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“Aucun cadeau pour Macron” : et si les déclarations du patron de la Bundesbank révélaient la vraie stratégie de l’Allemagne vis-à-vis de la France ?

Le patron de la Bundesbank Jens Weidmann a déclaré dans une interview au journal Die Welt que Emmanuel Macron "ne mérite aucun cadeau". De quoi freiner Macron dans ses ambitions pour l'Europe.

Ligne de fiel Macron-Merkel

Publié le - Mis à jour le 28 Juin 2017
 “Aucun cadeau pour Macron” : et si les déclarations du patron de la Bundesbank révélaient la vraie stratégie de l’Allemagne vis-à-vis de la France ?

Atlantico : "Le Président français est un ami important et un partenaire, mais il ne mérite aucun cadeau". Ce sont par ces mots que Jens Weidmann, patron de la toute puissante Bundesbank a répondu aux propositions européennes d'Emmanuel Macron dans une interview donnée au journal Die Welt. Après un Conseil européen difficile sur le plan économique pour le Président français, la dureté des mots du maître de la Bundesbank, pressenti comme successeur potentiel à Mario Draghi, n'est-il pas un sérieux avertissement pour les ambitions européennes d'Emmanuel Macron ?

Maxime Sbaihi : La réaction de Weidmann n'est pas vraiment surprenante. Elle s'inscrit dans la tradition monétaire de la Bundesbank de s'opposer à toute mutualisation des dettes au niveau européen. Il faut d'abord souligner ici que Weidmann se prononce contre l'idée des eurobonds alors que Macron ne l'a jamais proposé. Là où le président de la Bundesbank contredit vraiment le nouveau président français c'est sur ses propositions de mettre en place un ministre et budget commun, même limité aux investissements d'infrastructures. C'est une mise en garde pour Macron mais il faut rappeler que la Bundesbank est uniquement la gardienne de la politique monétaire, via la BCE. Weidmann n'a pas été élu. En d'autres mots, il exprime un avis certes répandu en Allemagne, mais il ne sera pas à la table des négociations quand Paris et Berlin tenteront de se mettre d'accord sur une réforme de la gouvernance de la zone euro après les élections allemandes. Sa position n'est pas celle officielle du gouvernement allemand, et la Chancelière a d'ailleurs eu des mots plus conciliants dernièrement.

Pourtant, la volonté d'Emmanuel Macron de se rapprocher d'Angela Merkel ne fait que peu de doutes au regard des premières semaines du quinquennat, et des déclarations de campagne. Comment expliquer une telle réaction alors même que les positions d'Emmanuel Macron ont plutôt été dans le sens des souhaits de l'Allemagne ?

Berlin considère encore, à tort ou à raison, que ses voisins sont trop laxistes sur la gestion des deniers publics. Nombre de décideurs allemands sont encore allergiques à toute idée de mise en commun de la dépense publique, jugeant qu'il ne faut pas emprunter ce chemin tant que les règles budgétaires ne sont pas respectées, voire renforcées, dans la zone euro. Weidmann s'en fait le porte-parole. De l'autre côté du Rhin, la France est un pays qui ne parvient pas à réduire ses dépenses publiques et pour qui la Commission a déjà ajourné a plusieurs reprises la date de retour du déficit dans les clous des 3%. Forcément, ces antécédents ne jouent pas en sa faveur quand elle parle de rajouter, et surtout de partager, la dépense publique. Emmanuel Macron ou pas, cette méfiance reste de mise en Allemagne et le défi de Paris sera de savoir la désamorcer en offrant des garanties en échange.

Dans l'optique d'une élection qui s'annonce favorable à Angela Merkel, mais avec une probable nouvelle majorité, reposant, non plus sur le soutien du SPD, mais sur celui du FPD, parti des libéraux allemands, faut-il s'attendre à un durcissement des positions européennes de l'Allemagne, notamment sur la Grèce ? Quelle réaction peut-on attendre de l’exécutif français sur ces points, un durcissement français peut-il être envisagé ? 

