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L’autre prétendant au leadership de l’Europe : comment Viktor Orban gagne du terrain face à Emmanuel Macron au sein de l’Union

Le Premier ministre hongrois part favori pour remporter dimanche un troisième scrutin législatif d'affilée. Si les médias présentent régulièrement Emmanuel Macron comme "le nouveau visage de l’Europe", il est difficile de nier l'influence et la fascination exercée par Viktor Orban dans une certaine partie du continent.

Réalités déplaisantes

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L’autre prétendant au leadership de l’Europe : comment Viktor Orban gagne du terrain face à Emmanuel Macron au sein de l’Union

 Crédit Attila KISBENEDEK / AFP

Atlantico : Alors qu'Emmanuel Macron est régulièrement présenté comme le nouveau visage de l'Europe, et son nouvel homme fort, cette perspective n'a-t-elle pas le défaut de voiler ce qui pourrait apparaître comme l'émergence d'un autre homme fort, Victor Orban, dont la longévité au pouvoir n'est dépassée, sur le continent, que par Angela Merkel ? 

Edouard Husson : Il est indéniable qu’Emmanuel Macron est apprécié dans une partie de l’opinion publique internationale - en particulier par une partie de l’Europe. Mais il s’agit de la partie la plus aisée de nos sociétés. Le président français est le dernier représentant en Europe, comme Justin Trudeau en Amérique du Nord, de ce qu’on appelle, depuis les années 1980, le néo-libéralisme. Avant d’être économique, ce néo-libéralisme a été culturel et moral.: la libération des moeurs et le multiculturalisme sont inséparables de la financiarisation de l’économie et du libre-échangisme généralisé.

Avec Macron ou Trudeau, il s’agit, en quelque sorte, du chant du cygne de cette époque libérale qui a commencé dans les années 1960 et qui aura duré un demi-siècle. Cette ère néo-libérale a fait des perdants, comme tous les systèmes historiques devenus dominants, elle aura broyé bien des vies, précarisé de nombreux individus qu’elle voulait - ou prétendait - émanciper. En Europe, le libéralisme reflue. Dans l’ouest du continent, il n’y a pas eu encore de personnalité politique capable d’incarner un élément d’alternative.

En Europe centrale, au contraire, on voit émerger un nouveau conservatisme: Autriche, Tchéquie, Pologne, Hongrie sont de plus en plus rétifs au néolibéralisme, qui se traduit dans les injonctions convergentes de Berlin, Bruxelles et Paris. C’est en particulier l’ancienne Europe centrale sous domination soviétique qui exprime un fort rejet. Dans cette zone, Orban est sans aucun doute, actuellement, la personnalité la plus affirmée, le gouvernant le plus charismatique. I faut bien comprendre que la Hongrie, la Pologne ou la Tchéquie ont réussi à survivre aux empires qui les opprimaient  grâce à une conscience nationale aiguisée. Quand on a subi le nazisme puis le soviétisme, il est peu probable que l’on se laisse impressionner par le totalitarisme mou venu de l’ouest du continent. Le parcours d’Orban résume très bien ce qui s’est passé: lors de son premier mandat de Premier ministre, à la fin des années 1990, il est assez libéral mais ne réussit pas à se faire réélire. Il revient au pouvoir en 2010 après avoir effectué un tournant conservateur.

Cyrille Bret : La figure de Viktor Orban est d'autant plus marquante qu'elle est clivante, non seulement au sein des institutions européennes qu'en Europe centrale et orientale et à l'intérieur même de son pays. La longévité compte. Mais elle ne suffit pas : la capacité à déférer dépend de l'autorité acquise dans les crises. Or, tel n'est pas le cas pour le Premier ministre hongrois à l'heure actuelle. Premier ministre de 1998 à 2002 et de 2010 à nos jours, le leader du parti Fidezs a effectivement une longévité au pouvoir conséquente. Il peut également se targuer à juste titre d'une majorité écrasante à l'Assemblée nationale de deux tiers avec son allié démocrate-chrétien du KDNP. Son candidat à l'élection présidentielle a également largement remporté l'élection en 2017. Toutefois, au sein du groupe de Visegrad, Orban ne parvient pas à s'imposer comme un leader en raison d'une part des désaccords avec la Pologne sur les relations à entretenir avec la Russie et, d'autre part, en raison de l'atonie de l'économie hongroise. La comparaison avec la chancelière Merkel est cruelle pour le Premier ministre hongrois : même si Angela Merkel est contestée notamment dans le sud de l'Europe, elle a acquis une autorité morale durant plusieurs crises : sa fermeté face à la Russie lors de l'annexion de l'Ukraine, sa volonté réelle d'accueil des migrants durant la crise migratoire, sa combativité lors de la campagne électorale, etc. tout cela lui a valu une estime par-delà les frontières de son parti CDU-CSU et les frontières de son pays. On serait en peine de trouver ces phénomènes pour le Premier ministre hongrois : il reste un chef partisan et non un leader continental.

 
Commentaires

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  • Par Deudeuche - 08/04/2018 - 12:56 - Signaler un abus Vive l’Europe des nations à l’Est!

    A bas l’Europe frico-arc en ciel du nord et advienne que pourra de l’Europe en vrac du sud!

