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Ce que l'aveu de l'éminence grise de Donald Trump sur ce qui l'a poussé à embrasser le populisme nous révèle de la nature politique profonde du mouvement qui déstabilise les démocraties occidentales

Pour de nombreux journaux comme le "Wall Street Journal" ou "Vanity Fair", cela ne fait aucun doute : c'est l'histoire familiale de Steve Bannon, haut conseiller stratégique de Donald Trump, qui l'a amené à adopter les thèses populistes et prôner un retour au protectionnisme.

Populiste

Publié le - Mis à jour le 24 Mars 2017
Ce que l'aveu de l'éminence grise de Donald Trump sur ce qui l'a poussé à embrasser le populisme nous révèle de la nature politique profonde du mouvement qui déstabilise les démocraties occidentales

Atlantico : Quelle est l'histoire personnelle de Steve Bannon ? Quels enseignements en a-t-il tiré sur sa vision du monde ? 

Jean-Eric Branaa : L’histoire professionnelle de Steve Bannon est plutôt atypique pour un diplômé de Harvard (il y a obtenu son MBA avec mention en 1983) : s’il a intégré Goldman Sachs, il a d’abord brièvement servi dans la marine et, plus tard, a fondé une entreprise de conseil en fusions-acquisitions spécialisée dans les médias, a été producteur à Hollywood, avant de diriger un magazine en ligne, Breitbart, connu pour diffuser la propagande d’extrême droite.

Pour sa part, il se définit comme étant de centre-droit, populiste, conservateur et anti-establishment, comme il l’a confié dans une interview à Bloomberg.

C’est peut-être alors dans son histoire plus intime que l’on peut trouver des éléments plus probants qui permettent de comprendre davantage cet homme : son père, Marty Bannon, a travaillé dur et a économisé le moindre sou durant toute sa vie afin de préparer ses vieux jours, investissant ses économies dans des actions d’AT&T, la compagnie de téléphone pour laquelle il travaillait. Mais, comme beaucoup, il a été rattrapé par la crise financière de 2007, dont il a été une des victimes. Face au crash boursier il a paniqué, vendu ses actions et y a laissé pratiquement toutes ses économies, perdant plus de 100 000 dollars.

Le Wall Street Journal a rapporté cette anecdote en insistant sur l’importance qu’elle avait eu pour son fils Steve, qui est alors entré en guerre contre les élites et leur petit monde, qu’il a taxé de "socialisme des riches", parce qu’elle s’auto-distribue les bénéfices quand il y en a, en ne laissant aux masses que les restes, sous la forme des inconvénients et des effets négatifs, voire destructeurs, de la crise. La vision du monde de Steve Bannon aurait alors été dominée par l’idée qu’il y a une élite intouchable, qui profite de la mondialisation pour s’enrichir et préserver ses privilèges mais délaisse jusqu’à l’intérêt du pays et de ses habitants. Bannon a ainsi théorisé l’idée du "nationalisme économique", mais a aussi trouvé des victimes expiatoires, embrassant des thèses racistes et antisémites, comme le rapporte au Daily Wire Ben Shapiro, ancien éditorialiste de Breitbart. Bannon s’est alors rapproché d’hommes très radicaux, tels que Stephen Miller, que l’on retrouve également dans l’entourage immédiat de Donald Trump aujourd’hui, à la Maison-Blanche : Miller est l’homme qui a écrit la plupart des discours du candidat durant la campagne. Ce sont eux deux qui auraient écrit le premier décret migratoire si controversé, sans consulter qui que ce soit d’autre. Pour Bannon, le nationalisme économique est la seule façon de rendre au peuple les dividendes auquel il a droit et de mettre fin à un cynisme international qui ne profite qu’à un tout petit nombre. Il vise là, en particulier les politiciens qui ne devraient pas pouvoir exercer au sommet du pouvoir pendant toute leur vie, selon le conseiller politique de Trump. 

