de l'Amérique du Nord à l'Université de Paris 8 Vincennes-Saint Denis. Il est agrégé d'histoire (1966), docteur de 3e Cycle (1974) de l'Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, et docteur d'État (1987).

Il a notamment publié États-Unis aujourd'hui : les maîtres du monde ? (2003) ; États-Unis : une histoire à deux visages. Une tension créatrice américaine, 2003.

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