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Avenir de l'Union européenne : l'Europe fédérale ou la mort !

Après le sommet européen qui a vu renforcer l'union monétaire et économique, la question d'un plus grand fédéralisme dans l'UE se pose de plus en plus.

Dilemme

Publié le 18 juillet 2012
 

La crise que nous traversons exige des réponses politiques et non des placebos économiques, parce qu’elle est le fruit de l’incohérence institutionnelle de l’Europe.

Celle-ci, depuis ses origines, aux lendemains de l’après-guerre, n’a pas su choisir clairement dans la seule alternative que lui présentait l’avenir : un vaste et libre marché, ou bien une fédération, fût-elle largement décentralisée. Toujours, elle a balancé entre ces deux options, ouvrant un « marché commun » après avoir  refusé une communauté de défense (la CED), puis créant une « Union », et enfin une monnaie commune, sans pour autant en accepter les exigences fédératives.

Aurait-elle choisi le vaste libre marché, qui convient tout à fait, par exemple, au Royaume-Uni, que l’Europe n’aurait tout de même pas fait l’économie de la question du fédéralisme. Elle vivrait aujourd’hui sans doute d’autres crises, monétaires elles aussi, de dévaluations compétitives pour tenter de gagner quelques avantages dans cette zone de libre-échange. L’Europe ne serait toujours pas un lieu sans conflit et, pour les désamorcer, sans doute nous serions-nous dirigés vers de nouvelles règles qui, petit à petit, auraient grignoté nos souverainetés nationales. Même dans un tel scénario, donc, nous nous serions aussi, finalement, reposé la question du fédéralisme.

L’Europe aurait pu, dans l’immédiat après guerre, devenir un ensemble fédéral, des Etats-Unis d’Europe, avec une constitution calquée sur celle des Etats-Unis qui est un modèle de simplicité. Un président élu, chef de l’exécutif, une chambre représentant les peuples et un sénat représentant les Etats, de manière égalitaire sans considération de leur population (chaque Etat élit deux sénateurs, la Californie, qui compte plus de 37 millions d’habitants, tout comme le Wyoming, qui en compte moins de 600.000). Les Etats membres ont leur propre constitution, leur propre gouvernement national et leurs pouvoirs législatif et judiciaire. Tous reconnaissent cependant leur appartenance à une seule nation, les Etats-Unis d’Amérique, tout en cultivant leurs particularismes.

Hélas, cet « après-guerre » qui fut le temps des grandes décisions européennes ne joua pas en faveur de la fédération qu’appelaient pourtant de leurs vœux la plupart des « pères » de l’Europe, d’Altiero Spinelli à Jean Monnet en passant même par Winston Churchill. Tous évoquèrent « les Etats-Unis d’Europe », mais c’était une idée trop « atlantiste » et américanophile pour une droite conservatrice et patriote comme celle du gaullisme, par exemple, et une gauche encore fortement influencée par le marxisme. Avec la Guerre froide qui déjà menaçait, la gauche européenne avança son propre projet d’un « Mouvement des Etats-Unis socialistes d’Europe » dont nous eûmes assez vite une idée, hélas, avec les émeutes ouvrières de Berlin puis l’édification de son mur, et avec Budapest et Prague. Ce conflit entre deux Europe, l’occidentale et l’orientale, que séparait un symbolique « rideau de fer » et l’exaltation générale du patriotisme, ravivé par les conflits anciens, les amertumes des guerres coloniales et les tensions est-ouest, eurent raison de ce rêve fédéral.

