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Un (autre) million de réfugiés : mais qui pourra accueillir les Irakiens jetés sur les routes par la bataille de Mossoul ?

Alors que l'offensive pour récupérer Mossoul des mains de l'Etat Islamique a été annoncée pour le 19 octobre, les modalités d'accueil des habitants de la ville dans des camps de déplacés sont loin d'être au point. L'opération militaire à venir pourrait ainsi déclencher une grave crise humanitaire.

Crise en vue

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Un (autre) million de réfugiés : mais qui pourra accueillir les Irakiens jetés sur les routes par la bataille de Mossoul ?

Atlantico : Alors que l'offensive pour récupérer la ville de Mossoul des mains de l'Etat Islamique devrait avoir très prochainement lieu, les Nations unies et organisations non gouvernementales sur le terrain sont-elles prêtes à gérer les conséquences humanitaires de cette opération militaire ? Combien de personnes pourraient être déplacés du fait de cette offensive ?

Alain Rodier : Le gouvernement irakien et les puissances occidentales, Etats-Unis, Grande-Bretagne et France en tête, n’ont à la bouche que l’offensive qui doit permettre de reprendre Mossoul sur Daech.

Personne ne semble effectivement remarquer que cette bataille, si elle a lieu, se déroulera comme à Alep dans une ville très peuplée. Les estimations vont de un à deux millions d’âmes. Beaucoup ont oublié Sun Tzu qui déclarait dans son "L’Art de la guerre" : "on n’attaque une ville qu’en désespoir de cause".

En effet, le combat dans les localités est celui qui est tactiquement et techniquement le plus difficile à mener. Les risques de pertes collatérales sont énormes, surtout quand un des camps utilise les civils comme boucliers humains. Certes, les alliés occidentaux ont une technologie qui permet des frappes beaucoup plus précises que celles des Russes, il reste que la question se pose toujours : qui va y aller "à la baïonnette" car les combats en ville se finissent au corps à corps. Pour cela, il faut des assaillants particulièrement motivés car l’avantage penche initialement du côté des défenseurs qui ont eu le temps de préparer leurs positions à l’avance. Or, le "combat d’infanterie se perd" et surtout, les volontaires au casse-pipes ne se bousculent pas au portillon. Par ailleurs, le discours des Occidentaux vis-à-vis de leurs alliés irakiens est clair mais très peu motivant pour ces derniers : "entraînons nous et allez-y, on vous appuie".

Selon la BBC, le plan de bataille prévu est le suivant : renforcement de la base logistique de Qayyarah située à 60 kilomètres au sud de Mossoul (où se trouvent les artilleurs français et leurs accompagnateurs), encerclement progressif de la ville, les peshmergas verrouillant les accès nord ; approche des abords de la localité avec, pour limite longue, le 8 novembre, début de l’élection présidentielle américaine (il faut bien que le président Obama termine son mandat en beauté, il l’a bien débuté en étant nommé prix Nobel de la Paix (1) fin novembre-décembre, début des combats de rues ; fin de l’année-début 2017, "et hop, c’est enlevé" -selon le gouvernement irakien-… Le président turc Reccep Tayyip Erdoğan a de son côté dévoilé la date du début des opérations : le 19 octobre. Au sol, c’est à l’armée irakienne et aux milices chiites de s’y coller mais promis-craché-juré, ces dernières n’entreront pas dans Mossoul à majorité sunnite. Question : est-ce que le major général Qassem Suleimani, le chef de la forces Al-Qods des pasdarans iraniens et grand soutien des milices chiites irakiennes fera une petite apparition médiatique comme il en a l’habitude (la dernière fois qu’il s’est montré aux photographes, c’est dans la région d’Alep) ? Les effectifs gouvernementaux sont estimés à 28 000 combattants. Ceux de Daech ne sont pas vraiment connus mais ils ne devraient pas dépasser les 2 500/3 000 activistes. A dix contre un, c’est jouable "sur le papier".

