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Autant de tanks que de pays… ces légers détails matériels qui compliquent singulièrement le chemin vers une Europe de la défense

La création d'une armée européenne commune est une question de plus en plus étudiée au sein de l'Union Européenne. Mais celle-ci doit d'abord régler un sérieux problème de redondance au niveau de ses équipementiers...

Aux armes, européens

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Autant de tanks que de pays… ces légers détails matériels qui compliquent singulièrement le chemin vers une Europe de la défense

Atlantico : Dans une interview donnée à la BBC, Jean-Claude Juncker a évoqué l'idée d'une armée européenne commune, mais tout en critiquant la redondance des systèmes d'armes et des industries militaires en Europe qui empêcheraient l'Union Européenne d'avoir une réelle économie militaire. Pourquoi cette pluralité est-elle un obstacle?  

Philippe Chapleau : C’est d’abord une question d’abord de volonté politique de la part des états membres de l’Union Européenne, et en particulier des grands Etats, d’œuvrer dans les deux sens. Ce qui est peut-être le plus urgent, et ce qui est à mon avis le sens des déclarations de Jean-Claude Juncker et de la Commission, les premiers pas doivent être faits au niveau de l’industrie de la Défense. Ça explique les annonces qui ont été faites il y a quelques jours, et la teneur de ces annonces qui, en gros, prévoient quelques centaines de millions d’euros qui destinés à de dynamiser les équipementiers européens de la défense.

En particulier, ce qui est intéressant, l’effort doit être porté sur la recherche et le développement. Effectivement, toutes les amères européennes ont des besoins à peu près identiques. Par exemple au niveau des drones, où les grandes Nations ont besoin de ces équipements à l’horizon de 2025. Il y a donc, effectivement, tout intérêt à faire un effort commun pour faire travailler les bureaux de recherche et développement des équipementiers de l’Union Européenne. La question qui se pose, dans un deuxième temps, c’est est-ce que la volonté politique va perdurer? Car c’est bien beau de financer des recherches, de sortir des démonstrateurs, mais si ensuite les Etats n’achètent pas, les équipementiers vont se retrouver dans une position critique. Donc, il faut absolument qu’il y ait cette volonté politique. Nous devons décider de nous équiper de façon cohérente. L’intérêt est double, voir triple. Au niveau de la recherche, et puis ensuite de la production, il y a des effets d’échelles qui feront baisser les prix. Dans un deuxième temps, les questions de maintenance et de pièces détachées seront beaucoup moins aiguës et coûteuses. Actuellement, lorsqu’on déploie des troupes sur le terrain, si elles disposent de 10 systèmes d’armes différents, ça veut dire qu’il y a 10 chaînes de maintenance différentes. C’est quelque chose de très lourd, et très onéreux. Si l’on avait qu’une seule chaîne, cela serait assurément beaucoup moins contraignant et cher. Le troisième point important est que si l’on a une cohérence dans les équipements, on pourra alors les mutualiser. C’est à dire que des pays de l’Union vont fournir 20.000 hommes, mais que d’autres pays pourront leur fournir le matériel. Celui-ci pourra alors être déployé de façon immédiate. Ça donne un avantage au niveau opérationnel. Ça peut valoir pour du matériel terrestre, des drones, des avions ou des hélicoptères.  

S'il il y a un besoin d'homogénéiser le système d'armes en Europe avant de créer une armée commune, quels en seraient les conséquences sur les industries militaires nationales ?  

On peut bien sûr craindre qu’en ayant un regroupement, cela entraînera la disparition de certaine industrie nationale. Ce qu’il faut se dire, c’est que si on décide de produire ensemble des équipements que tout le monde va utiliser, il y aura des effets de levier sur la production. SI on décide un certain modèle de drone, tous les équipementiers pourront travailler de concert pour le produire. Donc il ne devrait y avoir de très grosse baisse de charges dans les plans de travail. C’est la même chose pour l’aviation de combat, ou les chars de combat. Si vous avez une commande massive de la part de 10 pays européens, il est certain qu’on peut visser 10 équipementiers européens la même production. Donc ce n’est pas nécessairement un mal. Il peut très bien avoir des effets intéressants.  

