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Bachar el-Assad contre Etat islamique : qui a le plus tué ?

Depuis le début du conflit, plus de 250 000 Syriens ont trouvé la mort et des millions ont été contraints d'abandonner leur ville. Et si aujourd'hui l'Etat Islamique est désigné comme l'ennemi à abattre, c'est éclipser la question de la responsabilité de Bachar el-Assad dans la dureté du conflit.

Course au sordide

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Bachar el-Assad contre Etat islamique : qui a le plus tué ?

Les milices d'el-Assad auraient tué 7 894 personnes. Crédit REUTERS/Khaled al-Hariri

Atlantico : Un chiffre avancé par le réseau syrien pour les droits de l'Homme indique qu'en une seule journée le mois dernier, les milices d'El Assad auraient tué 7 894 personnes, quand l'Etat Islamique, 1 131. Malgré la subjectivité indiscutable de cette source, la question se pose malgré tout du rapport de force dans la guerre en Syrie: quel est l'ampleur du déséquilibre dans cette guerre?

Frédéric Encel : S'il y avait un vrai déséquilibre, l'un ou l'autre des protagonistes en conflit l'auraient déjà emporté. On assiste plutôt - depuis que la contestation populaire de 2011, d'abord pacifique, est devenue militarisée - à une sorte de lutte entre les deux titans locaux : le régime d'Assad et l'Etat islamique (EI). Les autres groupes anti-Assad, nationalistes ou islamistes, sont à ce jour secondaires voire marginaux. Je prends souvent la métaphore échiquéenne suivante : Assad dispose encore de la reine - l'aviation - et les deux tours - l'artillerie et les chars -, l'EI disposant surtout de pions - fantassins - mais en quantité croissante.

J'ai en outre des le début affirmé qu'Assad ne chuterait pas comme ses camarades dictateurs du grand Maghreb et demeurerait très longtemps au pouvoir. Car non seulement il a toujours bénéficié d'un fort appui diplomatique et militaire de Moscou et du soutien du Hezbollah et de combattants iraniens, mais encore les Alaouites (son propre clan), les Druzes, les chrétiens et même même certains sunnites le soutiennent, de crainte des barbares de Daesh. Aucun des deux camps ne semble pour l'heure pouvoir vaincre à court terme. 

Alain Rodier : Vous avez raison de souligner la "subjectivité indiscutable" de l’Observatoire Syrien des droits de l’Homme (OSDH) basé à Londres et qui aurait de nombreux « observateurs » sur le terrain. Cet organisme -repris par tous les médias qui n’ont pas d’autres sources- dépendrait des Frères musulmans qui sont loin d’être neutres dans la guerre civile qui se déroule en Syrie depuis 2011. A noter que certains prétendent que l’OSDH aurait des liens avec les services syriens et que son directeur se verrait bien ministrable dans un gouvernement de transition… Toujours est-il qu’il annonce des chiffres qui ne peuvent pas être vérifiés par des sources indépendantes. Il est donc très difficile, pour ne pas dire impossible, de faire des bilans précis et c’est pour cette raison que les chiffres annoncés à l’unité près (7 894 tués par le régime et 1 131 par l’EI) me paraissent plus que discutables. Nous sommes là dans le domaine de la désinformation mais au profit de qui ? En 2011, l’OSDH était sur la liste des associations financées par le National Endowment for Democracy (NED), organisme d’influence neocon américain.

Cela dit, des tendances peuvent être avancées. Tout d’abord, le régime ne combat pas que Daesh mais aussi une multitude de groupes dont une partie dépend d’Al-Qaida « canal historique » infiltré au sein de la coalition « l’Armée de la conquête » dont le pivot central est le Front Al Nosra. Cette dernière vient de s’emparer de la province d’Idlib située dans le nord-ouest du pays sans qu’aucun chiffre sérieux de pertes ne soit avancé. Or, cette coalition se bat aussi contre l’Etat Islamique et les pertes de part et d’autre ne sont pas comptabilisées.

Plus globalement, les 250 000 tués annoncés depuis le début du conflit et faussement attribués dans leur globalité au régime de Damas par certains medias anglo-saxons (mon regard se tourne encore vers la NED citée plus avant), constituent un ordre de grandeur vraisemblablement réaliste. En effet, il est utile de préciser qu’une petite moitié des tués se trouverait dans le camp d’Assad et le reste au sein de l’opposition. En outre, il est difficile de faire la différence entre les pertes « civiles » dans la mesure où, d’un côté les miliciens pro-Assad sont des « civils en armes » et que, de l’autre, les groupes d’opposition sont intimement mêlés aux populations. Ce qui semble certain, c’est que les pertes sont telles dans le camp Assad qu’il a le plus grand mal à recompléter les unités régulières qui auraient eu entre 50 000 et 85 000 morts. Un certain nombre de migrants qui fuient le pays semblent d’ailleurs tenter d’échapper à la conscription obligatoire.