Oui, les libéraux du FDP représentent un vrai danger pour les plans d'Emmanuel Macron concernant la zone euro. Dans une récente interview, leur président Christian Lindner s'est clairement prononcé contre ses propositions de mettre en place un budget commun et un parlement de la zone euro. Il semble ouvert à l'idée d'un ministre des finances commun mais prévient qu'il s'oppose à toute mutualisation des dettes, qui mènerait selon lui à un "système comparable à l'union soviétique". Il veut aussi voir la Grèce sortir de la zone euro. On a ici un discours ordo-libéral très ferme et surtout allant clairement à l'encontre des idées du nouveau président français. Après une traversée du désert, le FDP est un train de vivre une renaissance dans les sondages et pourrait bien redevenir le partenaire de coalition naturel de la CDU d'Angela Merkel si cette dernière ratait la marche de la majorité absolue au Bundestag. Si le FDP revenait au gouvernement, la CSU et l'aile droite de la CDU s'en trouveraient renforcée. Emmanuel Macron, ainsi que tous ceux espérant un renforcement institutionnel de la zone euro, auraient des soucis à se faire. Le risque serait de revenir alors dans la fameuse configuration du status quo où, faute d'accord entre ses deux principaux acteurs, la zone euro resterait dans sa force actuelle, c'est-à-dire incomplète et donc fragile.

 
Commentaires

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  • Par vauban - 27/06/2017 - 09:01 - Signaler un abus Première baffe en pleine figure

    Comme Hollande en 2012 C 'est reparti!

  • Par Babaswami - 27/06/2017 - 10:24 - Signaler un abus La gestion des deniers publics est elle laxiste en France ?

    "Berlin considère encore, à tort ou à raison, que ses voisins sont trop laxistes sur la gestion des deniers publics. " A tort ou à raison ? L'auteur prend ses lecteurs pour des imbéciles ?

  • Par Atlante13 - 27/06/2017 - 10:29 - Signaler un abus ça c'est marrant,

    enfin , façon e parler. Ils ont essayé d'annexer la France en 1940, mais ont raté leur coup à cause des américains et des russes. Et voila qu'ils nous mènent droit vers un Frexit à la grecque, ils pourront alors gérer la France à leur gré. On rendra grâce à Hollande et aux défunts socialistes d'avoir totalement discrédité la parole de la France, et à Macron, totalement inaudible à Bruxelles, qui lui est prêt à se vendre à l'Europe, donc aux allemands, pour exister. Mais il nous aura prévenus, pour lui la France n'existe pas, elle pourrait demain s'appeler n'importe comment, ça ne le dérange pas.

  • Par hermet - 27/06/2017 - 12:33 - Signaler un abus Soumission

    L'avenir de la France se joue à Berlin, mais l'Allemagne est un bouc émissaire facile, le mal est plus profond, il touche l'occident dans son ensemble qui ne produit plus de richesse, les Allemands ont réussi à sauver leur modèle industrielle en comprimant la masse salariale par une importation massive de travailleur à bas coût (S.T.O) des pays de l'est pour l’essentiel, et en plus ils modernisent leur appareil productif comme les Japonais (robotisation, numérisation) en remplaçant le matériel humain, cela tombe bien ils vieillissent, en fait les Allemands comme les Japonais s'adaptent parfaitement au déclin de l'occident, les autres Européens et Américains n'en sont à ce jour pas capable de s'adapter ou de dominer (sauf les US ).

  • Par Lou Coume - 27/06/2017 - 12:43 - Signaler un abus Achtung

    Si Angela Merkel est sincèrement décidée à favoriser la politique d'E.Macron,elle le fera ,malgré ce que pense ce "pezzo novanta",qui,entre parenthèse,fait son job.Mais le politique prime. Un directeur de banque ça se change .En un claquement de doigts.

