Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 29 Septembre 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Baisser les impôts en 2015 pour "plusieurs centaines de milliers de Français" ou ne les avoir pas augmentés du tout : une très grande différence

François Hollande a annoncé lors de son entretien du 14 juillet qu'en "2014-2015 (…) on fera en sorte qu'il y ait plusieurs centaines de milliers de Français qui payent moins d'impôts", programmant un énième aller-retour du gouvernement sur le sujet.

Balancier

Publié le
Baisser les impôts en 2015 pour "plusieurs centaines de milliers de Français" ou ne les avoir pas augmentés du tout : une très grande différence

Pierre Moscovici, ex - ministre de l'Économie et des Finances.

Atlantico : A l'occasion de son interview télévisée du 14 juillet, François Hollande a annoncé qu'en "2014-2015 (…) on fera en sorte qu'il y ait plusieurs centaines de milliers de Français qui payent moins d'impôts". Outre l'imprécision de l'annonce, on ne peut s'empêcher d'y voir un aller-retour supplémentaire du gouvernement. Si ce dernier n'avait pas gelé le barème de l'impôt sur le revenu en 2012, entraînant une hausse d'impôts continue, comment l'économie française s'en serait-elle portée ? 

Philippe Crevel : Moins d’impôt sur le revenu aurait signifié sans nul doute un peu plus de consommation qui est atone depuis deux ans.

Les Français ont, face aux impôts, réduit leur consommation tout en maintenant leur effort d’épargne. Pour apprécier l’impact de la hausse de l’impôt sur le revenu, il faut néanmoins intégrer les conséquences d’un déficit public de plus de 7,5 % d PIB sur les taux d’intérêt. Une crise de dette publique en France avec des taux d’intérêt majoré de deux points aurait eu des conséquences beaucoup plus fortes et dramatiques que le relèvement de l’impôt sur le revenu. Néanmoins, la hausse de cet impôt est ciblée sur les classes moyennes qui ne peuvent pas optimiser fiscalement leur situation individuelle ou qui ne peuvent pas s’expatrier. De ce fait, les majorations décidées depuis 2011 ont été mal supportées et généré un climat antifiscal important.

Au contraire, quels ont été les effets sur l'économie française de la hausse d'impôts effective pratiquée par le gouvernement entre 2012 et 2015 ? 

De 2008 à 2013, en fonction des situations, l’impôt sur le revenu acquitté par les Français s’est accru de 18 à 40% pour ceux qui étaient assujettis auparavant. Le plafonnement des niches fiscales, celui du quotient familial, la fiscalisation de la majoration pour famille nombreuses des retraités, l’assujettissement au barème des produits de l’épargne la création d’une tranche de 45% ainsi que le gel du barème qui a accru de près de deux millions le nombre d’assujetti à l’impôt sur le revenu sont autant de mesures qui ont contribué à l’augmentation de cet impôt.

Cette augmentation a commencé sous Nicolas Sarkozy pour s’amplifier à partir de 2012. L’impôt sur le revenu rapporte désormais plus de 71 milliard d’euros. Avant les mesures annoncées par Manuel Valls et François Hollande, il aurait pu rapporter près de 78 milliards d’euros cette année.

L’impôt sur revenu est un impôt à fort impact psychologique. Les ménages doivent tout à la fois réaliser une déclaration et acquitter par mensualité ou par tiers leur impôt à la différence de la CSG qui est prélevée à la source ou à la TVA qui est acquittée au moment de l’achat. De ce fait, toute hausse ou toute annonce de hausse modifie les comportements. Il est certain que l’accumulation des mesures sur l’impôt sur le revenu ont certainement du inciter les ménages à réduire leur consommation. Depuis deux ans, cette dernières a tendance à diminuer par unité de consommation ce qui signifie que chaque Français consomme moins à titre individuel. François Hollande avait fait le pari que l’augmentation de l’impôt sur le revenu serait compensée par une diminution du taux de l’épargne. En effet, l’effort d’épargne est essentiellement réalisé par les ménages aisés ou issus des classes moyennes. Or, face à la montée du chômage et face aux incertitudes économiques, les classes moyennes ont eu plutôt tendance à renforcer leur épargne de précaution ou d’essayer de la maintenir. Ce comportement est assez classique en période de forte augmentation d’impôt.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Anguerrand - 16/07/2014 - 13:59 - Signaler un abus Les impôts baissent?

    Oui mais l'histoire ne dit pas par quels nouveaux impôts et pour qui ces baisses seront compensés, les mêmes que d'habitude, et ça c'est plus difficile à annoncer que d'annoncer les baisses!...mais Flamby remonte dans les sondages alors pourquoi se gêner.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€