Le nombre des réfugiés est plus correct dans la mesure où il est avancé par des organisations internationales : 1,1 million en Turquie (sur deux millions présents dans ce pays), un million au Liban, 630 000 en Jordanie (sur 2,6 millions dont majoritairement des Palestiniens), 400 000 en Irak et dans les pays arabes.

Qui est responsable de cet exode : la guerre tout simplement comme cela a toujours été le cas dans l’Histoire. Par exemple, Alep est devenu un véritable enfer pour ses habitants. En plus des combats qui s’y déroulent, il n’y a pour ainsi dire plus d’eau et plus d’électricité sans parler du ravitaillement… Daesh présente tout de même un petit « plus ». Les abominations auxquelles il se livre largement diffusées sur le net provoquent une véritable panique chez ses ennemis, mais aussi au sein des populations civiles -même sunnites-. D’ailleurs, à plusieurs reprises Daesh a déclaré qu’il allait submerger l’Europe de migrants. Il faut se souvenir que l’Etat Islamique dit ce qu’il fait et qu’il fait ce qu’il dit.

El Assad, dès le début du conflit, s'est érigé en rempart contre l'islamisme radical: après 5 ans de conflit, comment justifie-t-il la persévérance d'une guerre civile? Quelles sont les issues possibles de ce conflit?

Frédéric Encel : Assad est cynique au dernier degré. Il a contribué très directement à la montée en puissance de l'EI, jouant comme tous les dictateurs la politique du pire. Il peut ainsi en effet jouer le bastion de la lutte contre l'islamisme radical. Sa répression féroce et son acharnement à frapper les opposants modérés et non l'EI le démontrent amplement. Ce qui est terrible, c'est que nous faisons face à la lutte de la peste et du choléra.

Alain Rodier : Il est toujours extrêmement difficile de « gagner » une guerre civile qui est un conflit non conventionnel. Indubitablement, le régime manque d’effectifs pour approvisionner ses unités terrestres, or ces dernières sont la clef d’une victoire ou au moins d’une stabilisation sur le terrain. Cela a eu lieu en Algérie durant les années noires.

En l’état actuel de la situation, il n’y a pas de solution à court ou moyen terme. Nous sommes dans une phase de partition de la Syrie, chacun campant sur ses positions et lançant des offensives locales sans résultats stratégiques d’importance. Seule la ville d’Alep risque encore de tomber car elle est géographiquement isolée pour les forces du régime. Toujours pour reprendre l’Histoire qui ne se répète pas mais qui reste un bon exemple, durant le premier conflit mondial la guerre de mouvement a été suivie par une guerre de positions jonchée d’offensives inutiles et coûteuses en vies humaines. Si l’ampleur des conflits n’a rien à voir, la durée de celui de Syrie sera beaucoup plus importante car aucun des camps n’a les moyens de prendre le dessus.

 
Commentaires

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  • Par A M A - 10/09/2015 - 09:53 - Signaler un abus Les guerres d'Indochine ou d'Algérie, comme celle de Syrie.

    Les guerres d'Indochine ou d'Algérie, comme celle de Syrie aujourd'hui, nous ont largement démontré que dans ce type de conflit la plus grande quantité de victimes dont sont accusés les gouvernements est due aux réactions de ceux-ci contre les agissements de rebelles clandestins ou noyés dans la population. Discréditer les autorités en les obligeant à se livrer des actions aveugles et des représailles est une constante dans tous les mouvements révolutionnaires. Aussi, accuser Assad d'avoir plus tué que Daech est injuste, partisan et même puéril. Sans Daech qui se sert du bouclier humain, Assad ne tuerait personne.

  • Par MONEO98 - 10/09/2015 - 09:56 - Signaler un abus soyons realiste

    qui représente le danger le plus grand ASSAD ou DAESH? qui coupent les têtes en direct? qui arment les terroristes chez nous? qui détruit tous les vestiges historiques? qui veut établir un califat mondial? ASSAD dictateur bien sûr mais pourquoi les américains appuyés par les français ont voulu sa disparition ? SVP ne me parlez pas de la défense de la démocratie (même question pour Khadafi) sinon on va bientôt attaquer la Chine par exemple...A ce jour je n'ai jamais lu une analyse correcte sur le sujet

  • Par 2bout - 10/09/2015 - 10:16 - Signaler un abus What did you expect ?

    Que ce serait-il passé si les institutions européennes s'étaient doté d'une délégation diplomatique afin de faire converger l'ensemble de nos intérêts, et surtout si l'on ne s'était pas imaginer (présomptueusement) que l'on pouvait faire l'impasse d'un dialogue avec les autorités russes ? Une Diplomatie européenne, c'est aussi la possibilité de mutualiser nos forces militaires, et d'en minorer au niveau national les coûts.