Edouard Husson : Je ne me prononcerai pas sur le détail de sa biographie officielle, qui est presque trop adaptée au rêve américain pour ne pas avoir été un peu stylisée. Une famille en ascension sociale de la classe ouvrière à la classe moyenne. Un parcours personnel qui passe par les forces armées, la finance, Hollywood, les médias pour finir comme l'un des hommes-clé de la Maison Blanche. La force de l'histoire que raconte Bannon, c'est qu'elle trouve un écho chez beaucoup d'Américains convaincus que le "rêve américain" est bloqué, que l'ascension vers la réussite professionnelle et le mérite est arrêtée par une stratification au sommet. Bannon a fréquenté la haute finance puisqu'il a travaillé chez Goldman Sachs. Mais, nous dit sa biographie officielle, l'histoire de son père, dont les achats d'action n'ont pas été récompensés, au contraire, du fait "des manipulations de Wall Street" l'a conduit à sortir de ce système pour faire levier, à partir des médias, et contribuer à réenclencher le rêve américain. J'attire votre attention sur la répétition de l'histoire: à la fin du XIXè siècle américain, le populisme avait connu une première poussée. Mais à l'époque, il n'avait pas trouvé de champion pour imposer ses idées à la Maison Blanche. Je soulignerai aussi la dimension d'utopie que charrie le discours de Bannon. Nous le prenons pour un réactionnaire. Lui explique que les réactionnaires sont les oligarques libéraux et néocons. Ce qu'il veut voir réaliser à Donald Trump, c'est la relance de l'ascenseur social américain. Bannon lui-même, en s'appuyant sur les analyse de Howe (The Fourth Turning) croit à l'avènement prochain d'un nouveau "printemps américain". 

 
Commentaires

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  • Par DESVESSIESPOURDESLANTERNES - 19/03/2017 - 10:11 - Signaler un abus " niveau de l'éducation jamais aussi haut et autant partagé "

    Constat de hors-sol .En France Monsieur c'est pas tout a fit comme ça . On y ferme même un lycée pour défaut de résultats au BEPC !!! Faudrait bosser et vivre la vie réelle !

  • Par ajm - 19/03/2017 - 12:53 - Signaler un abus Rôle des migrations

    Les deux intervenants ne prennent en compte que les conséquences des évolutions économiques et technologiques alors que la question des migrations massives en Amérique du Nord et en Europe est un élément essentiel qui explique largement la montée des "populismes" que l'on observe dans des pays économiquement en bonne santé comme les pays scandinaves, les Pays-Bas, la Suisse, l'Autriche ou des régions riches comme le nord de l'Italie ou les Flandres Belges.

  • Par vangog - 19/03/2017 - 13:17 - Signaler un abus Article sans aucun intérêt de 2 mondialistes paumés!

    Plutôt que cette psychanalyse de Prisunic pour tenter vainement d'expliquer les choix politiques par l'enfance des hommes (déterminisme sociétal?), ils feraient mieux de tenter de comprendre pourquoi le mondialisme a perdu la guerre! Parti d'un libéralisme de bon aloi, intelligent et pragmatique, le mondialisme à dérivé après les crises, et s'est allié au socialo-communisme qui, lui, avait pris de l'avance en pervertissant les sociétés occidentales à son image...ces deux pervers, ultra-libéralisme et socialo-communisme, ont accouché d'un monstre: le capitalisme de connivence, ultra-corrompu et lâche, sans égard pour les faibles, méprisant le travail, la famille et les identités, pour asseoir le pouvoir de minorités conquérantes...ce capitalisme de connivence à tenté de placer ses derniers pions, Clinton-la-bécasse, Merkel-la-fuhrerin et Macron-Rothschild dans les sociétés occidentales manipulées, mais, quelles que soient les issues électorales, nous assistons à la fin d'une Royauté, celle du socialo-communisme marié au capitalisme de connivence...une révolte? Non, Sire, une révolution!

  • Par pale rider - 19/03/2017 - 13:57 - Signaler un abus You made my day !!!

    la gauche de Macron est libérale ????? LOL

  • Par J'accuse - 19/03/2017 - 14:10 - Signaler un abus Une question parmi d'autres

    Comment peut-on qualifier la politique agricole européenne de libérale, alors que la PAC a transformé les exploitations en kolkhozes, incapables de vivre sans subventions et de répondre aux besoins des marchés, procurant des revenus misérables aux agriculteurs, et déclassant l'agriculture française de la première à la quatrième place?

  • Par adroitetoutemaintenant - 19/03/2017 - 16:19 - Signaler un abus Aucune profondeur !

    Le Branaa de service qualifie les 7 ans de Mr Bannon dans la Marine de guerre Américaine de passage bref !! Par rapport à votre que-dalle au service militaire de la Nation Française, c’est infiniment plus, Monsieur rien-du-tout (« nothingburger » comme diraient mes amis américains ce qui vite traduit veut dire que vous êtes le prout de service ) ! Vous le traitez même d’antisémite ! Il est tout sauf anti-israélien. Il a certainement une dent contre la diaspora juive américaine qui vote pour leurs pires ennemis c’est-à-dire les démocrates et dont les deux groupes de puissance sont haïssables : Hollywood et Wall Street. Haïssables car ils se font du pognon en vendant des cochonneries au peuple ! Au fait nothingburger, on vous a payé pour cette crotte ou avez-vous fait un copier-coller du Huffington Crotte.

