Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Samedi 25 Octobre 2014 | Créer un compte | Connexion
Extra

Attention au divorce :
si le couple franco-allemand explose,
l’Europe coule

François Hollande joue la rupture avec Angela Merkel, Arnaud Montebourg va lui plus loin en stigmatisant "l'aveuglement idéologique" de la chancelière. Reste qu'une séparation du couple franco-allemand serait emprunter une pente dangereuse, dommageable à la fois pour l'Allemagne et la France.

Titanic

Publié le

A entendre, et lire, certains commentaires, on se demande si d’aucuns ne rêvent pas de s’affranchir de l’encombrant couple franco-allemand. Au lieu de devoir composer avec une Allemagne accusée de tous les maux, et avec une chancelière frappée d’aveuglement idéologique selon Arnaud Montebourg, on pourrait enfin former de nouvelles coalitions avec des partenaires plus amènes, coincer et isoler l’Allemagne, créer un nouveau rapport de force afin de promouvoir l’Europe de ses vœux…

Il ne faut pourtant pas réfléchir trop longtemps pour voir que ce rêve-là est complètement absurde. A quoi ressemblerait une Europe marquée par une rupture franco-allemande ?

A commencer par la France : aucune des contraintes qui pèsent sur le nouveau gouvernement n’aurait disparu.

Ce n’est pas le modèle allemand « non coopératif » qui est responsable des problèmes préoccupants de l’industrie, mais un certain nombre de faiblesses structurelles (consultez la montagne de rapports parus sur cette question). Ce n’est pas un quelconque entêtement idéologique de la chancelière qui est à l’origine de la précarité des finances publiques, mais celle-ci tient encore une fois à des problèmes structurels (demandez à la Cour des comptes).

A l´échelle européenne, le seul mécanisme capable de répondre aux défis et de dégager les compromis nécessaires serait cassé. Cette absence de leadership serait remplacée par qui ? Ce n’est pas faire injure aux autres partenaires européens que d’affirmer qu’il n’y aurait pas de relève crédible. Car la construction européenne, pour avancée qu’elle soit, est toujours fragile. Elle n’a pas besoin d’une culture de l’affrontement, mais au contraire d’un esprit de coopération, capable de dépasser les clivages au lieu de les alimenter.

Bref, que cela plaise ou pas, l’Europe a besoin d’une grande coalition permanente : entre les grands courants politiques (surtout le centre gauche et le centre droit qui gouvernent dans tous les pays membres), mais aussi entre cultures politiques et économiques différentes qui se sont développées sur notre continent. La coopération franco-allemande est irremplaçable non pas malgré nos différences, mais à cause d’elles, et de par sa capacité de rapprocher nos modèles. Dans ce contexte, le fait qu’Angela Merkel et François Hollande appartiennent à deux familles politiques adverses ne constitue pas une faiblesse mais plutôt un atout pour la coopération bilatérale. Pourvu qu’ils sachent bien gérer ces différences, et les dépasser par un travail commun, sérieux et persévérant.

Accepter une séparation du couple franco-allemand serait donc céder à la facilité et emprunter une pente dangereuse pour l’Europe. Nous avons au contraire besoin de soigner le partenariat, contribuer à un climat de confiance réciproque, nécessaire si l’on veut travailler ensemble.

Ce ne sont pas les controverses ni les explications franches des dernières semaines qui ont été gênantes : elles ont toute leur place quand il s’agit de questions qui engagent des choix de société. Par contre, il faut respecter nos différences, cesser de caricaturer les positions du partenaire, en finir avec les excès de langue, les coups bas, les petits jeux pour jouer la division ou pour « contourner » le partenaire, qui ne servent strictement à rien ! Nous avons besoin les uns des autres, et nous obtiendrons les compromis nécessaires non pas contre, mais uniquement avec le voisin.

La fin des élections françaises pourra-t-elle aider à calmer le jeu, et aider au retour d’un esprit plus constructif ? Ce rêve-là reste permis…

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Imragen - 18/06/2012 - 09:01 - Signaler un abus Chic !!!

    Le spécialiste de l'aveuglement parle !!! Et comme d'habitude, il dit n'importe quoi !!

  • Par Lepongiste - 18/06/2012 - 09:28 - Signaler un abus C'est que du cinéma !!!

    Groland ne fait que des déclarations ...pour essayer de passer pour un dur alors qu'il n'arrive même pas à maîtriser sa maisonnée !! Il mangera bientôt dans la main des Allemands comme il mangera également dans celle des marchés contre lesquels il devait partir en guerre !!

  • Par Atlante13 - 18/06/2012 - 10:03 - Signaler un abus Toujours aussi comique

    le Montebourg. L'entendre accuser Merkel d'aveuglement idéologique, c'est l'hôpital se foutant de la charité. Aucun sens du ridicule. Je crois malheureusement que les allemands ne seront pas près d'oublier les camouflets que Moi-je a donné à Merkel.

  • Par carredas - 18/06/2012 - 10:24 - Signaler un abus Je t'aime, moi non plus...

    Il n'y a pas plus lieu de "manger dans la main des allemands" que de chercher à les marginaliser. Les difficultés le l'Europe ne seront pas résolues sans coopération entre les deux piliers fondateurs et en cela, l'attitude de la France ces derniers jours, tentant d'isoler A.Merkel au sein de son pays et de laisser croire que l'Italie pourrait avantageusement remplacer l'Allemagne, me semble une grosse erreur. La France ne gagnera rien CONTRE l'Allemagne et faire croire que la chancelière serait à l'origine de tous les maux qui disparaitraient avec l'arrivée d'une autre majorité est une stratégie bien présomptueuse qui sent les jeux d'appareil politique chers aux socialistes mais ne sont pas à la hauteur des enjeux.

  • Par o.icaros - 18/06/2012 - 17:30 - Signaler un abus C'est la France qui est isolée

    De part sa situation géographique, c'est la France qui est isolée, elle est le finistère de l'Europe. L'Allemagne, elle, à tout l'Est pour elle, la Pologne, la Russie, l'Ukraine, les républiques d'Asie, la Chine.. Dans les années futures, tout se passera à l'Est et on peut même imaginer des lignes ferroviaires pour transporter les marchandises de Chine en Allemagne. Les coups de menton de Hollande n'y changeront rien.

  • Par Anaxagor - 20/06/2012 - 16:20 - Signaler un abus Une construction à l’envers...

    Qui disait Union Européenne, sous-entendrez tôt ou tard une Europe fédérale, n’en déplaise aux souverainistes. Avant de frapper l’euro, n’aurait-il pas fallu créer d’abord les institutions fiscales et sociales communes? Un droit de regard de la communauté européenne sur la gestion de nos états? Que l’Europe coule ne serait qu’une évidence, après tout, l’histoire de France ne s’est pas faite en cent ans. Tant de différences nous séparent de nos voisins, a commencé par nos cultures et une certaine discipline, mais aussi, et surtout, notre vision du monde actuel. L’utopie n’a plus sa place qu’en la faillite nous ronge de l’intérieur.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Henrik Uterwedde

Henrik Uterwedde est politologue et directeur adjoint de l'Institut Franco-Allemand de Ludwigsburg.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€