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L’autre France périphérique qui peut peser sur la présidentielle : celle des centres-villes de provinces dévitalisées

Jeudi 16 mars a lieu une réunion de l'Association des Maires de France sur la revitalisation des centres-villes. L'occasion de s'attarder sur une catégorie de la France périphérique qui reste peu évoquée mais tout aussi importante - les personnes issues des petites villes qui ont observé leur dévitalisation.

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Publié le - Mis à jour le 17 Mars 2017
L’autre France périphérique qui peut peser sur la présidentielle : celle des centres-villes de provinces dévitalisées

Atlantico : Quand on parle de France périphérique, une catégorie reste peu évoqué mais tout aussi importante. Il s'agit de ceux issus des petites villes et qui ont observé leur dévitalisation. Ils ont décidé de rester quand même mais que sont-ils devenus ?

Laurent Chalard : La "France Périphérique", terme inventé par le géographe Christophe Guilluy désormais rentré dans le langage courant, étant définie a contrario des grandes métropoles, elle se caractérise donc par une grande hétérogénéité des territoires qui la composent, dont le principal point commun est la mise à l’écart des retombées positives de la mondialisation.

On y retrouve :

- des espaces périurbains subis des grandes métropoles, qui ont vu l’afflux de populations peu argentées, originaires du cœur et des banlieues de ces métropoles, ne pouvant plus se loger dans les quartiers aisés et/ou fuyant les quartiers populaires à la mixité ethnique jugée conflictuelle

- des espaces ruraux stricto sensu, où l’urbain est absent, qui ont fortement vieilli au fur-et-à-mesure du temps, avec de moins en moins de jeunes et un amenuisement du secteur agricole,

- des petites et moyennes villes, bien souvent anciennement à dominante industrielle, qui connaissent une stagnation ou un déclin démographique, dans un contexte de vieillissement de leur population, mais dont le poids démographique au niveau national demeure non négligeable, étant donné le tissu urbain dense de petites et moyennes villes qui caractérise la France, où les villes plus peuplées sont relativement moins nombreuses que chez ses voisins européens.

En effet, ces villes constituent l’ossature de l’organisation territoriale hexagonale.

Les populations des petites villes situées en-dehors de la zone d’influence d’une grande métropole, dont une large partie est restée sur place, n’ont donc pas "disparu", mais ont été complètement oubliées par les élites parisiennes depuis les années 1980, qui n’ont pas su voir le processus de paupérisation en cours, ne fréquentant guère ces territoires.

Quelle angoisse a généré cette paupérisation et quelle traduction politique peut-on observer?

Vincent Tournier : La dévitalisation des centres-villes est un processus maintenant bien identifié. Il a d’abord été repéré par les acteurs économiques, puis par l’INSEE. Cette dévitalisation se mesure notamment par la hausse du taux de vacances des commerces. Seules les grandes métropoles et les villes touristiques y échappent. Il s’agit moins d’une paupérisation que d’un déplacement des activités, déplacement qui est lui-même lié à l’étalement urbain. On voit en effet que les gens s’éloignent des centres-villes, ce qui a provoqué le boom des zones commerciales.

Ce sujet est plus important qu’il n’y paraît. Beaucoup de gens ont pris conscience de ce phénomène depuis longtemps. Ce n’est pas très compliqué : il suffit d’une simple expérience de la vie quotidienne pour voir qu’il se passe quelque chose. Or, cette désertification crée un malaise plus ou moins intense. Elle donne l’impression que l’on assiste à un déclin progressif, à un abandon. Cette inquiétude est d’autant plus vive que le problème n’est pas vraiment pris en charge par le discours politique, sinon par les acteurs politiques locaux. Aujourd’hui, les partis de gouvernement sont tournés vers l’économie mondiale, ils n’intègrent plus vraiment le petit commerce, alors que le rôle de celui-ci dans la sociabilité et la vitalité urbaines est très important.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 16/03/2017 - 08:14 - Signaler un abus Le secteur agricole massacré par les LRPS: une urgence!

    Cette UE débile vient de prolonger pour six mois les sanctions contre la Russie, affectant directement nos agriculteurs, qui avaient déjà subi la fin des quotas laitiers. À cause de cette UE débile les enfants des écoles consomment 50% de viande importée hors de France, alors que nos agriculteurs souffrent des contraintes écolo-débiles imposées par l'UE et des taxes et impôts gauchistes qui n'ont jamais inversé leur courbe, eux...ajoutons à cela le massacre des services publics par gauche et droite archaique, laxisme judiciaire vis-à-vis des voleurs de grands chemins venus de l'est de l'Europe, et on obtient le tableau catastrophique d'une France défigurée sur 90% de son territoire. Les banlieues, elles, sont soumises à la loi islamiste et au pouvoir des 5000 caïds privilégiés par le pouvoir socialiste. Il y a urgence immédiate à inverser ce déclin gauchiste mortel! Ce sera la première urgence de Marine Le Pen, lorsqu'elle aura retiré le pouvoir aux bobos gauchistes inconsistants!

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 16/03/2017 - 08:26 - Signaler un abus Et une quatrième cause non

    Et une quatrième cause non moins importante que les autres..... Le cumul des mandats qui fait que les maires de villes moyennes comme Orléans par exemple sont aussi députés et vivent hors sol à Paris... Le Parisianisme les coupe de la réalité et du bon sens provincial.... Ils imposent donc à leur ville un traitement du type À. Hidalgo en oubliant qu'a l'inverse de Paris, les catégories aisées vivent à la périphérie des villes moyennes. Alors les plans de circulation et de stationnement confiscatoire ont des effets désastreux sur le commerce de centre ville qui disparaît très rapidement, Et définitivement..

