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Attentats chimiques ou bactériologiques : ce que les pouvoirs publics prévoient pour gérer une grande ville attaquée

Les experts n'ignorent pas que l'EI a déjà frappé avec des armes chimiques, sur le front syro-irakien. Après les attentats de Paris, la possibilité d'une attaque chimique ou biologique est prise très au sérieux, tant par le gouvernement que par les sociétés publiques comme Eau de Paris, en charge de la distribution d'eau à Paris. Petit récapitulatif des plans du ministère de l'Intérieur, si le pire devait subvenir.

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Attentats chimiques ou bactériologiques : ce que les pouvoirs publics prévoient pour gérer une grande ville attaquée

Manuel Valls a prévenu du risque d'attaques chimiques ou biologiques contre la France.  Crédit Reuters

Atlantico : Très récemment, à  la suite des attentats, Manuel Valls a prévenu du risque d'attaques chimiques ou biologiques. Le 20 novembre, le Parisien annonce l'inquiétude de la société publique Eau de Paris, face au risque d'une attaque. Dans le cas d'une attaque réussie, quels sont les plans prévus par le ministère de l'Intérieur ? Comment réagit-on aux différentes attaques qu'il est possible d'anticiper ?

Olivier Lepick : Le plan vigipirate, actuellement en vigueur, dispose de sous-volets. Ces sous-volets sont spécifiques à certains types de menaces, qu'elles soient chimiques, biologiques ou même nucléaire. Ces plans sont nommés "piratox" pour les menaces d'ordre chimique, "biotox" quand il s'agit de menace biologique et "piratome" en cas de menace nucléaire. Ces dispositifs existent depuis de nombreuses années et sont régulièrement mis à jours et renforcés. Ils prévoient la réaction des différents services de l'Etat (sécurité, secours & santé) en cas d'occurrence d'un attentat chimique ou biologique.

Dans le cadre de ces plans, de nombreux exercices sont menés de façon assez régulière. Je suppose d'ailleurs que la population a constaté que régulièrement ce genre d'exercice grandeur nature a lieu, que ce soit dans des stades ou dans des métros, tout spécifiquement dans le cadre de piratox. Nous nous préparons depuis plusieurs années à la possibilité d'assauts terroristes chimiques ou biologiques sur le sol Français. Ces plans mettent en œuvre différents moyens de réactions (pompiers, police, et évidemment services de santé). De même, ils déploient un certain nombre de matériels, qui pourraient être amenés à servir sur le site de l'attentat, comme des tenues de protection NBC (Nucléaire-Biologique-Chimique) qui sont utilisées par le personnel médical et les pompiers. Sont également déployés des moyens thérapeutiques spécifiques. Nous stockons un certain nombre de molécules dédiées à répondre à un attentat chimique pour certaines, biologique pour d'autres, mais aussi nucléaire pour quelques-unes. En parallèle, les hôpitaux se préparent à l'accueil des malades qui, en fonction de leur pathologie,  doivent être spécifiquement traités, isolées, décontaminées. Le tout d'une façon qui varie selon l'agent qui aura été utilisé pendant l'attentat.

Tous ces dispositifs existent depuis un moment et sont, de ce fait, assez rodés. Il n'en demeure pas moins difficile de dire s'ils sont pertinents ou non en cela qu'ils n'ont jamais été testés en situation réelle. A titre personnel, je les crois assez solides : nous avons un recul suffisant en termes d'exercice, en termes de simulation opérationnelle. Ces dispositifs m'apparaissent donc, à la réserve près que la menace n'ayant pas été avérée il est compliqué de juger de leur efficacité concrètement, pérennes et solides. J'ignore si l'on peut dire que nous sommes préparés mais ce qui est clair, c'est que nous nous préparons à cette éventualité.

Ces plans sont extrêmement précis. Dans le cas d'un attentat chimique ou biologique, par exemple, la capacité à déterminer et d'identifier la nature de l'agent utilisé est primordiale. A chaque agent des moyens thérapeutiques particuliers. On prévoit donc dans ces plans des matériels qui servent à identifier la nature des agents identifiés, de telle sorte à pouvoir intervenir au plus vite et de la manière la plus efficace possible.

Parmi tous ces scénarios d'attaques, quels sont les plus plausibles ? Concrètement, quelles attaques convient-il de craindre et quelles autres tiennent du fantasme ?

Commençons par revenir sur  les différences entre attentat chimique et attentat biologique. Un agent chimique est un agent inerte, quand un agent biologique est vivant : il peut s'agir d'un virus, d'une bactérie, il est capable de se reproduire et peut potentiellement déclencher une épidémie. Un agent chimique, à l'inverse, fait des dégâts dans le rayon d'action où il est susceptible de délivrer une dose létale. Il n'est pas capable de se répandre dans la population comme un agent biologique.

Les scénarios les plus plausibles sont ceux qui décrivent une attaque chimique (type gaz) dans un espace ou un lieu confiné. Cela peut arriver dans une station de métro, dans un grand magasin, avec l'emploi d'un agent chimique comparable au gaz moutarde par exemple. Cela ne ferait probablement que peu de victimes, mais l'effet psychologique sur la population serait ravageur. C'est peut-être, d'ailleurs, ce que Daesh recherche le plus : la psychose massive davantage que la destruction massive. On l'a constaté à la suite de la déclaration du Premier ministre : ces armes occupent une place toute particulière dans l'imaginaire collectif. Je pense que Manuel Valls a commis l'erreur de ne pas réaliser à quel point son propos aurait un impact sur l'opinion publique.

 
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Olivier Lepick

Olivier Lepick est docteur en Histoire et Politiques Internationales de l’Institut des Hautes Etudes Internationales de Genève (Université de Genève). Il est chercheur associé à la Fondation pour la Recherche Stratégique (Paris) et consacre ses travaux à la question des armes chimiques et biologiques.

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