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Loin des États-Unis : l’heure de la conquête de son autonomie stratégique a-t-elle sonné pour l’Europe ?

Le site de défense WarOnTheRocks a récemment publié un article sur "l'autonomie stratégique européenne". Jean-Sylvestre Mongrenier revient sur ces enjeux de politique étrangère et de sécurité.

Vision d'ensemble

Publié le - Mis à jour le 20 Avril 2018
  1. En quoi consisterait une telle autonomie stratégique pour l'Union européenne ? En quoi pourrait-elle mettre à mal l'alliance Atlantique ou la relation entre Europe et Etats Unis ? Washington aurait-il raison de s'en inquiéter ?

Si l’on va à l’essentiel, l’autonomie stratégique consiste à pouvoir apprécier les situations et à agir militairement en toute indépendance. Il faut ici rappeler que les capacités militaires n’appartiennent ni à l’OTAN, ni à l’UE. Elles appartiennent aux Etats qui décident souverainement de leur emploi. En l’état des choses, un Etat peut décider d’agir seul, de se joindre à une opération menée dans le cadre de l’OTAN ou de l’UE, ou encore d’intégrer une « coalition de bonnes volontés » (une coalition ad hoc).

Dans le cadre européen, le problème n’est pas institutionnel mais réside dans le manque de capacités militaires cruciales. Un ancien secrétaire général de l’OTAN soulignait la chose ainsi : « On ne fait pas la guerre à coups d’organigrammes ».

La question de l’autonomie stratégique se pose donc d’abord au niveau des nations. Au vrai, bien peu peuvent y prétendre en Europe. La France comme le Royaume-Uni s’efforcent de maintenir une certaine autonomie stratégique. On songe bien sûr à la force de frappe, mais le concept renvoie également aux capacités de renseignement (spatiales et autres), au transport stratégique, aux missiles de croisière ou encore aux porte-avions. Cette énumération n’est pas exhaustive.

En l’occurrence, on comprendra l’importance pour la France d’un deuxième porte-avions, condition sine qua non d’une « permanence à la mer ». Il faut ici insister sur le fait que cet outil de puissance est irremplaçable. Il s’agit là d’une base aéronavale, mobile et souveraine, qui donne au Président de la République les moyens de peser dans la résolution d’une crise diplomatique. Le cas échéant, le groupe aéronaval, i.e.  le porte-avions et son escorte, permet d’agir contre la terre (entrée de vive force sur un théâtre d’opération, soutien à la manœuvre terrestre) et de conserver la maîtrise de la mer, serait-ce au moyen d’une bataille aéronavale.

L’UE ne constituant pas un acteur géopolitique institué, la question de son « autonomie stratégique » ne se pose pas véritablement. L’expression vise principalement à désigner les lacunes capacitaires des armées européennes et la vulnérabilité stratégique qui en résulte.  Cette vulnérabilité collective est la résultante des insuffisances de chaque nation, y compris celles qui sont les plus en pointe. Dans le cas de la France, l’intervention au Mali et dans la bande sahélo-saharienne, sans le soutien des Etats-Unis, serait très difficile à assurer de manière durable. Hypothétiquement atteint en 2025, l’objectif d’un budget militaire représentant 2 % du PIB est présenté comme un effort colossal. Aurait-on oublié que la France, à la veille de la chute du Mur de Berlin, consacrait un pourcentage deux fois plus élevé à la chose militaire? Le Royaume-Uni est dans une phase de récupération. L’Allemagne reste fixée sur la défense territoriale. Plus à l’Est, ne négligeons pas les efforts de la Pologne ou le rôle qu’elle est en mesure tenir sur l’isthme Baltique-mer Noire.

 
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Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie, et chercheur à l'Institut français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).

Il est membre de l'Institut Thomas More.

Jean-Sylvestre Mongrenier a co-écrit, avec Françoise Thom, Géopolitique de la Russie (Puf, 2016). 

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