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Au cœur de la stratégie de l’Etat islamique pour devenir un Etat moderne

Journaliste italienne et présidente du groupe de financement de la lutte contre le terrorisme pour le Club de Madrid, Loretta Napoleoni se déplace régulièrement en Syrie, au Pakistan, en Turquie, en Iran et en Irak. Elle est l'auteur de plusieurs ouvrages consacrés au terrorisme. Extrait de "L'Etat islamique, multinationale de la violence" aux éditions Calmann-Lévy. (1/2)

Bonnes feuilles

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Au cœur de la stratégie de l’Etat islamique pour devenir un Etat moderne

Des combattants de l'Etat islamique en Irak.  Crédit REUTERS/Stringer

Assez paradoxalement, le soutien de la population au sein de l’embryon d’État compte autant pour Al-Baghdadi que l’engagement de ses guerriers. Comme l’a prouvé la Révolution iranienne, le droit divin ne suffit pas à lui seul à assurer le fonctionnement de l’État. Le califat ne saurait non plus devenir une gigantesque prison, comme l’Afghanistan sous la coupe des Talibans. À la différence de ces derniers, qui se sont conduits comme une caste supérieure et ont fondu sur la population afghane locale, Al-Baghdadi entend créer un État moderne.

Et il veut le faire avec le consentement des gouvernés, même si la définition de la citoyenneté reste limitée par le sectarisme et exclut la participation active des femmes. Les programmes sociaux sont la clé de ce consentement.

En Syrie et en Irak, a rapporté Atlantic, "l’EI aide à gérer des usines de pain et fournit des fruits et des légumes à de nombreuses familles, distribuant les produits personnellement. À Raqqa, EIIL a mis en place une cuisine pour nourrir les nécessiteux et un Bureau des Orphelins pour leur trouver des familles. Les militants de l’EI ont lancé des programmes de santé et d’aide sociale dans les enclaves qu’ils contrôlent, utilisant les fonds mêmes de l’organisation. Si les campagnes de vaccination se heurtaient à la paranoïa et au scepticisme des Talibans, l’EI promeut des campagnes de vaccination contre la polio pour arrêter la propagation de la maladie". Les programmes sociaux sont donc l’autre face de la médaille de la dictature barbare et sectaire de l’État islamique.

Ceux qui se chargent du travail social, il importe de le souligner, sont différents des combattants. "La distinction entre militants civils et combattants est fondamentale. Ce sont deux choses différentes", explique Michael Przedlacki19. Si cela devient nécessaire, les combattants s’en prendront à la population locale, alors que les militants civils la protégeront. Au sein du califat, la distinction entre ces deux types de militants est faite pour maximiser l’efficacité de l’État embryonnaire.

La mise en place des programmes sociaux est le fruit de la stratégie économique de l’EI. Les recettes abondaient déjà quand que les combattants de l’EI ont littéralement rasé au bulldozer des sections de la frontière entre l’Irak et la Syrie pour annoncer la naissance du califat. Depuis plus d’un an, le groupe gérait une profitable affaire de contrebande entre les frontières turque et syrienne, prenant même sa part de l’aide humanitaire qui arrive en Syrie. Grâce à l’intelligence du plan d’action poursuivi au fil de ces trois années de privatisation du terrorisme, l’État islamique n’a pas besoin d’exploiter la population locale comme les autres groupes. Quand l’EI s’est emparé des 425 millions de dollars de la Banque centrale de Mossoul, a rapporté Atlantic, les fonds ont servi à financer l’aide militaire, mais aussi la "campagne du groupe pour gagner les cœurs et les esprits". Tout cela témoigne de l’intégration des finances du groupe armé, de l’État islamique et de son embryon d’État, le califat.

 
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  • Par Gré - 14/02/2015 - 20:47 - Signaler un abus Un état moderne ?!?

    Un état moderne ?!?

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Loretta Napoleoni

Loretta Napoleoni est une journaliste italienne spécialiste des questions relatives au financement du terrorisme. Son dernier ouvrage s’intitule « L'Etat islamique, multinationale de la violence » (Calmann-Lévy, 11 février).

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