  • Par MIMINE 95 - 10/09/2015 - 14:44 - Signaler un abus "IL FAUT SE SOUVENIR,

    que l'état islamique dit ce qu'il fait et fait ce qu'il dit". Merci Monsieur Rodier de nous le rappeler, mais nos dirigeants n'en ont cure, et les Français prennent cette organisation pour quelques zozos qui n'ont pas vraiment les capacités de les atteindre.

  • Par vangog - 10/09/2015 - 15:38 - Signaler un abus La position de Flamby est intenable!

    Il voulait annihiler Assad et a participé à l'armement des jihadistes modérés, armement qui a profité, finalement aux radicaux. Sans avoir le courage de reconnaître cette erreur, il veut, aujourd'hui, neutraliser Assad. Flou total, car cela ne veut rien dire! non, il faut décider de soutenir Assad et de l'aider à reconquérir son territoire, en échange d'une assurance d'un état Kurde. Dans un deuxième temps, ces deux pays reconquis serviront de base à une coalition internationale, mêlant même les Russes, contre l'EI et Al Nosra. La position de Flamby et Merkel, vis avis de la Turquie est, elle-aussi, intenable. Ils doivent exiger de cet état de clarifier sa situation, cesser de bombarder les Kurdes, en faisant croire qu'il combat l'EI, cesser de s'approvisionner en pétrole auprès de l'EI, cesser de nous envoyer des tonnes de clandestins, via l'île de Kos, et quelques centaines de jihadistes mêlés à ces clandestins. Si Erdogan refuse de se soumettre, il doit être considéré comme complice de l'EI!

  • Par 2bout - 10/09/2015 - 16:37 - Signaler un abus Quant aux "chrétiens d'orient",

    sans en faire une généralité mais ceux dont la famille me donne des nouvelles, ils ont quitté Damas pour se réfugier à Lattaquié, où même en cet endroit, ils ne sont plus vraiment en sécurité. Il serait peut-être temps de reconnaître ses erreurs.

  • Par Hugues001001 - 10/09/2015 - 20:30 - Signaler un abus @ Alain Rodier

    NED organisme néocon américain ? Encore un bel exemple de certitudes bien françaises qui consiste à considérer que tout ce qui vient du gouvernement américain est nécessairement contrôlé en sous-mains par des "faucons" ou des lobbys de l'argent. NED est financé par une dotation du Congrès, chaque année renouvelée, que le Congrès soit démocrate ou républicain. Le conseil d'administration de NED est composé à parité de démocrates et de républicains. Vous savez, les démocrates, ces éternels va-t-en-guerre mus par l'argent et la soif du pétrole. La prochaine fois informez-vous au lieu de raconter n'importe quoi. En attendant, NED fait bien, bien plus pour la promotion des valeurs démocratiques que ne le fait la France, qui pourtant se cesse de proclamer son "attachement aux droits de l'Homme" et de se croire un phare en la matière.

  • Par 2bout - 10/09/2015 - 23:10 - Signaler un abus Hugues, soyons sérieux :

    relisez-vous avant de poster un commentaire.

  • Par RODIER - 11/09/2015 - 07:59 - Signaler un abus réponse à Hugues001001

    Monsieur, en tant que chercheur, je suis à l'écoute de toutes les avis possibles. Mais je confirme que la NED est d'obédience "néocon". Si ces derniers sont majoritairement républicains, il y a de célèbres démocrates qui appartiennent à cette ligne de pensée dont James Woosley, Richard Perle et vraisemblablement Mme Clinton. La NED est financée pour partie par le Congrès et pour une autre partie par des multinationales US. Ses actions ont effectivement pour but l'établissement de "démocraties à l'américaine" en participant à la déstabilisation de régimes en place. Pour ce qui est de la "morale" des démocrates, je rappelle que c'est sous le président Obama qu'il y a eu le plus d'opérations homo avec parfois, des pertes collatérales importantes. Pour revenir à la NED, elle participe aux actions clandestines menées par Washington pour défendre les intérêts des USA, ce que j'e comprends parfaitement.

  • Par cloette - 11/09/2015 - 13:09 - Signaler un abus la NED

    n'a qu'un but les intérêts américains sous prétexte d'exportation de la démocratie ( qui ne s'exporte pas en tout cas de cette façon, et de plus de quoi se mele-t-elle?) . Elle passe son temps à déstabiliser les États, le monde.

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Frédéric Encel

Frédéric Encel est professeur de relations internationales, docteur en géopolitique habilité à diriger des recherches et maître de conférences à la Paris School of Business et à Sciences-Po Paris. Il a notamment publié Petites leçons de diplomatie (éditions Autrement), De quelques idées reçues sur le monde contemporain, Géopolitique du sionisme (Armand Colin) ainsi qu'un Atlas de la géopolitique d'Israël, parus aux éditions Autrement. Il a assuré la chronique internationale quotidienne de France Inter en 2013-2014. Il est l'auteur de Géopolitique du printemps arabe (septembre 2014, PUF, Grand Prix de la Société de Géographie), et co-auteur avec Yves Lacoste de Géopolitique de la nation France (PUF, octobre 2016).

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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