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Avoir une "foi absolue dans les énergies renouvelables" suffit-il vraiment à définir une politique de l'énergie crédible ?

J’ai appris à la lecture du journal (16 Juillet 2017) que le nouveau Ministre en charge de l’écologie et de l’énergie avait « une foi absolue dans les énergies renouvelables », cela a enthousiasmé la presse mais m’a laissé perplexe. Qu’est-ce que la religion a à faire là-dedans ?

Ecologie

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Avoir une "foi absolue dans les énergies renouvelables" suffit-il vraiment à définir une politique de l'énergie crédible ?

Et puis ce jour-là, j’étais en Afrique, et je vivais donc dans un bout de planète, très éloigné du Boulevard périphérique, avec une démographie galopante et des embouteillages monstres…de motos, véhicules de la majorité de la population de la conurbation. Toute la famille revient à la maison sur la moto, Papa, Maman, et deux, trois, quatre enfants…pour un véhicule, et les automobiles et camions se meuvent avec difficulté dans cet océan mouvant, bruyant et pollueur. Le transport urbain-autobus- qui voudrait s’implanter aurait du mal à rivaliser avec la meute et serait vite bloqué des heures dans un trafic désormais impossible à réguler.

S’ils avaient eu accès au même journal que moi, ils auraient su que le pétrole doit disparaitre au profit de l’électricité basé sur la « foi » dans les énergies renouvelables ! Malheureusement dans cette conurbation de plusieurs millions de personnes qui va doubler dans les dix à vingt ans il n’y a pas d’électricité fiable en dehors des générateurs électriques individuels à gazole, et la propriété d’un téléphone portable, indispensable désormais, même pour les plus pauvres, conduit à une recherche éperdue quotidienne d’ une prise de courant nécessaire à la recharge de l’appareil ! Car la planète, c’est nous certes avec nos 65 millions d’habitants, mais c’est aussi eux, leur milliard en train de devenir rapidement deux milliards, et leur quotidien c’est le pétrole et leur moto !

Plus loin sur le marché africain rempli de produits et de couleurs, de gaité communicative, de rires et de marchandages, chacun finissait par partir avec sa marchandise, des milliers de petits sacs plastiques, chaque denrée étant ainsi protégée par un ou plusieurs petits sacs noirs avec des nœuds pour bien fermer ! Tout y passe, mais surtout des produits déjà un peu cuisinés qui vont faire quelques repas comme les pates de maïs ou de manioc, des poissons fumés…puisque la conservation des produits frais est difficile sans assurance d’une électricité performante basée sur…les générateurs individuels au gazole ! Mais ces milliers, ces millions de petits sacs plastiques, désormais devenus indispensables aux africains…et à d’autres continents, ils proviennent du pétrole, et leur cout dérisoire est directement lié aux progrès de générations de techniciens pétroliers dont on peut penser que la planète aura besoin encore pendant des dizaines et des dizaines d’années. Le combat mené contre les sacs plastiques du Boulevard périphérique parisien apparait comme décalé de la réalité…mondiale même si l’objectif à atteindre pour notre pays est loin d’être absurde. Autrement dit remplacer le sac plastique par un sac biodégradable en papier peut améliorer la France , mais ne sauve pas la planète, car nos réalités sont différentes et tendent plutôt à se différencier encore plus tous les jours.

Notre problème n’est donc pas la foi, mais la réalité, c’est-à-dire notre capacité à définir une politique qui a réellement valeur d’exemple si l’objectif est bien celui-là. Enoncer sa « foi » dans les énergies renouvelables n’a qu’un intérêt mineur pour la planète si, en même temps, on ne lui démontre pas qu’une vie est possible pour eux aussi et pas seulement pour nous. Que nous ayons peur du réchauffement climatique, libre à nous, que nous leur disions que cette lutte collective c’est aussi la leur, eh bien cela se gagne ailleurs, et surtout pas en réunissant des Chefs d’Etats prêts à signer n’importe quoi du moment qu’ils conservent pouvoir et argent. Une économie » décarbonée » qu’est-ce que cela veut dire pour 90 % de la population du globe ? Et les véhicules électriques parisiens et les sacs de supermarché en  papier-carton qu’est-ce que cela peut bien leur faire ?

 
Commentaires

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  • Par Michèle Plahiers - 24/07/2017 - 10:53 - Signaler un abus La foi

    sans limiter drastiquement les naissance toute démarche visant à réduire le réchauffement climatique est vouée à l'échec. Mais ne cassons pas le processus qui a un efffet bénéfique sur le mental. Les personnes ont le sentiment de contribuer à leur manière (certes un peu illusoire, comme mes interventions sur Atlantico,...::-)))) à l'amélioration du monde. J'ai régardé hier une émission sur l'éolien en Allemagne. Ceux-ci semblent les plus en avancés dans le secteur. Mais ils oublient de signaler que les allemands ont aussi le taux de fécondité le plus bas en Europe,...

  • Par Michèle Plahiers - 24/07/2017 - 11:09 - Signaler un abus Si aujourd'hui

    nous roulions encore avec les voitures des années soixante. La plupart d'entres-nous seraient décédé de cancer. En étant cynique,... L'écologie, c'est un peu le serpent qui se mort la queue,. Mais nous avons aussi le choix personnel d'être dans le quantitatif ou le qualitatif. L'auteur est dans le quantitatif, cela fait parie de SON équlibre psychique. Le mien est celui du qualitatif. Mais une chose est certaine, au final, nous serons de toute façon condamns à mourir,...et finir dans un sol plus ou moins pollué. tout le monde ne conserve pas sa moustache comme Dali inhumé dans un matériau noble.

  • Par Anouman - 24/07/2017 - 16:22 - Signaler un abus Foi

    Pourtant Jésus a dit à ses apôtres que s'ils avaient la foi ils pourraient changer l'emplacement des montagnes. Alors pourquoi pas de l'énergie, propre, pas chère et abondante? Mais voilà, depuis Jésus personne ne fait plus de miracles, il n'y a plus de foi, juste des moulins à vent.

  • Par Stargate53 - 25/07/2017 - 15:59 - Signaler un abus Bon article !

    Un peu de réalisme fait du bien dans le domaine de l'énergie ! il est dommage que le critère efficacité soit oublié par certains rêveurs écologiques qui nous promettent l'impossible et ont perdu la foi dans le progrès technique; Aujourd'hui le priorité devrait être fixé sur les économies possibles des rendements des différentes énergies dans un premier temps comme c'est souligné dans l'article et donc d' encourager la recherche sur des process nouveaux mais efficaces !

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Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.

Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981-1982), il devient successivement PDG de Rhône-Poulenc (1982-1986), de Elf Aquitaine (1989-1993), de Gaz de France (1993-1996), puis de la SNCF avant de se reconvertir en consultant international spécialisé dans les questions d'énergie (1997-2003).

Dernière publication : Il ne faut pas se tromper, aux Editions Elytel.

Son nom est apparu dans l'affaire Elf en 2003. Il est l'auteur de La bataille de l'industrie aux éditions Jacques-Marie Laffont.

En 2017, il a publié Carnets de route d'un africain.

 

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