 


Commentaires

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  • Par lecolazet - 19/07/2012 - 10:37 - Signaler un abus Très bon diagnostic,

    Qui peut faire peur par ailleurs.
    Même si l'idée est vraiment bonne, ça n'empêchera pas certaines dérives qui existent aux USA ! Et pas sûr non plus que ça simplifie et éclaircisse les rouages de la politique européenne
    P.-S. Si vous pouviez, comme tous vos confrères d'ailleurs, arrêter d'employer le mot « politique » pour « politicien », ça serait vraiment bienvenu :)

  • Par Equilibre - 19/07/2012 - 00:03 - Signaler un abus L'europe fédérale est la mort

    tout se résume en une expression: sauver le neuro. Tout ce texte pour sauver une monnaie!
    L'UE ne pourra vivre et survivre qu'en détruisant les nations qui l'habitent en son sein en harmonisant le plus possible tout ce petit monde. Pulvériser quelques millénaires d'histoire pour fonder un machin avec tout plein de non-élus de partout remplis de dégénérés incompétents notoires, style 350 milliard pour sauver la grèce avec un PIB de 200, le tout servi par une idéologie mondialiste matinée de libéralisme pour l'extérieur et de socialisme pour l'intérieur.
    Quant à mes enfants, vous pouvez compter sur moi pour leur apprendre, quant ils seront en âge, comment ce diktat a vu le jour, comment nos charmantes classes politiques, économiques, médiatiques ont tout fait pour nous faire gober le machin et comment ils nous prennent pour une bande de pions avec des QI d'huitre.
    Avec ce qui arrive à partir de cet été et les années suivantes, au cas où le machin tienne, je pense que je n'aurai pas trop de mal à les convaincre.
    A la place d'incantations, serait-il possible que quelqu'un m'expliquasse pourquoi la fédéralisation va marcher. Je suis souverainiste donc bête. Y aller lentement.

  • Par Totophe - 18/07/2012 - 23:27 - Signaler un abus Bof

    pas envie de mourir et pas envie d'une Europe fédérale. Préparons nos enfants à émigrer, l'avenir se situera ailleurs.

  • Par Kakou - 18/07/2012 - 22:39 - Signaler un abus avec

    La France l'eurpe est mort née et ..ce n'est recent.....il n'y a que les Anglais qui on vu juste ...et les allemands car ceux ci tienne le manche .

  • Par sheldon - 18/07/2012 - 21:13 - Signaler un abus Le "modèle social français" empêchera toute fédération.

    Reconnaissons qu'en France il n'y a pas de grands hommes/femmes politiques, aussi bien à droite qu'à gauche, reconnus comme tels par les Français.
    Un parti politique qui s'engouffrerait dans cette démarche aurait tout lieu de finir comme F. Bayrou et le Modem!
    Du FN à la gauche de la gauche tout serait axé sur la porte de "notre modèle" intouchable, même si compte tenu de sa rigidité, et de son coût faramineux, protège de moins en moins ceux qui ont la chance d'être concernés, et exclut par les lois sur le travail tous ceux, de plus en plus nombreux, qui en sont exclus .

  • Par ropib - 18/07/2012 - 17:34 - Signaler un abus L'avenir de la France

    Que l'avenir de l'Europe soit fédéral c'est une chose. Ce qui compte c'est que l'avenir de la France c'est aussi la Fédération. Alors il faut regarder la fédération à l'allemande, c'est sans doute le modèle le plus intéressant, mais il faut de toutes façons sortir un peu des sentiers battus. On peut prendre la monnaie comme mesure de l'échelle des décisions à prendre: en mettant en place des monnaies locales, fondantes et dédiées, on arrive assez vite à la conclusion que la fédération à mettre en œuvre doit être à géométrie variable (la "localité" de l'alimentation n'est pas la même que la "localité" du transport, par définition), relativement à des projets (activité économique, organisation sociale, échanges...) plutôt qu'à un territoire physique et géographique.
    La viabilité d'une telle fédération ne pourra se faire que par un équilibre des balances commerciales à l'intérieur de la fédération, concernant les flux intra-fédéraux. Après on pourra peut-être aller voir nos partenaires européens pour expliquer que la collectivité ne peut pas se construire si les rapports de prédation seuls sont valorisés (dans le sens "mesurés"). Commençons par nous occuper de nous-même.

Michel Faure

Michel Faure est journaliste, écrivain et traducteur.

 
Il est vice-président du Mouvement des Libéraux de Gauche (MLG).
 
Il est l'auteur, entre autres, de Au coeur de l'Espoir (Robert Laffont / avril 2012), co-écrit avec le Dr Eric Cheysson.

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