Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Lundi 05 Décembre 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Attentats suicides : ce que ces études anthropologiques en cours révèlent des mécanismes qui conduisent au sacrifice ultime

De nouvelles recherches dans le domaine de l'anthropologie démontrent que leur croyance religieuse n'est pas le premier moteur qui pousse les terroristes à sacrifier leur vie. De manière plus générale, les notions théoriques telles que la liberté, la démocratie, l'islam ou la royauté ne constituent pas à elles seules une motivation suffisante pour rentrer dans une logique sacrificielle. Dès lors, selon les travaux de l’Université du Texas, la déradicalisation d’individus relève presque de la mission impossible.

Bandes à part

Publié le
Attentats suicides : ce que ces études anthropologiques en cours révèlent des mécanismes qui conduisent au sacrifice ultime

Atlantico : Si la religion n'est pas la cause première qui motive les terroristes à sacrifier leur vie, est-ce plutôt, comme le suggère de nouvelles et nombreuses études d'anthropologiques (voir ici), la pression du groupe ?

Béatrice Madiot : Les notions de groupes et de cause idéologique sont indissociables. D'une part, un groupe ne peut se former qu'autour d'une cause commune.

D'autre part, un individu n'ira que jusqu'à la logique sacrificielle que si il est soutenu et encadré par un groupe, alors que l'inverse n'est pas vrai, ou en tout cas extrêmement rare. Une personne sans soutien social et sans conviction, n'ira pas commettre un attentat suicide.

 

Néanmoins, il est intéressante de souligner qu'il existe différentes sortes de groupes. Les terroristes actuels font a priori partie de la catégorie de groupe qui s'apparentent en psychologie sociale à des "des groupes orthodoxes", c'est-à-dire des groupes qui établissent des règles de comportements acceptées par l'individu voire, dans les cas les plus poussés, les souhaitent.

 

C'est par exemple le cas des communautés d'Inuits qui vivent dans l'Arctique, où les conditions de vie sont très dures. La règle établie est que les anciens, quand il deviennent une charge pour la communauté, doivent abandonner le groupe et se laisser mourir seul, pour ne pas peser sur la communauté.

 

Suite à ce préambule, il est intéressant de rappeler la typologie établit par Durkheim sur les différentes formes de suicide. Il distingue le suicide "altruiste", "égoïste", "fataliste" et "anomique".

 

Le premier concerne des individus trop intégrés et qui ne supportent pas de faillir aux règles de leur groupe : les militaires de carrière, par exemple, se suicident plus que les civils. Les Inuits entrent dans la catégorie du suicide "altruiste", tout comme les terroristes de l'Etat Islamique.

 

Le suicide égoïste (que l'on appellerait plutôt aujourd'hui "individualiste") provient, lui, directement d'un défaut d'intégration, d'une perte de repères, d'un isolement (veufs, célibataires). Le suicide anomique (anomie = absence de normes), quant à lui, met en évidence certains dérèglements des sociétés modernes qui conduisent les individus à trop espérer et à ne plus être capables de contenir leurs désirs (comme par exemple certains industriels qui se sont enrichis trop vite...). Quant au suicide fataliste, il intervient quand les règles sociales réduisent les marges de manoeuvre des individus.

 

Au regard de ces analyses, il apparait bien que, comme le suggère les recherches des psychosociologues, la pression du groupe est un facteur déterminant dans la logique sacrificielle des terroristes d'aujourd'hui, même si bien sûr de multiples autres facteurs rentrent en jeux (la personnalité, le milieu social, l'entourage familial, etc).

 

Ces recherches expliquent aussi pourquoi les djihadistes peuvent venir de tous les milieux sociaux et de toutes les éducations religieuses : ce n'est pas l'islam en soi qui les attirent, c'est l'appartenance à un groupe.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par kaprate - 23/03/2016 - 16:15 - Signaler un abus Important

    de se rappeler que poussés par un contexte légitimiste et un groupe référent influent et structurant, la plupart des humains peuvent trouver une pleine justification à la violence infligée à l'Autre. Dans le cas des djiadistes, il est nécessaire de replacer la radicalisation dans la logique de groupe. En effet, en cherchant à traiter des individus, indépendamment de cette logique, nous faisons fausse route. Proposer une alternative est une perspective, comme impliquer l'armée qui peut représenter cette logique de groupe structurant. Rétablir le service militaire pour ceux qui ne font pas d'études par exemple.

  • Par JMAndré - 24/03/2016 - 03:26 - Signaler un abus Ca n'est pas directement le sujet mais

    il me semble que notre vision anthropologique, héritée du judéochristianisme, ne saurait trouver la moindre vertu à laisser, tels les inuits, un vieux mourir seul au nom d'un supposé altruisme. Mais je crains que cela soit en train d'advenir dans notre société, où l'on ne tardera pas à laisser entendre aux vieux (que nous serons tous) qu'il y a comme une grandeur et une noblesse à décider de débarrasser le plancher. Pour ce qui est des djihadistes, leur sacrifice est à l'exact opposé du martyre chrétien.

  • Par PhloxxX - 24/03/2016 - 05:51 - Signaler un abus Le communautarisme

    Vive le communautarisme qui favorise la création de ces groupes dont il ne sera donc pas possible de se débarrasser. La seule solution est donc de trouver un moyen de traitement du groupe ce qui dans le cas évoqué semble difficile ou de s'en séparer en l'incitant à quitter notre société et notre territoire.

  • Par langue de pivert - 24/03/2016 - 12:01 - Signaler un abus Dé-radicalisation :

    Une pilule dans la tête ?

  • Par ciorane - 24/03/2016 - 20:04 - Signaler un abus Milgram

    Je ne suis pas sûre mais n' 'y at-il pas eu récemment d'autres expériences démentant ou tout au moins relativisant les conclusions de Milgram ??

  • Par Lapalatine - 26/03/2016 - 09:45 - Signaler un abus Groupe..

    Pas mal mais dans le cas présent, c'est plus un phénomène de meute que de groupe! et c'est plus grave..

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Béatrice Madiot

Béatrice Madiot est psychosociologue, maître de conférences en psychologie sociale et membre du laboratoire CrcPo de l'UPJV, responsable du parcours M1-M2 Psychologie de l'insertion et de l'intervention sociales.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€