  • Par kelenborn - 19/03/2017 - 18:40 - Signaler un abus oui ben

    On a dit que le philosophe Berkeley niait l'existence de la matière car il serait tombé dans un pot de chambre quand il était petit! Bon! faire du populisme le résultat de la vie de Bannon....!!! C'est un peu court mais... vous préférez cette pauvre cloche de Nicole Bacharan qui , telle la Belle de Cadix a du rejoindre le couvent depuis l'élection de Donald! La seule bonne idée que cette pouffiasse ait eu de toute sa vie!

  • Par Liberte5 - 19/03/2017 - 18:55 - Signaler un abus Nous ne vivons pas dans le même monde, la même France.

    La mondialisation avait un but faciliter le commerce entre tous les pays, elle devait permettre de faire sortir les pays pauvres de leur misère. Ce dernier point est en partie réalisé pour les pays asiatiques et pour l'Amérique du sud. En revanche, pour l'Afrique et le moyen orient, les pays n'ont guère progressé et certains ont même régressé. Aujourd'hui l'Europe et les USA commencent à souffrir de ce libre échange. Les dégâts se font sentir à la suite des délocalisations massives sur les populations qui travaillaient dans ces secteurs.La mondialisation a atteint sa limite sous peine de déstabiliser tout l'occident.S'ajoute à cela l'immigration massive, surtout en Europe et en France en particulier avec une immigration musulmane d'AFN et d'Afrique qu'il est impossible d'intégrer.Que les populations se rebiffent, rien d'étonnant. Que les élites déconnectées les traitent de populistes montrent que ces pseudos élites n'ont rien compris et surtout n'en ont rien à faire. La cassure est profonde et le mouvement va s'amplifier malgré la propagande et la désinformation continue. Le sursaut des peuples est une question de survie. La France dans le déclin et la décadence est la plus avancée

  • Par Michel Normandeau-Voyer - 19/03/2017 - 19:41 - Signaler un abus Ben Shapiro antisémite, on est dans le délire

    "embrassant des thèses racistes et antisémites, comme le rapporte au Daily Wire Ben Shapiro" Je suis un fans du Ben Shapiro show, loin d'être antisémite il est un juif pratiquant. Pourquoi devrais-je faire confiance à l'auteur de ces lignes ?

  • Par lafronde - 20/03/2017 - 07:03 - Signaler un abus Libéralisme ou social-libéralisme ?

    Dans une Société capitaliste le secteur marchand, capitaliste et concurrentiel optimise la Production de richesses mieux que le secteur public monopolistique résiduel. Une Société capitaliste vraiment libérale signifie que les producteurs de richesses bénéficient de l'essentiel de ce qu'ils ont produit. Au vu du poids de l'Administration, ni la France 45% du PIB, ni l'Union européenne 40% ne sont vraiment libérales, et les Etats-unis 35% pas entièrement. l'Europe vit sous le système social-démocrate, avec une moitié de dépenses publiques d'assistanat souvent clientéliste et liée à une immigration "de Droit progressiste européen" CEDH. Car ce Droit progressiste et fait de droits-créances alors que le Droit libéral classique est fait de droits-libertés. Libéral progressiste Macron veut ouvrir le pays à l'immigration, car pour lui c'est un droit (créances) d'immigrer ou l'on veut. Libéral conservateur, Fillon veut réserver le pays et son système social au français, au titre de leur droits d'association, de leur droit de propriété indivise sur la France, et n'ouvrir l'immigration que pour les travailleurs nécessaires. Aux français de trancher.

  • Par lafronde - 20/03/2017 - 07:31 - Signaler un abus @Liberte5

    La compétitivité des entreprises sur leur marché domestique comme à l'export est aussi liée à la fiscalité. Celle de l'entreprise, du capital, de l'entrepreneur, du travail. Or cette fiscalité sert pour moitié des dépenses d'assistanat, des dépenses clientélistes qui s'ajoutent aux rentes de situation fréquentes dans le secteur public monopolistique. Or la centralisation aggrave les gaspillages puisque le citoyen ne peut mettre les collectivités publiques en concurrence. L'excès de fiscalité qui plombe les entreprises françaises vient de la centralisation excessive : jacobinisme. Quant à l'Etat-Providence occidental il handicape plus ou moins tous les pays qui l'ont adopté, surtout s'ils l'ont ouvert à une immigration du non-travail, une immigration à charge, en vertu du droit d'immigrer de la CEDH. On voit que ce qui met en péril l'Occident, ce sont les droits-créances nouvel avatar du Progressisme, après l'anti-cléricalisme, la déchristianisation, le communisme, le socialisme...

