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Baby connection : portrait de la nouvelle génération des parrains marseillais

Ils ont 16 ou 17 ans, manipulent aisément les armes à feu et ont déjà intériorisé les codes du milieu. Ces jeunes des cités, plus violents que leurs aînés, sont les nouveaux visages de la délinquance marseillaise.

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Baby connection : portrait de la nouvelle génération des parrains marseillais

En 2011, il y a eu 20 règlements de comptes (16 morts) dans la région marseillaise. Crédit Reuters

Au contraire de la Corse où les victimes sont issues du grand-banditisme traditionnel, les règlements de comptes à Marseille ont surtout concerné le "néo-banditisme des cités", lié au trafic de drogue. En 2011, il y a eu 20 règlements de comptes (16 morts) dans la région marseillaise ; en 2012, il y a eu 24 morts, issus surtout des cités. Il faut néanmoins remarquer que des règlements de comptes ont également eu lieu dans d’autres régions, mais ont moins attiré l’attention des médias, Marseille étant "victime" de sa réputation sulfureuse… et de ses cités en plein cœur de la ville et non en zone péri-urbaine comme en Ile-de-France.

Si l’arme de poing et le fusil de chasse sont aussi utilisés, l’usage régulier de la kalachnikov a marqué l’opinion publique. Ces règlements de comptes sont facilités par un accès relativement aisé aux armes à feu, et notamment aux fusils d’assaut de type kalachnikov. Cette situation marseillaise s’explique par plusieurs facteurs. D’abord le Milieu traditionnel s’est déporté vers d’autres activités que la drogue et laisse donc une place à la nouvelle génération, souvent issue des "cités" (pour Marseille, les célèbres "quartiers Nord"). L’opération policière menée en 2010 contre le clan corso-marseillais Barresi-Campanella et les enquêtes qui ont suivi (établissant des contacts entre ce clan et le monde politique, économique et sportif), ont fortement déstabilisé le grand-banditisme traditionnel. C’est dans ce contexte que s’est développé encore plus facilement le "néo-banditisme des cités". Ce vocable utilisé par la police judiciaire recouvre en fait des groupes criminels qui se sont structurés autour du trafic de résine de cannabis et ont créé des entreprises criminelles relativement structurées. Ce phénomène concerne l’ensemble du territoire national, et pas uniquement les "quartiers Nord" marseillais. Des affinités culturelles, voire familiales, existent entre ces trafiquants de cités et les producteurs marocains de cannabis, ou les grossistes installés au Maroc ou en Espagne, favorisant des "circuits courts" de trafic, sans intermédiaire supplémentaire.

A la base de ce trafic se trouvent des "points de deal", souvent des halls d’immeuble dont les habitants se trouvent ainsi "pris en otage" par les revendeurs. Outre un "terrorisme de rue" au quotidien, certains habitants deviennent, de gré ou de force (ou un peu des deux…), des "nourrices" pour accueillir les stocks de stupéfiants, des caches d’armes ou d’argent. La récente opération policière contre le deal à la cité de La Castellane (16e arrondissement) a ainsi permis de saisir plus d’1,3 million d’euros, dont 850 000 euros chez une de ces "nourrices". Ces halls, ces cages d’escalier, ces immeubles et ces quartiers sont des territoires criminels et ont donc une valeur économique certaine. Les règlements de comptes s’expliquent par la valeur (et la rentabilité…) de ces territoires, âprement disputés.

 
Commentaires

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  • Par elskwi - 24/06/2013 - 13:09 - Signaler un abus Très intéressant, mais...

    L'article et le documentaire vidéo sont très intéressants. Cependant, je trouve dommage que les similarités avec les guerre de Gangs aux Etats-unix ne soient pas abordées car c'est le modèle qui est actuellement le plus proche de ce qu'il se passe en France. En effet, la culture Hip Hop, Rap étant très présente dans les cités, il y a un certain parallélisme avec la culture américaine, les gangs, et le contrôle territorial souvent divisé en quartier (cité), avec des règlements de compte à coups d'armes à feu. Il suffit de regarder un film comme "menace to society" pour comprendre le phénomène et faire rapidement une corrélation entre les deux. Je note : "ce qui a changé à partir des années 90... contrôles de territoire" "On est assez peu préparé du diagnostic criminologique"

  • Par aubagne - 24/06/2013 - 16:16 - Signaler un abus Si demain la drogue se trouve

    Si demain la drogue se trouve en vente libre,avec une "traçabilité" adéquate les 3/4 de ces problèmes ne seront plus évoqués.Mais faut croire que la simplicité n est pas de mise, et que nos marchands de mort ont encore de beaux jours.Toute une energie gachée.

  • Par cpamoi - 24/06/2013 - 18:58 - Signaler un abus @Aubagne

    Il est sûr que le jour où la drogue sera légalisée tous ces malfrats postuleront à une place de caissier à Carrefour - ce qui correspond, dans la vraie vie, à leur niveau de compétence. Personne n'a aucun doute sur le sujet. Peut-être, même, mais je n'ose y croire, certains deviendront coiffeurs pour dames, ou manucures pour Yorkshire. .

  • Par Grwfsywash - 25/06/2013 - 02:41 - Signaler un abus @ Aubagne

    3/4 de problème réglé, cela représente si je fais un calcul, encore 8 morts par an à Marseille. Bon, si cela vous satisfait... Si on légalise ce marché, comment cela va se passer? Ils vont rejoindre la FNSEA, les cultivateurs d'herbe? Ils vont répandre leur surproduction sur les routes? Faut-il les inclure dans la Politique Agricole Commune? Faudra-t-il que l'UE fabrique des "joints d'intervention"? Montebourg va-t-il créer un label "Shit made in France"?

  • Par anakyn - 25/06/2013 - 11:14 - Signaler un abus tant que

    Les trafiquants de drogue se butent entre eux, l'honnête contribuable pourra dormir sur ses deux oreilles ! Mais qu'ils s'en prennent un jour aux innocents, massacrent des enfants dans une rue, et ils pourront alors craindre la vindicte populaire. Les Français en ont assez de toutes ces mafias, qu'elles soient corse, sud américaine, de l'Europe de l'Est, ou d'origine nord africaine ! Le réveil pour tous ces déchets de fausse couche risque d'être très dur !

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Stéphane Quéré

Diplômé de l'Institut de Criminologie et d'Analyse en Menaces Criminelles Contemporaines à Paris II, Master II "Sécurité Intérieure" - Université de Nice. Animateur du site spécialisé crimorg.com. Derniers livres parus : "La 'Ndrangheta" et "Planète mafia" à La Manufacture de Livre / "La Peau de l'Ours" (avec Sylvain Auffret, sur le trafic d'animaux, aux Editions du Nouveau Monde)

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