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Avant, il y avait des voleurs de voiture, mais ça c’était avant, maintenant ce sont les pirates informatiques qui s’y attaquent

Les services de police londonien ont communiqué leurs chiffes concernant les vols de véhicules en 2013. Bilan : 21 000 voitures volées (et 68 000 qui ont subi une effraction), dont la moitié environ l'ont été au travers du piratage. Si auparavant on volait une voiture avec un pied de biche, par exemple, en brisant la vitre, aujourd'hui les pirates prennent directement le contrôle des 80 ordinateurs embarqués dans un véhicule.

Clef connectée

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Avant, il y avait des voleurs de voiture, mais ça c’était avant, maintenant ce sont les pirates informatiques qui s’y attaquent

Atlantico : Concrètement, comment procèdent ces nouveaux voleurs ?

Jean-Paul Pinte : L’ère de l’Internet des objets est à peine né qu’il ne semble épargner aucun secteur de l’économie.

Celui de l’automobile ou de la voiture connectée a ouvert le bal à en croire Omar Ramos-Lopez, un ancien employé d’une concession automobile d’Austin, au Texas qui s’est vengé en piratant le système informatique de son ancienne entreprise. Il a ainsi pu bloquer le démarreur et parfois faire fonctionner le klaxon de plus d’une centaine de véhicules. Et tout ceci à distance !

Aujourd’hui, les systèmes embarqués représentent au moins 20% de la valeur d’un véhicule, et probablement 30% à 35% d’ici 2015.

Ces systèmes électroniques sont gérés par une unité de contrôle électronique (ECU), une sorte d'ordinateur responsable de fonctions sécuritaires liées à la conduite (système antidérapage, de freinage). On peut aussi faire un clin d’oeil aux machines intelligentes sur roues que sont les voitures autoguidées comme la Google Car.

A partir de là imaginez la suite car tout demeure alors possible et nous n’en sommes qu’au début.

Avant il fallait se procurer les valisettes de paramétrage des véhicules par des moyens tels que le vol ou le détournement de matériel. Aujourd’hui, c’est bien plus simple car Internet et ses nombreuses applications ne font que s’adapter à l’évolution des nouvelles fonctionnalités à bord des voitures et seront couplées à coup sûr à ces dernières. De plus, pas besoin d’être un génie car il est facile de se procurer le matériel nécessaire et peu cher sur la toile.

Quelques minutes d'installation et le tour est joué. Le petit boîtier sera même parfois installé sous la voiture sans avoir à entrer dans l'habitacle ou à ouvrir le capot, suivant le véhicule visé.

Pour le CHT, acronyme de "CAN Hacking Tool", il se doit d’être être physiquement connecté au réseau interne de la voiture via le bus CAN (Controller Area Network). Il peut ensuite être contrôlé à distance et déclenché selon une durée choisie pour se livrer, de suite, ou ultérieurement à un tas de manipulations selon le modèle de la voiture.

En février, deux chercheurs espagnols ont présenté le "CAN Hacking Tool" qui offre les fonctionnalités nécessaires au piratage d'un véhicule pour une somme avoisinant les 15 euros.

Est-ce aujourd'hui à la portée de tout le monde pouvoir pirater une voiture ? Est-ce si facile que cela ?

On ne peut pas dire que cela soit aussi facile que l’on puisse le laisser entendre car il est nécessaire tout de même d’avoir quelques compétences informatiques. Les expériences se partagent aussi sur la toile autour de ces sujets de piratage de voiture et il n’est pas rare, si l’on a du  temps, comme c’est le cas pour ce profil de cyberdélinquant de retrouver des conversations relatant des essais par exemple, voire même des schémas illustrant les manipulations.

 
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Jean-Paul Pinte

Jean-Paul Pinte est docteur en information scientifique et technique.

Maître de conférences à l'Université Catholique de Lille, il est expert en cybercriminalité.

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