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Attentats, accusée Belgique, levez-vous : l’enquête qui pointe l’ampleur des dérives du Molenbeekistan

Désormais, les langues expertes se délient. La Belgique est ouvertement citée en tant que fief terroriste. L’attention est portée sur Molenbeek. Le mal est pourtant plus étendu. Et ses racines sont très profondes.

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Attentats, accusée Belgique, levez-vous : l’enquête qui pointe l’ampleur des dérives du Molenbeekistan

Belgique, royaume ouvert… à l’excès

Claude Moniquet, expert français en terrorisme basé à Bruxelles, en fin connaisseur du terrain, fait le constat sans appel d’un pays qui s’est laissé submerger par le radicalisme musulman. Dans le même sens, Frédéric Ploquin, journaliste spécialisé en sécurité, a déclaré sur France Info que “la Belgique est la base arrière du terrorisme “Daeschien” en Europe”.

A la pointe de la radicalisation, on retrouve Molenbeek, cette commune qui a mal vécu le tournant de la désindustrialisation et qui est aujourd’hui gangrenée par le communautarisme, jusqu’au sommet.

L’ex-maire, Philippe Moureaux, également ancien homme fort du PS à Bruxelles en avait fait son laboratoire social personnel. Il y expérimentait un multiculturalisme dans sa forme la plus radicale qui a laissé de profondes traces.

Alors que sur LCI un correspondant dépêché sur place indique qu’à Molenbeek, malgré la présence d’une importante population immigrée “tout se passe bien” (ndlr: entendez entre “communautés”), la réalité est, elle, bien différente. Déjà en 1996, François Robert évoquait dans le quotidien “Le Soir” (pourtant ancré à gauche) le développement de plusieurs “NoGo Areas”.

Depuis le début de cette année, la France a en moyenne subi une attaque terroriste par trimestre. A chaque fois, qu’il s’agisse des frères Kouachi et de Coulibaly dans le cadre de l’attentat contre Charlie Hebdo, d’Ayoub el Khazzani auteur de l’attentat raté du Thalys ou encore des massacres qui viennent d’être perpétrés à Paris, tous sont passés par Molenbeek. La Belgique figurait aussi dans le parcours de Nemmouche et dans celui des proches de Merah. On pourrait même remonter au gang de Roubaix dont l’un des membres a été abattu lors d’une fusillade avec les forces spéciales sur une autoroute belge.

A vrai dire, pour reprendre les propos de Claude Moniquet, il faut plutôt s’étonner quand en matière de terrorisme la piste belge n’est pas évoquée. A partir du constat de ces faits aussi éloquents que récurrents, il devient impératif de s’interroger sur l’origine de cette spécificité belge en matière de terrorisme et qui fait de ce petit pays un sanctuaire pour le djihadisme.

Sur le plan géographique, on peut relever une position centrale sur le continent européen. Mais à l’heure de la globalisation et du développement des technologies de la communication, l’argument perd considérablement de sa pertinence.  La Belgique constitue un havre pour les terroristes probablement pour des raisons plus culturelles alors que paradoxalement, son histoire coloniale, à l’inverse de celle la France, est sans lien avec des pays arabo-musulmans. Léopold II était Roi des Belges et du Congo, pas du Maroc.

Bruxelles et le croissant pauvre

Une forme de ségrégation pousse les populations à se regrouper géographiquement par groupes ethniquement et socialement homogènes. Ainsi, dans les communes du Nord de Bruxelles comme Saint-Josse et Schaerbeek on retrouve surtout des populations originaires de Turquie tandis qu’à Molenbeek et Anderlecht, situées à l’ouest de Bruxelles, ce sont plutôt les Marocains qui prédominent. De façon générale, ces deux poches forment avec les quartiers défavorisés du centre de Bruxelles et d’Ixelles ce que l’on appelle "le croissant pauvre", une zone de l’agglomération bruxelloise où la population cumule à la fois les revenus officiels et le capital culturel les plus bas avec les plus hauts taux de population allochtone (ndlr : terme générique qui désigne en Belgique des personnes d’origine étrangère).

A l’inverse, le sud et l’est de Bruxelles ainsi que les zones les plus périphériques tendent à constituer la "couronne verte" qui rassemble les quartiers les plus aisés où vivent de nombreux ressortissants européens dont une importante communauté française forte de 53 000 personnes. Dans les années 1960, les besoins en main-d’œuvre ont amené la Belgique à passer des contrats avec divers pays pour faire venir des travailleurs immigrés dont le Maroc et la Turquie. A partir de quelques centaines d’individus, les effectifs ont rapidement crû, surtout à partir de l’instauration du regroupement familial. Ensuite, l’exacerbation du communautarisme et la constitution de poches urbaines homogènes sur le plan ethnico-religieux ont renforcé l’attractivité de la Belgique. Certains quartiers de Bruxelles, et c’est singulièrement le cas dans diverses zones de Molenbeek, peuvent désormais abriter une population constituée à 80%, d’allochtones.

Dans ces quartiers où des petites filles portent le voile et leur mère, le voile intégral, les façades lépreuses des maisons anciennes accumulent les paraboles. Des grappes de “jeunes” squattent le coin des rues, souvent exploité par un night shop, en scrutant le défilé des grosses cylindrées qui sillonnent le quartier. Le vendredi, jour de prière, rares sont les hommes qui ne portent pas la robe traditionnelle, quitte à l’enfiler au dessus des survêtements… Ces “enclaves” surprennent les visiteurs non avertis et les étrangers de passage dès la sortie du terminal Thalys tant elles échappent à notre espace-temps et aux forces de l’ordre qui ne parviennent plus, depuis des années, à y mener leurs missions de police. Les trafics en tous genres y prospèrent, au même titre que les mosquées les plus radicales. C’est sur ce type d’environnement post-moderne où l’archaïsme ne dédaigne pas l’usage du smartphone ou le maniement de l’AK47 que les activistes de Sharia4Belgium avaient jeté leur dévolu pour mener leurs actions et prospérer, avant que la justice ne finisse par réagir, après avoir fermé les yeux durant plusieurs années.

