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Baisse des charges sur... zéro revenus : le plan de sauvetage de l’agriculture qui ne pourra la sauver qu’une fois guérie

A l'occasion d'une réunion de crise à Bruxelles, les ministres de l'Agriculture de l'Union Européenne se sont rassemblés et ont discuté des différentes solutions possibles pour mettre un terme à la crise. Stéphane Le Foll a présenté un certain nombres de mesures intéressantes... pour l'après-crise.

Réunion de crise à Bruxelles

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Baisse des charges sur... zéro revenus : le plan de sauvetage de l’agriculture qui ne pourra la sauver qu’une fois guérie

Atlantico : Ce lundi 14 mars, les ministres de l'Agriculture de l'Union Européenne se sont retrouvés dans le cadre d'une réunion de crise, chacun invité à exposer ses solutions face à la crise agricole. Stéphane Le Foll réclame notamment des mesures pour réduire et stabiliser la production de lait ; relever les niveaux de stockage du lait en poudre, renforcer l'aide à ce niveau, et relever les plafonds d'aides ministérielles… Que dire de ces pistes ? Dans quelle mesures peuvent-elles venir en aide, aujourd'hui et demain, à nos agriculteurs ?

Jean-Marc Boussard : : Il y a deux types de mesures proposées par Stéphane Le Foll : d’abord, des subventions ou des allègements de charges : ce sont des mesures de court terme. Cela peut toujours servir, certes, mais ça ne pourra pas véritablement résoudre le problème à long terme. Un autre ensemble de mesures proposées consiste à revenir sur les différentes mesures de libéralisation : en particulier permettre la signature de contrats, sur le long-terme, au niveau européen avec les industriels de la filière pour réduire la production, en dérogation aux règles de la concurrence établies par Bruxelles. Il semble que cela soit accepté par le commissaire européen Phil Hogan. C’est presque une révolution, parce que cela signifie que les libéraux bruxellois ont en partie au moins avalé leur chapeau. Cela dit, c’est encore une mesure de court terme, car, dans le plus long terme et sur les marchés internationaux, la place ainsi laissée par les Européens sera prise par les autres producteurs, comme les Néo-Zélandais ou même les Indiens (sans parler des Américains !). En vérité, dans un système globalisé, il est impossible de stabiliser le prix d’un produit comme le lait en un endroit sans le faire pour le monde entier... Et imposer cela au monde n’est pas encore à l’ordre du jour ! 

Les baisses de charges annoncées, les paiements directs, etc., auront, sans doute un très léger effet d'atténuation, qui coûtera en revanche assez cher aux contribuables. Les mesures pour réduire la production, si elles sont efficaces, ce qui n’est pas sûr, auront le même type de conséquences au bout de quelques mois. Tout cela gommera une partie des effets les plus évidents de cette crise.  Quant à savoir si cela aura un effet sur l'après-crise, c'est une autre affaire : 

Il est primordial de réaliser que le vrai problème, si cette crise se développe, c'est que d'ici six mois, 30 à 40% des agriculteurs seront en faillite et contraints de quitter leurs fermes. C'est très ennuyeux  pour eux, mais  les autres citoyens peuvent se sentir peu concernés. Pourtant, c'est là tout le risque : car quand il n'y aura plus assez d'agriculteurs, la pénurie alimentaire pourrait devenir une réalité, et alors, les « autres citoyens » seront dans de mauvais draps !  .

Dans ces conditions, les mesures de court terme qui viennent d’être prises  auront certainement un impact sur l'après-crise. Dans la mesure où elles éviteront peut-être quelques  faillites, elles permettront de maintenir un certain niveau de production pour l'après, et ce sera toujours autant de gagné. Mais elles ne pourront pas éviter la répétition de crises analogues dans l’avenir... .

 

Stéphane Le Foll se vante d'ores et déjà d'avoir converti à son analyse de nombreux pays européens. Qu'en est-il dans les faits ? La voix de la France est-elle effectivement relayée, et avec quelle force ?

Cette idée relève  sans aucun doute d’un effort de communication de la part du ministère de l'Agriculture. Dans la réalité,  il est difficile de discerner le vrai du faux. Ce qui est vrai, c’est que  cette crise ne touche pas que la France. Je voyais récemment une photo des  tracteurs qui ont envahi la place centrale d'Helsinki pour manifester contre la politique agricole européenne : elle a du aussi faire réfléchir  le ministre de l’agriculture finlandais !  Il est évident que des tracteurs qui envahissent les rues font désordre, et par conséquent incitent les décideurs politiques à revenir sur leurs convictions !  Le vent me semble en train de tourner : les personnalités politiques européennes en charge du secteur agricole réalisent qu'ils étaient dans l'erreur en supprimant les quotas laitiers. De là à dire que nous, Français, avons convaincu qui que ce soit, il y a un pas.

Je crois tout de même  que Stéphane Le Foll est persuadé dans son for intérieur de l'erreur commise en libéralisant  le secteur agricole de façon excessive. Par ailleurs, il est vrai aussi que l’intelligentsia économique française est plutôt moins aveuglément libérale que celles des pays du Nord de l’Europe. Cela donne du crédit à l’idée que c’est lui qui est à l’origine du (modeste) revirement dont nous venons de parler. Cela dit,  en tant que ministre, jusqu’ici,  il n'avait  pas pris beaucoup de dispositions moins libérales que les autres. Aussi bien, il ne pouvait pas le faire, lié qu’il était par les traités. 

 
Commentaires

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  • Par zouk - 15/03/2016 - 11:09 - Signaler un abus Baisse des charges pour l'Agriculture

    Une fois de plus, comme pour tant d'autres pantalonnades, qui peut faire autre chose que hausser les épaules? Sauf les Agriculteurs bien sûr qui devront constater une fois de plus que rien ne leur permet le moindre espoir

  • Par Ganesha - 16/03/2016 - 06:31 - Signaler un abus Agir !

    Après les insultes et les huées du Salon de l’Agriculture, François Hollande aurait dû réagir. Décision la plus évidente : dissolution de l'Assemblée Nationale, élections anticipées. Et nous présenter un projet qui permette d'éviter la faillite de dizaines de milliers d'agriculteurs. Deux axes : 1) se confronter à l’Europe, déclarer fermement que le principe de la ''Concurrence Libre et Non-Faussée'' ne s'appliquerait pas à l'agriculture française. Sortir des traités ? Pourquoi pas ? Mais avant cela trouver d'autres pays, à commencer par la Finlande, qui soutiennent une ''Nouvelle Europe'' ! 2) Se confronter à mr. Bigard, qui dispose du monopole de la production de viande en France, et aux quelques familles (Carrefour, Auchan, Leclerc) qui détiennent le monopole de la distribution. Au lieu de cela, il ne s'est rien passé du tout, et après la polémique avortée de la lutte anti-djihadiste basée sur la ''mesure phare'' de la déchéance de nationalité, notre larve présidentielle nous a lancé son nouveau leurre : la loi Khomri-Gattaz. Comment s'étonner que devant tant couardise et de pourriture, notre jeunesse se révolte !

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Jean-Marc Boussard

Jean-Marc Boussard est économiste, ancien directeur de recherche à l’INRA et membre de l’Académie d’Agriculture.

Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont La régulation des marchés agricoles (L’Harmattan, 2007).

 

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