Selon le représentant en Irak du Haut Commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR) Bruno Geddo, l'offensive sur Mossoul pourrait provoquer "l'un des pires désastres humains depuis de nombreuses années". En gros, il s’attend à avoir à gérer quelques 700 000 réfugiés, peut-être plus. Encore faudrait-il qu’ils puissent sortir de la ville.

Il est toutefois possible que les spectaculaires mouvements de troupes qui ont lieu actuellement et les plans échafaudés et relayés "aimablement" par la presse anglo-saxonne (une opération "Fortitude" à la petite semaine ?) aient un autre objectif. En effet, la stratégie de Daech n’a jamais été de défendre fermement une position. Soucieux de préserver ses effectifs de combattants entraînés (ils ne sont pas si nombreux que cela), il a toujours préféré éviter le combat défensif frontal et se dissoudre dans la nature pour se reconstituer ailleurs. La fameuse théorie de la goutte de mercure qui explose en de multiples gouttelettes… Dans le passé, afin de permettre le départ du gros des effectifs, les forces irakiennes ont seulement été ralenties par des tireurs embusqués et des pièges explosifs fixes ou mobiles. Différentes déclarations émises par Daech admettant qu’il pourrait perdre des villes -même importantes- semblent aller dans ce sens mais que se passera t’il si, pour une fois, Daech change de tactique ?

En effet, on se retrouvera alors en situation de siège comme à Alep mais à la différence que là, encore plus de civils seront alors pris au piège. Le mauvais rôle assumé aujourd’hui par le pouvoir syrien et ses alliés russes et iraniens à Alep risque d’être alors attribué aux forces de la coalition internationale !

1. Cela dit, quel que soit le président élu, je pense que l’on regrettera le président Obama qui est d’une autre facture que les candidats actuels.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 05/10/2016 - 09:53 - Signaler un abus La différence entre Mossoul et Alep?

    Alep sera repris avant quelques semaines, avec des pertes humaines minimales, car les jihadistes détalent face à la force...Mossoul sera encore assiégé dans un an, et les pertes humaines y seront bien plus élevées. Les convois humanitaires des gaucho-droidelhommistes iront nourrir les combattants jihadistes, qui distribueront cette aide parcimonieusement à la population, en échange d'allégeance stricte, ou d'exode vers l'UE complètement larguée...et voila comment les russes gagnent, là où les bisounours occidentaux nourrissent la barbarie!

  • Par Gordion - 05/10/2016 - 12:10 - Signaler un abus Propagandastaffel occidental...

    ...il faut bien que les politiques feignent de trouver des solutions, alors qu'il n'y en a aucune. Passons sur les forces ridicules en présence de tous côtés, sur la théorie "zéro mort" comme bien décrit ici, et sur l'infanterie introuvable sur le terrain. Rappelons-nous la débandade des "forces irakiennes" lors de la prise de ces villes par le GEI. Ce sera comme Beyrouth. L'important est les négociations et/ou combats en sous main entre les ethnies et religions, le pétrole, le Riemland des uns et des autres. Et les influences de la Turquie, de l'Iran et de leurs mentors officiels, ou officieux. Qui contrôlera les champs pétroliers de la région de Mossoul, et surtout le gouvernement chiite de Bagdad pourra-t-il empêcher les sunnites, et leurs mentors, de profiter de la manne pétrolière? Que feront les Américains, en pleine période électorale? Rien a priori. Les populations civiles sunnites auront des difficultés à se déplacer en terrain kurde, quant à aller en terrain chiite au sud...Chaos assuré pour quelques années, @A.Rodier? Merci.

  • Par RODIER - 05/10/2016 - 13:24 - Signaler un abus A Gordion

    je ne vois rien à ajouter à votre commentaire qui est excellent. Vous êtes un fin observateur de la situation géopolitique du "billard à multiples bandes" en vigueur au PO. Bravo. Si tout le monde pouvait être comme vous! Alain Rodier

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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