  • Par Gordion - 16/03/2017 - 11:22 - Signaler un abus Oui

    Excellent article. La redynamisation des centres villes est l'une des clefs. À noter que les supérettes de proximité, une des clefs, ne saurait se construire uniquement sur les grandes enseignes de distribution. Les CCI régionales doivent se mobiliser.

  • Par totor101 - 16/03/2017 - 11:24 - Signaler un abus POURQUOI ?

    Les populations des petites villes.... n’ont donc pas "disparu", mais ont été complètement oubliées par les élites parisiennes depuis les années 1980, qui n’ont pas su voir le processus de paupérisation en cours, ne fréquentant guère ces territoires. DEUX facteurs importants ont créé cette situation - la fermeture des usines! a) motif inavoué : la délocalisation, par exemple du textile depuis les années 60. b) la chasse aux PME depuis les années 70, elles dérangeaient les grôôôôsses sociétés.... - la montée de la grande distribution qui a exploité ces facteurs... le petit commerçant n'a pas accés aux "bons" prix ......

  • Par theodorum - 16/03/2017 - 11:34 - Signaler un abus Tout peut changer, quand on a compris !

    « Il n’est pas rare de voir de petits chefs-lieux de canton de 2000 habitants disposer de plusieurs supermarchés, ce qui constitue une aberration totale. » J' ai imaginé des mesures qui empêcheraient aussi les investissements excessifs ,dont la publicité, destinés à saturer le marché pour empêcher les concurrents de prendre pied. Pas étonnant qu'elles n'avouent que 2% de bénéfices, d'autant plus que les dirigeants sont aussi des salariés grassement payés ! Conclusion : les grandes surfaces, vrais chevaux de Troie de la mondialisation, ne sont en fait que des parasites : "L'excès de concurrence et les concurrences déloyales, type travail au noir, bricolage, robotisation et délocalisations, ruinent l' Économie" Le problème est l'absence d'une vue d'ensemble, chaque maire de petite ville ne considérant que le nombre d'emplois créés localement. C'est à l' ÉTAT par la fiscalité de limiter l'amortissement des investissements et de remplacer les cotisations sociales qui pénalisent l'emploi par la TVA, mais une TVA redistribuée partiellement et forfaitairement pour lui enlever son caractère injuste, en faisant un impôt progressif et sans effet de seuil, chaque euro de gain étant assujett

  • Par theodorum - 16/03/2017 - 11:55 - Signaler un abus Prix ou emplois, il faut choisir !

    Ces mesures empêcheraient le chantage exercé par les grandes surfaces sur leurs fournisseurs qui, pour leur "octroyer" une très forte marge (dixit le maître savonnier Rampal-Patou de Salon-de-Provence en Juin 1995 à la revue des Apprentis Orphelins d'Auteuil =OAA, page 40, et qui existe toujours Quelle compétitivité propre ? c'est le cas de le dire !) sont obligés d'augmenter les prix en relevant leur barème . Quelle importance l'inflation- c'était avant - ou le chômage, pour les grandes surfaces qui n'ont de souci que d'être moins chers que leurs concurrents, quite à être plus chères qu'avant, l'essentiel étant d'obliger d'abord les autres à augmenter. Ces mesures empêcheraient aussi les investissements excessifs ,dont la publicité, destinés à saturer le marché pour empêcher les concurrents de prendre pied. Pas étonnant qu'elles "n'avouent que 2% de bénéfices, d'autant plus que les dirigeants sont aussi des salariés grassement payés ! Conclusion : les grandes surfaces, chevaux de Troie de la mondialisation, ne sont en fait que des parasites : "L'excès de concurrence et les concurrences déloyales, type travail au noir,bricolage,robotisation et délocalisations, ruinent l' Économie"

  • Par lasenorita - 16/03/2017 - 14:41 - Signaler un abus Nos campagnes françaises.

    Nos hommes politiques se sont toujours désintéressé de nos campagnes françaises! J'étais institutrice,dans l'Oise,avant 1963:dans certains villages on y vivait comme au Moyen Age.. J'ai connu le village de mon époux(en Bourgogne):l'eau courante n'y fut installée qu'en 1962!.Je pense que si nos paysans français avaient brûlé des voitures, tué des policiers,etc..etc. .nos ''politiques'' auraient peut-être amélioré leurs conditions de vie...parce que la plupart de nos paysans, étant des ''petits'' propriétaires sont des contribuables!.. les sous de leurs impôts servaient à construire des barrages, des routes, etc...en Algérie!...ce fut de l'argent placé ''à fonds perdu''!...

  • Par lepaysan - 16/03/2017 - 15:31 - Signaler un abus La province, quelle horreur pour nos "élites parisiennes"

    Exactement Poitiers, vous avez décrit ce qui se passe à Poitiers, et bien d'autres ville de l'ouest.

  • Par Deudeuche - 16/03/2017 - 20:53 - Signaler un abus La loi NoTRe

    Et ses regroupements de régions a consacré le modèle de développement fonde sur les métropoles qui reproduisent le modèle d'abandon du territoire au profit de quelques très grande villes. L'Empire Parisien s'est fait ses métastases.

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Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant, membre du think tank European Centre for International Affairs.

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Vincent Tournier

Vincent Tournier est maître de conférence de science politique à l’Institut d’études politiques de Grenoble.

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