Au delà de du problème logistique, quelles sont les difficultés aujourd'hui à doter l'Union Européenne d'un corps d'armée commun?  

Le premier point de blocage est en quelque sorte la bonne santé de l’OTAN. Une grande des membres de l’Union Européenne sont des membres de l’OTAN, et une partie leurs armées sont déjà déployées dans le cadre d’opérations de l’OTAN. Et avec l’aide des incontournables américains, le parapluie otanien fonctionne bien. Donc tant que l’OTAN se porte bien, les Européens n’auront pas le couteau sous la gorge, et le besoin de se mettre autour de la table pour créer une vraie armée européenne. Ça peut-être un peu dommage de le présenter comme ça, mais tant que l’OTAN est là, on aura des tas de bonnes raisons pour ne pas vouloir dupliquer ce type de forces et de payer une deuxième fois pour un instrument qui sera redondant.    

 
Commentaires

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  • Par C3H5.NO3.3 - 20/06/2017 - 10:14 - Signaler un abus salmigondis

    «nt, l’effort doit être porté sur la recherche et le développement. Effectivement, toutes les amères européennes ont des besoins à peu près identiques. » Faux. Les ambitions (nation cadre operation extérieure, defense petit territoire) ne sont pas les même. Les objectifs (defense contre l'ogre Russe, defense contre le tyran turc, interventions ext. Pps, ...) different largement, les materiels different d'autant.

  • Par C3H5.NO3.3 - 20/06/2017 - 10:16 - Signaler un abus la France n°3 mondial

    Des exportations d.armement. Qui veut récupérer le pactole au niveau européen pour faire bosser son tissu de pme plutôt que les pme françaises ?

  • Par C3H5.NO3.3 - 20/06/2017 - 10:19 - Signaler un abus les drones

    La coop franco-britannique fonctionne bien. Et c.est la seule qui compte et qui fait sens. Pas besoin que mobsieur juncker vienne y mettre le bazar. De plus, un prgm d.armement, c'est déjà complexe en soi. A deux, c'est une fageure. A plusieurs, c'est un echec, comme l'A400m.

  • Par C3H5.NO3.3 - 20/06/2017 - 10:24 - Signaler un abus reflexion un peu courte

    «Actuellement, lorsqu’on déploie des troupes sur le terrain, si elles disposent de 10 systèmes d’armes différents, ça veut dire qu’il y a 10 chaînes de maintenance différentes. C’est quelque chose de très lourd, et très onéreux. Si l’on avait qu’une seule chaîne, cela serait assurément beaucoup moins contraignant et cher. » Dans la vraie vie, un prgm d.armement, ça dure longtemps, 30 a 50 ans. Quelque soit le domaine, vous aurez donc toujours chevauchement de flottes de materiels a vie prolongée au delà du raisonnable, de flottes en fin de vie, de flottes en milieu de vie, de nouveaux équipements, sans compter les standards differents puisqu.on ne peut pas modifier tous les équipements en même temps. Dans la vraie vie, donc, on aura toujours des chaines de maintenance multiples...

  • Par C3H5.NO3.3 - 20/06/2017 - 10:29 - Signaler un abus ça devient comique

    «C’est à dire que des pays de l’Union vont fournir 20.000 hommes, mais que d’autres pays pourront leur fournir le matériel. Celui-ci pourra alors être déployé de façon immédiate. » Sauf que les concepts d.emploi sont differents, que les matériels complexes (un centre c2 deployable par exemple) sont adaptés à ces concepts d.emploi, et donc qu'en fonction des nations un même système ne va pas comprendre les mêmes équipements, ne va pas avoir les mêmes versions logicielles, .... bref, à part s.échanger des grenades à main,...

