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Au Congo, le corps de la femme est un champ de bataille

A la veille de la journée internationale contre les violences faites aux femmes, la situation des femmes au Congo, dont le corps sert de champ de bataille, mérite que l'on s'y attarde. Extraits de "L'homme qui répare les femmes" (1/2).

Conflit

Publié le - Mis à jour le 25 Novembre 2012
Au Congo, le corps de la femme est un champ de bataille

Les femmes battues sont très nombreuses au Congo. Crédit Reuters

Le propre de la guerre, c’est qu’elle est sale. Celle qui ronge l’Est du Congo est particulièrement odieuse. Si la guerre couvait depuis longtemps, c’est le génocide au Rwanda en 1994 qui va précipiter cette région dans la tourmente. L’ombre de cette tragédie sans précédent y plane toujours mais les causes des conflits d’aujourd’hui sont nombreuses : multiplication des groupes armés, pillage des ressources minières, faiblesse de l’État, impunité, précarité...

Vers la fin des années 1990, la guerre prend un nouveau visage, celui de la barbarie pure, de la cruauté gratuite.

Premières visées et principales victimes : les femmes. Elles sont mutilées, des clitoris sont coupés, des seins sectionnés. Les viols auxquels les maris, les voisins, les enfants sont souvent obligés d’assister, se déroulent sans autre motivation que faire souffrir, humilier, terroriser…

Au Congo, le corps de la femme est devenu le champ de bataille d’une guerre de « basse intensité » ! Depuis quinze ans, Denis Mukwege, médecin-chef à l’hôpital de Panzi (Sud-Kivu), fait face à une urgence qui dure : les femmes, toujours aussi nombreuses, viennent à lui, brisées, écartelées par tant de sauvagerie. Vagins détruits et âmes mortes. Le gynécologue coud et répare. Il écoute aussi, prie quand il le peut, se révolte souvent. Quand il en a l’occasion, il témoigne de la souffrance de ces femmes du Kivu. À mains nues, il se bat contre le viol, cette arme de guerre qui mine toute une société.

Ce livre coup de poing doit sa force aux regards croisés de deux témoins de premier plan : Colette Braeckman, grande spécialiste du Congo dont elle sillonne les routes – mais aussi les sentiers tortueux et boueux – depuis plus de trente ans. Passionnée par ce pays et scandalisée par le sort réservé aux plus démunis, elle revient sur les séquences du désastre, nous fait revivre les heures les plus noires de ces vingt dernières années. Un petit « cours d’Histoire » indispensable pour qui veut comprendre le « pourquoi » de cette violence sans précédent. Elle nous invite ensuite à démêler les mobiles des « seigneurs de la guerre » sans foi ni loi, fait écho à la souffrance des femmes, se met à leur écoute, rend hommage à celles qui se remettent debout...

Sa plume « trahit » sa colère, son écœurement, sa compassion. Parfois désenchantée, elle refuse toutefois de tomber dans le fatalisme. L’optimisme volontariste affiché par Denis Mukwege aurait-il déteint sur elle ? Avec ce livre « engagé », Colette Braeckman souhaite dénoncer mais aussi amplifier plus encore le témoignage de ce chirurgien, celui qui répare les femmes et qui, sans cesse, se voit obligé de recommencer son ouvrage… Homme de terrain, présent aux premières loges dès avant 1994, cet observateur hors pair a frôlé la mort plus d’une fois. Il vit toutes ces horreurs de l’intérieur. Avec lui, c’est bien sûr le médecin qui parle, mais très vite l’homme, le citoyen s’exprime. Ses propos sont forts, souvent dérangeants. Avec son regard clairvoyant et ses réflexions personnelles, Denis Mukwege complète à merveille le récit hallucinant de l’auteur. Le résultat : un ouvrage original et extrêmement puissant. Qui ne peut laisser indifférent…

 

 
Commentaires

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  • Par Glabre et Ingambe - 24/11/2012 - 11:59 - Signaler un abus Excès de généralisation = tragédie moderne

    Il aurait du intituler son bouquin : "Le gynéco qui répare des congolaises." Le marketing est une plaie et détruit la valeur de tout témoignage. J

  • Par CN13 - 24/11/2012 - 13:00 - Signaler un abus Pourquoi ne pas dire franchement...

    et commencer par là : que l'éducation des garçons qui deviendront des hommes, est une calamité. Pourquoi ne pas commencer par leur apprendre que ces futurs hommes sortent du ventre de la FEMME et que, sans elles, ils n'existeraient pas.

  • Par kettle - 24/11/2012 - 14:19 - Signaler un abus Tout ca etait interdit et puni

    ..du temps du Congo Belge. Maintenant c'est le chaos.

  • Par Ganesha - 24/11/2012 - 14:48 - Signaler un abus Questions

    Le Congo est plongé dans une épouvantable barbarie... Deux questions : d'abord : combien de siècles vont être nécessaires pour qu'ils s'en sortent ? Et : quel rôle la colonisation occidentale(belge) a-t-elle joué dans cette dérive : pratiquement impossible de savoir ce qui s'y passait auparavant, mais on aurait tendance à imaginer une "Société Naturelle" à la J.J. Rousseau... Au cours du 20ème siècle, nous leur avons "offert un bond technologique de plusieurs millénaires" Cela a-t-il réveillé chez eux de mauvais instincts ? Et quel message subliminal leur a vraiment apporté le Christianisme ? Est-ce vraiment nous qui avons créé de toutes pièces la haine raciale entre Hutus et Tutsis ?

  • Par kettle - 24/11/2012 - 18:35 - Signaler un abus La faute a Tintin?

    "Est-ce vraiment nous qui avons créé de toutes pièces la haine raciale entre Hutus et Tutsis ?" --- Non elle a toujours existé au Congo ou ailleur en Afrique. Il n'y a eu de paix que durant la colonisation.

  • Par golvan - 24/11/2012 - 18:58 - Signaler un abus @kettle

    Je ne pense pas que les Occidentaux soient coupables de toute la misère du monde, mais en ce qui concerne le Congo "belge", il ne faudrait pas oublier l'invraisemblable cruauté du roi Léopold qui, considérant le Congo comme son bien personnel, a fait couper les membres à des milliers de Congolais. Alors prétendre que sous la domination belge c'était le bon temps, c'est un peu con, pour le moins.

  • Par kettle - 25/11/2012 - 16:24 - Signaler un abus Au temps beni des colonies

    @golvan "Alors prétendre que sous la domination belge c'était le bon temps, c'est un peu con, pour le moins." --- http://www.youtube.com/watch?v=2P_LkrvuJ2w

  • Par kettle - 28/11/2012 - 15:39 - Signaler un abus Christianisme ?

    "Au cours du 20ème siècle, nous leur avons "offert un bond technologique de plusieurs millénaires Cela a-t-il réveillé chez eux de mauvais instincts ? Et quel message subliminal leur a vraiment apporté le Christianisme ?" --- Non ce n'est pas la faute du Blanc, c'est leur nature: 'Necklace' lynchings that shocked Africa: Agonising deaths of four students who were burned alive is posted online http://tinyurl.com/bnshvgv

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Colette Braeckman

Colette Braeckman est une journaliste belge, membre de la rédaction du journal belge francophone Le Soir, en charge de l’actualité africaine et plus particulièrement de l’Afrique centrale. Elle est également chroniqueuse dans des revues et magazines, dont Le Monde diplomatique. Elle est l'auteur de L'homme qui répare les femmes.

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