Pour quelqu’un d’extérieur, il paraît incompréhensible et même absurde que des autorités locales laissent un communautarisme aussi virulent s’ancrer aussi profondément dans le tissu urbain d’une ville hôte des institutions européennes ! Et pourtant, même Vincent Dewolf, député régional (MR) et maire de la très "select" Etterbeek, que l’on pourrait qualifier de district européen, tant elle compte de bâtiments institutionnels, de délégations et d’ambassades n’a pas hésité à chaleureusement serrer la main du leader de Sharia4Belgium pour lui indiquer qu’il autorisait sa manifestation devant l’ambassade du Maroc. Cela se passe en 2012. Voilà un an déjà que Sharia4Belgium menace publiquement la démocratie et appelle à la destruction de l’Atomium dans ses vidéos postées sur Youtube. A Etterbeek, pourtant, on disait ne disposer d’aucune information permettant d’interdire le happening djihadiste…

 
Commentaires

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  • Par Monteynard - 22/01/2016 - 09:37 - Signaler un abus Excellent et significatif article...

    Merci pour ce véritable exemple de journalisme ,de reportage et d'analyse.

  • Par pale rider - 22/01/2016 - 10:03 - Signaler un abus Merci pour cet article

    La Belgique est un véritable laboratoire vivant. Vous avez oublié de mentionner un autre axe de rupture de ce pays : les " libres penseurs" (maçons) contre les chrétiens , avec les alliances objectives des premiers avec l'islam pour mieux saborder les deuxièmes . Sans cette grille de lecture , il manque quelque chose de fondamental au tableau . (par exemple ULB : université libre (...) de bruxelles : nul doute que la "bonne" parole est dispensée en ces lieux )

  • Par pasdesp - 22/01/2016 - 12:09 - Signaler un abus Que votre conclusion arrive,

    Que votre conclusion arrive, mais n'est il pas trop tard?

  • Par Fredja - 22/01/2016 - 15:52 - Signaler un abus Merci pour cet article

    Extrêmement instructif, et qui permet de comprendre en partie le clivage qui s'est accentué entre les Flamands et les Wallons... Mais par contre, ça fait très peur, quand on voit la propension des socialistes, Hollande le premier, a vouloir absolument faire un énorme clientélisme vers les populations "allophones". La Belgique devrait servir de leçon à ces soit-disants adorateurs de la "mixité sociale"... Et dans le même paquet, on peut mettre Mélanchon. Souvenez-vous des drapeaux qui étaient brandis pendant ses discours : pas beaucoup de bleu-blanc-rouge

  • Par kaprate - 22/01/2016 - 17:10 - Signaler un abus La France sur le chemin...

    Quelle analyse, quelle démonstration éclairante... Et c'est une journaliste belge qui nous apporte cet éclairage qui dépasse largement la cas de la Belgique. J'aimerais tellement trouver chez les journalistes français une telle lucidité et un tel niveau de lecture des évènements récents. Et oui, cet article fait peur parce que la logique implacable qui a conduit à l'avènement de forces puissantes et destructrices au sein même d'un pays européen, comme une tumeur mortelle constituée pourtant des propres cellules de l'entité qui la porte mais dont le développement exponentiel a échappé à tout contrôle... La Belgique est très proche de la France, et pas seulement géographiquement. Cet article nous montre ce que 40 ans de politiques coupables et irresponsables en France ont de cancérigène... et si le stade métastatique n'est peut-être pas encore atteint (même si l'extension mondiale de ce fléau peut questionner), la France a déjà le cancer. Juste les docteurs de l'ENA et les médias "soignants" ne nous ont jamais communiqué les résultats de scanner...

  • Par Gré - 22/01/2016 - 21:21 - Signaler un abus Le choix ?

    C’est à la population de choisir ? Quelle hypocrisie. Comme si la population y pouvait quelque chose. Au début de cet article, la rédactrice le dit très bien : les alliances, les listes électorales, sont déjà scellées avant les élections : tout le monde le sait. ------------- Et quand ce que dit cet article était dénoncé il y a à peine 6 mois (au plus), les classes politique, journalistique et culturelle - vous savez, celles qui sont chargées de la "pédagogie citoyenne" - hurlaient au scandale, à la xénophobie, à l'islamophobie et au racisme (réprimés par la loi Moureaux : ça ne s'invente pas !) --------------- Alors quel choix pour les Belges ? Il n'y en a que 3 - et sont-ils judicieux ? - l'abstention, la collaboration avec les partis actuels et le vote pour de nouveaux partis, avec les risques de leurs maladies infantiles. Wait and see !

  • Par vangog - 22/01/2016 - 23:21 - Signaler un abus Le laboratoire du socialisme...

    Les nationo-socialistes allemands, eux-aussi, voulaient faire de l'Europe le laboratoire du socialisme. L'histoire trébuche et se répète...

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Dominique Dupont

Dominique Dupont est une journaliste belge, travaillant dans l'un des plus important journal quotidien du pays. Elle s'exprime ici sous un pseudonyme.

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