  • Par clint - 27/06/2017 - 14:54 - Signaler un abus On aurait mieux fait de s'allier avec les Britanniques !

    Comme chaque fois que l'on a eu à pâtir d'une certaine Europe ! De plus l'Europe comme nous la voulons, il n'y a que la France qui la veut !

  • Par kelenborn - 27/06/2017 - 20:42 - Signaler un abus on perd son temps

    Quand se sera -t-on mis dans le crâne l'essentiel: l'Allemagne a reconstitué son Lebensraum (espace vital) en Europe de l'Est. Grâce aux bas coûts de production elle fait fabriquer la bas et réexporte. L'excédent commercial allemand représente 8% de son PIB et 3 millions d'emplois!!! L'Allemagne n'en a donc rien à foutre de l'Europe et ceux qui pensent le contraire sont des naïfs et des crétins. Elle est dans la position d'un chasseur qui aurait tué tout le gibier en saccageant les terres de ses voisins et à qui on demanderait de partager ( je peux le cas échéant expliquer la formule). pourquoi irait elle casser sa tirelire pour les économies qui ont été mises à genou par un euro fort? Stieglitz a très bien montré tout cela. L'Allemagne , suivant en cela Clausewitz continue la guerre mais ...par d'autres moyens! Dans la mesure où Jean Marc Sylvestre a loué pour lui et ses copains toutes les places du cirque , la fête peut continuer! Bonne santé aux euro-crétins!

  • Par Carl Van Eduine - 28/06/2017 - 10:09 - Signaler un abus Allemagne France même combat ?

    Oui sur le plan géo-politique Non tant que la France sera faible La fourmi allemande ne croit pas aux chants de la cigale française A nous d'être crédibles si nous voulons que les autres nous croient Vite ! Les réformes réelles ! Vite ! Le retour de l'école républicaine Vite ! La liberté d'investir Vite ! La libéralisation du marché du travail Vite ! La chasse aux vrais gaspis, comités théodules, subventions corruptrices, emplois communaux de confort et autres détournements de fonds parfaitement légaux ... et économicides ! Nous serons respectés quand nous serons respectables.

  • Par Jean-Benoit - 28/06/2017 - 11:05 - Signaler un abus @Carl Van Eduine ! Bien dit ....

    Entièrement d'accord avec vous Carl ! C' est surprenant que tout le monde pense comme vous mais que eux font semblant de ne pas voir ! C' est maintenant qu' on va voir si le Petit ne nous emmène pas en bateau !

  • Par henir33 - 28/06/2017 - 12:08 - Signaler un abus aide toi le ciel t'aidera

    en ce sens les gènes de Macron sont bien socialistes, il espère l'argent des allemands pour soulager sa détresse financière. De ce point de vue Fillon était plus réaliste, il mettait en priorité la remise en ordre des finances publiques avant tout renforcement européen. mais comme toujours les Français ont voté pour l'utopie, ils s'en mordront les doigts. A noter que le FDP va remettre en cause aussi le développement des EnR, notamment éoliennes, Macron sera une fois de plus pris à contre-pied

  • Par kelenborn - 28/06/2017 - 16:12 - Signaler un abus hmmm

    Ce crétin de juge Burgaud chargé de l'instruction de l'affaire d'Outreau avait dit cette phrase remarquable, parlant de la Tour du Renard où étaient les prévenus:" Comment ont ils fait pour mettre tous les pédophiles dans le même immeuble". Je me demande, moi, comment Atlantico a pu faire pour attirer les plus abrutis des lecteurs de Causeur car, comme dans la chanson d'Azanavour "Ils sont venus, ils sont tous la" C'est même pour cette raison que tout le monde risque de ne pas comprendre combien la remarque de ce juge aussi branleur qu'ubuesque était savoureuse!

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Maxime Sbaihi

Economiste zone euro chez Bloomberg Intelligence à Londres

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