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S’il n’y avait que la Grèce… La démographie, vraie bombe à retardement de la zone euro

Au sein même de la zone euro, les divergences démographiques des pays membres représentent une sérieuse menace pour la cohésion de l’ensemble. Entre chômage pour les uns et inflation pour les autres.

Tic-tac-tic-tac

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S’il n’y avait que la Grèce… La démographie, vraie bombe à retardement de la zone euro

Tous les pays de la zone euro n'ont pas le même taux de natalité. Crédit Reuters

Pendant que les dirigeants de la zone euro continuent de se chamailler à propos du dossier grec et de ses possibles conséquences sur l’avenir économique et politique de la zone euro, c’est un autre dossier, d’une toute autre ampleur, qui mériterait d’attirer un peu plus l’attention. En effet, les prévisions démographiques publiées par la Commission européenne, et plus précisément, de l’évolution de la population en âge de travailler, semblent bien plus alarmantes à long terme que l’issue du cas grec.

Ainsi, et dans un discours prononcé ce 11 juin 2015, le Président de la Bundesbank, Jens Weidmann, met les pieds dans le plat :

"L'économie allemande est peut être en bonne forme en ce moment, mais nous ne pouvons pas être dans une attitude de complaisance. L'Allemagne est confrontée à de sérieux défis économiques, en particulier concernant son évolution démographique (…)  Selon le dernier rapport de la Commission européenne consacré au vieillissement, la population allemande en âge de travailler (les personnes entre 15 et 64 ans) diminuera de 28 % d'ici l'an 2060 par rapport à une baisse de 8 % dans le reste de l'Union européenne. En France, cette prévision relative à l’évolution de la population en âge de travailler représente  une augmentation de 5 %, au Royaume-Uni de 11%.".

Car la véritable bombe qui menace la zone euro est ce différentiel interne des dynamiques démographiques. Et les chiffres avancés par Jens Weidmann, issus du rapport sur le vieillissement de la Commission européenne,  permettent de se faire une idée de ce différentiel entre les deux principales économies de la zone euro. D’une part, la baisse de 28% de la population allemande en âge de travailler d’ici à 2060, correspond à une érosion équivalente à 14,3 millions de personnes. De 49,7 millions d’Allemands en âge de travailler en 2013, le pays sera confronté à une situation où cette même population atteindra 35,4 millions de personnes en 2060. D’autre part, et concernant la France, la hausse de la population en âge de travailler atteint 1,5 million sur la même période, pour atteindre un total de 39,4 millions de personnes en 2060.

Cette lourde divergence est un défi posé à la monnaie unique, et donc, à la Banque centrale européenne. Car la mission d’une autorité monétaire est de permettre un développement économique optimal en fonction du potentiel de la zone couverte ; ici, la zone euro. Or, le potentiel économique d’un pays dont la capacité de travail augmente avec le temps s’oppose évidemment au potentiel d’un pays dont la population en âge de travailler décline. C’est-à-dire que la capacité d’un pays à générer de la croissance est lestée ou améliorée par l’évolution de sa population en âge de travailler. Reste une question; celle de l’homogénéité de la zone euro.

Cette problématique pourrait être contournée par la mobilité des travailleurs au sein de la zone euro, c’est-à-dire si les citoyens européens pouvaient s’établir sans contrainte dans d’autres pays de la zone, et ce, en fonction de ces mêmes dynamiques démographiques. Afin d’en lisser les divergences. Mais au sein de la zone euro, les populations des différents pays membres ne sont pas aussi mobiles que l’est, par exemple, celle des Etats Unis. Entre les barrières de langues, de diplômes,  de culture, de la diversité des régimes de protection sociale, ou, plus largement, de la volonté de travailler dans son pays natal, le niveau de mobilité des travailleurs au sein de la zone euro reste très faible. Ce que confirmait un rapport réalisé par Natixis au début de l’année 2014 :

 
Commentaires

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  • Par GP13 - 12/06/2015 - 11:21 - Signaler un abus Deplacer des populations ou des entreprises ?

    Pourquoi serait-il nécessaire que des français aillent travailler en Allemagne pour compenser le déficit démographique prévu ? On sait, déjà, très bien déplacer des usines. Il semblerait plus simple de faire construire des mercedes à Sochaux plutôt que d'envoyer des milliers de français à Stuttgart. Comment se fait-il que l'auteur de l'article n'évoque même pas une telle éventualité ?

  • Par Deneziere - 12/06/2015 - 11:30 - Signaler un abus Faux problème

    Les chiffres cités sous-représentent la mobilité actuelle et encore plus la mobilité potentielle. A grande échelle, il y a un problème de langue, c'est vrai, mais l'échec "patent" de la mobilité est une ânerie : il n'y a aucune raison d'être mobile quand le chômage est partout et qu'on touche des allocs dans son pays. Si les différentiels d'emplois que l'article prévoit s'accroissent et que les allocations baissent, ce qui est inévitable, alors les gens seront bien obligés de bouger. On en voit les prémisses: les jeunes français qualifiés et parlant une langue, qui en début de carrière ne peuvent prétendre à de grosses allocations chômage sont tentés de déguerpir, et on voit aussi des européens du sud aller vers l’Allemagne.

  • Par zouk - 12/06/2015 - 11:44 - Signaler un abus Démographie

    Oh non! Ce n'est pas un faux problème, les jeunes de bonne formation et parlant (réellement pas de façon scolaire comme notre désastreux enseignement en la matière) peuvent effectivement migrer facilement, ce n'es pas le cas de la majorité de la population. D'où l'ânerie monstrueuse des classes multilingues, nous devrions au contraire les développer fortement. Mais il serait plus efficace de faire venir les usines, les ouvriers français sont bons, mais notre fiscalité et notre code du travail parfaitement dissuasifs.

  • Par zouk - 12/06/2015 - 11:46 - Signaler un abus Démographie

    J'ai sauté un mot important: l'ânerie monstrueuse de la SUPPRESSION des classe multilingues.

  • Par clint - 12/06/2015 - 20:48 - Signaler un abus Pourquoi raisonne t'on toujours comme au XXème siècle ?

    Aura t'on vraiment besoin de beaucoup de main d'oeuvre dans une vingtaine d'année, voire avant ? La Suisse s'en sort très bien, Israël est un exemple qui devrait faire réfléchir : on y trouve une bonne partie des meilleures entreprises et start-ups dans "l'industrie" du XXIème siècle : numérique, objets connectés, etc ... On se calibre encore comme dans les années 70 quand on faisait appel au plus de main d'oeuvre possible pour des emplois de masse (travail à la chaine, bâtiment, etc) peu qualifiés. Or la débâcle de l' E.N. dans le primaire montre que l'on ne peut que perdre encore en compétence. Alors se gausser sur la fameuse natalité française ne peut se faire que parce qu'il est interdit de faire des statistiques ethniques !

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Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.fr.

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