  • Par J'accuse - 08/04/2018 - 12:56 - Signaler un abus Vox macroni, vox dei

    M. Bret est un fédéraliste béat, énarque caricatural, s'appuyant sur les difficultés passées de la déconstruction européenne pour prédire d'inévitables succès futurs. Peu lui importent les aspirations populaires: les peuples ont tort parce que les peuples ont toujours tort, par principe. Orban n'est qu'un vil tribun du peuple, et Macron un patricien de noble extraction (ENA), sorti de la cuisse de Jupiter s'il n'est pas Jupiter en personne. L'UE gagnera parce qu'elle est la plus forte; il suffira juste de museler ces populismes indésirables venus de l'est, et d'en limiter l'abominable contamination à l'ouest.

  • Par Poussard Gérard - 08/04/2018 - 18:02 - Signaler un abus Orban va devenir notre Charles martel

    Celui qui ose, celui qui protège, celui qui assume nos valeurs républicaines et notre identité européenne. .. Bravo.....les souchiens vont dégager le gerontophile arc en ciel carcsonnseul butceet de remercier les l2his, les énarques et la presse bien pensante. ..il méprise les gens qui ne sont rien..

  • Par Atlante13 - 08/04/2018 - 18:26 - Signaler un abus Euh, dites, vous êtes sût de votre analyse?

    car il me semble surtout que tous les européens se fichent pas mal de la France. Jupiter a fait la tournée des popotes pendant que Merkel était à la cuisine, et tout ce qu'il a obtenu c'est réduire de 6 mois la durée des travailleurs détachés. Depuis Merkel est sortie de sa tambouille et a rappelé officiellement, avec les Pays-as, à Macron : déficit annuel inférieur a 3%, endettement infréteur à 60% (oups!). Mosco et Barnier sont à la cave, et Merkel a placé, tout a fait illégalement, un certain allemand (Selmmyar? ou qque chose dans ce genre) a la tête de la Commission Européenne, par dessus Juncker. Les pays de l'Est ont reçu Jupiter et peu apprécié les leçons de morale du petit parvenu, et lui ont gentiment conseillé d'aller jouer aux billes ailleurs. Alors Jupiter a la tête de 'Europe? les dieux grecs doivent se retourner dans leurs tombes.

  • Par vangog - 08/04/2018 - 21:06 - Signaler un abus 3,8% de chômage, l’invasion maîtrisée...

    un pouvoir d’achat encore assez faible, car la pente est rude à la sortie du socialisme...la Hongrie réussit, avec Viktor Orban, à maintenir son identité et son bonheur. Ici aussi, l’affrontement oppose nationaux aux mondialistes, et la victoire de Viktor Orban ne convaincra pas ces sectaires à abandonner l’ideologie Soros, mais, avec la Hongrie de Orban, nous avançons vers la liberté des peuples, à pas comptés...

  • Par clint - 08/04/2018 - 21:26 - Signaler un abus La France est toujours en retard d'une guerre: Macron la preuve!

    La France a voté NON au dernier référendum sur l' UE : elle était en avance ?! Il a fallu attendre plus de 10 ans pour voir se pointer un apparatchik "Wall Street Democrat" pour justement essayer de "sauver" l'Europe des nations. On voit le résultat sur tous les points, le pire arrivant avec l'émigration et les énièmes aides de Borloo aux banlieues, en passant par la position officielle de l'islam en France !

  • Par ajm - 08/04/2018 - 23:02 - Signaler un abus Performances Hongroises plutôt enviables.

    Je ne sais pas pourquoi CB parle avec mépris des resultats économiques de la Hongrie : avec près de 4% de croissance et un très faible chômage ( 3.8%) les performances Hongroises soutiennent largement la comparaison avec ses voisins ex communistes. A vrai dire, la Hongrie comme la Pologne, la Slovaquie et la Tchéquie, forment bien l'arrière cour industrielle de l'Europe de l'Ouest, en particulier de l'industrie Allemande. Les salaires, encore bas ( dans les 600 euros de salaire median par mois ) progressent très vite ( 7-8% par an) afin de freiner l'exode des travailleurs qualifiés. S'agissant de la comparaison entre la stature internationale de Merkel comparée à celle d'Orban, elle est absurde compte tenu de la différence de taille et d'importance entre l'Allemagne et la Hongrie.

  • Par ISABLEUE - 09/04/2018 - 11:00 - Signaler un abus La novlangue de l'Enarque content de lui !!

    L'emploi à outrance du mot "clivage".... et il ose parle de l'"atonie de l économie hongroise".. On ne sait si on doit en rire ou en pleurer..... ceci explique sans doute que les énarques ont fichu la France par terre....

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Cyrille Bret

Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné notamment à l'ENS, à l'université de New York, à l'université de Moscou et à Polytechnique, il enseigne actuellement à Sciences-Po. Il est le créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia Prospective.

Pour le suivre sur Twitter : @cy_bret

 

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Edouard Husson

Edouard Husson est historien. Ancien vice-chancelier des universités de Paris, ancien directeur général d'Escp Europe, il a fait ses études à l'Ecole normale supérieure et à Paris Sorbonne, dont il est docteur en Histoire. Edouard Husson a été chercheur à l'Institut für Zeitgeschichte de Munich (1999-2001) et chercheur invité au Center For Advanced Holocaust Studies de Washington (en 2005 et 2006). Il a également été fait docteur honoris causa de l'Académie de Philosophie du Brésil (Rio de Janeiro) pour l'ensemble de ses travaux sur l'histoire de la Shoah.

Il est aussi vice-président de l'université Paris Sciences et Lettres (www.univ-psl.fr)

 

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