  • Par C3H5.NO3.3 - 20/06/2017 - 10:35 - Signaler un abus on atteint des sommets

    . «C’est la même chose pour l’aviation de combat, ou les chars de combat. Si vous avez une commande massive de la part de 10 pays européens, il est certain qu’on peut visser 10 équipementiers européens la même production.» Mais bien sur. On aura surtout, dans un premier temps, les pays politiquement les plus faibles qui perdront leurs chaines, quitte a ce qu.ils aient des compensations, puis la production sera«optimisée» entre sites, chacun fabricant un sous ensemble, puis, comme ça ne marchera pas et que ca créera des surcoûts énormes, on reoptimisera pour ne garder qu'une chaîne qui produira plus.

  • Par tananarive - 20/06/2017 - 14:23 - Signaler un abus Le standard Européen.

    Il existe avec les matériels que les Américains vendent à tous les pays Européens sauf la France. Bientôt toutes les armées de l'air auront le Lockheed Martin F35.

  • Par ajm - 20/06/2017 - 15:16 - Signaler un abus Tarte à la crème.

    Cette tarte à la crème de la défense européenne est réactivée périodiquement puis disparaît pour de bonnes raisons: -d'abord il n'y a pas de nation européenne mais des pays différents avec leurs histoires et leurs situations géo-strategiques spécifiques. -Ensuite, il existe déjà une une union militaire transatlantique qui s'appelle l'Otan qui est opérationnelle , qui a fait ses preuves et dont , notamment, les pays de l'est Européen, instruit par l'histoire, n'ont nulle envie de se séparer. -Les soi-disante économies d'échelle des programmes d'armement européens sont battues en brèche par l'inévitable répartition politique du processus de production qui conduit à un éclatement des sites de fabrication sans logique industrielle, avec des risques opérationnels et des coûts de transport considérables. -Enfin chaque État-major des pays participants a ses desiderata sur le produit final, conduisant à la mise en oeuvre d'un armement de type mouton à 10 pattes horriblement coûteux à fabriquer et à entretenir dans la durée. La vérité est que la France qui a encore une industrie de l'armement de premier ordre doit se limiter à des programmes dont elle est co-fondatrice.

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 20/06/2017 - 16:40 - Signaler un abus C3H5.NO3....

    Merci de m'expliquer comment fonctionne l'OTAN ......et à partir de là, ce qui empêcherait l'UE de créer une sorte d'OTAN sans les américains... avec une période transitoire de 15 ans pendant laquelle l'appui américain serait nécessaire, indispensable, et payant bien sûr........pour la maintenance du matériel, en attente de remplacement basé sur de nouvelles stratégies.

  • Par Anouman - 20/06/2017 - 17:58 - Signaler un abus Défense Européenne

    Pour se défendre de quoi?

  • Par ajm - 20/06/2017 - 18:16 - Signaler un abus OTAN par défaut.

    Aucun pays européen adhérent de l'Otan n'envisage de la quitter, certains par peur de ne plus avoir le parapluie US, notamment tous les voisins de la Russie, d'autre par solidarité de sang et d'histoire (GB et Irlande), d'autres parce qu'ils ne veulent pas assumer un rôle de puissance (Allemagne à cause de son passé ) ou parce qu'ils ne veulent pas dépenser plus d'argent. En fait, à part quelques Français du FN ( et encore !) personne ne veut quitter l'Otan et ces projets de défense Européenne ont autant de chance de voir réellement le jour que le budget de l'Etat Français d'être durablement en excédent ou que François Hollande de se marier.

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Philippe Chapleau

Philippe Chapleau est Journaliste au service Politique de Ouest-France. Il suit les questions de défense et la politique étrangère, après avoir été basé en Afrique du Sud comme correspondant jusqu'en 1992.

Il est l'auteur de Mercenaires SA (1998), Sociétés militaires privées. Enquête sur les soldats sans armées (2005), Les mercenaires de l'antiquité à nos jours (2006), et de l'essai  Les nouveaux entrepreneurs de la guerre, qui traite de l'externalisation en matière de défense en France.

 

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