  • Par MonacoPhil - 20/03/2017 - 09:49 - Signaler un abus Libéralisme, quel libéralisme?

    Ok, la liberté de parole (comme celui de la propriété et de l'individu, ainsi la défense intérieur et extérieur de ceux-ci) est centrale dans le libéralisme. Mais là franchement.... Parler de libéralisme (ou même de démocratie) en France... Je pense que tout libéral qui se respecte comprendra.

  • Par Texas - 20/03/2017 - 10:16 - Signaler un abus Breitbart...

    Media d' extrême-Droite . Le ton est donné et les Mantra Universitaires se déroulent . Ou l' on apprend par des Maîtres de Conf que Miller et Bannon " auraient écrit le premier décret migratoire si controversé "....! . Allez , j' ai décidé d' être généreux : Loi H.R 158 " Visa Waiver Program Improvement and Terrorist Travel Prevention Act " voté en Juillet 2015 . Sinon 8 US Code §1182 : f) Suspension of entry or impositions of restrictions by President " .

  • Par Texas - 20/03/2017 - 10:32 - Signaler un abus " Suite "

    " Le Parti Démocrate qui a complètement adopté la révolution Reaganienne " .... ( !!? ) . Neuf milliards de dettes supplémentaires , toujours plus de fonctionnaires , et un registre des régulations qui passe de 81000 pages en 2010 à pas loin de 90000 actuellement . Problème d' interprétation de moins de Gouvernement par les Démocrates ? .

  • Par Texas - 20/03/2017 - 10:37 - Signaler un abus " Re-suite "

    " Les électeurs de Droite tournent le dos au Liberalisme " . Nous vivons l' âge d' or de la pression fiscale et des régulations , ce qui est bien sûr la définition du Libéralisme qu' en ont les Universitaires . Suis très inquiet pour nos étudiants .

  • Par Texas - 20/03/2017 - 11:57 - Signaler un abus Erreur

    ...Lire 9000 Milliards ( Neuf mille ) de dettes supplémentaires .

  • Par ikaris - 20/03/2017 - 18:45 - Signaler un abus M Branaa très en retrait par rapport à d'habitude

    grosse déception de M Branaa qui sait habituellement nous décrire une situation américaine sans trahir une vision partisane ... mais là, vu qu'on luis demande davantage son avis il nous reprend les poncifs du genre : Bannon voudrait se venger, les populistes sont avant tout des opportunistes sans idéologie, la mondialisation nous aurait tout apporté (j'en parlerai à mes parents ;-) ). En comparaison M Husson (dont le CV me laissait un peu froid) semble beaucoup plus apaisé et neutre dans son analyse et remettant (à mon escient il me semble) en perspective l'histoire actuelle.

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Jean-Eric Branaa

Jean-Eric Branaa est spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l’université Assas-Paris II. Il est notamment l'auteur de Hillary, une présidente des Etats-Unis (Eyrolles, 2015), Qui veut la peau du Parti républicain ? L’incroyable Donald Trump (Passy, 2016), et d'American Touch (Parlez-moi de vous), aux éditions de Passy (2016). Il vient de sortir "Trumpland, portrait d'une Amérique divisée" aux éditions Privat (2017).

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Edouard Husson

Edouard Husson est historien. Ancien vice-chancelier des universités de Paris, ancien directeur général d'Escp Europe, il a fait ses études à l'Ecole normale supérieure et à Paris Sorbonne, dont il est docteur en Histoire. Edouard Husson a été chercheur à l'Institut für Zeitgeschichte de Munich (1999-2001) et chercheur invité au Center For Advanced Holocaust Studies de Washington (en 2005 et 2006). Il a également été fait docteur honoris causa de l'Académie de Philosophie du Brésil (Rio de Janeiro) pour l'ensemble de ses travaux sur l'histoire de la Shoah.

Il est aussi vice-président de l'université Paris Sciences et Lettres (www.univ-psl.fr)

 

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