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"Attaquer l’égalitarisme par les différences plutôt que par la liberté" : Sarkozy/Fillon ou la répétition d’une des éternelles guerres de la droite française

Jeudi 7 août, Valeurs Actuelles a publié une interview de Nicolas Sarkozy dans laquelle il fait état de sa vision de l'égalité et de la liberté, jugeant qu'il est important de cesser de combattre l'un par l'autre tout en réfutant l'approche que peut en avoir la gauche. Aux yeux de l'ancien président, ce sont là des valeurs qui s'associent plutôt qu'elles ne s'opposent.

Un sentiment de déjà vu

Publié le - Mis à jour le 8 Août 2014
"Attaquer l’égalitarisme par les différences plutôt que par la liberté" : Sarkozy/Fillon ou la répétition d’une des éternelles guerres de la droite française

François Fillon et Nicolas Sarkozy : deux visions différentes des notions d'égalité et de liberté. Crédit Reuters

Atlantico : Dans une interview donnée à l'hebdomadaire Valeurs Actuelles à paraître ce jeudi 7 août, Nicolas Sarkozy évoque l'idée de son retour mais revient également sur la différence d'approche de l'égalité entre la gauche et la droite estimant que  "Jusqu’à présent, la droite attaquait l’égalité par la liberté", jugeant qu'il s'agissait d'une "erreur d’analyse". Puis de poursuivre "Car c’est toujours perçu comme la liberté du fort sur le faible. Il faut au contraire attaquer l’égalitarisme par les différences".

Faut-il voir dans cette déclaration quelque chose de nouveau en termes d'idées ? 

Christophe Bouillaud : Non, il me semble que N. Sarkozy se situe dans une ligne classique de la droite française depuis les années 1960. En effet, au-delà des apparences gaullistes d’un étatisme impérial, les idées libérales en matière économique sont toujours présentes à droite au moins depuis 1958 et encore plus après 1969,  il existe toutefois la conscience qu’il ne faut pas inquiéter les électeurs en leur promettant un "grand soir" libéral. Le dernier homme politique qui a essayé de proposer aux électeurs un programme de  libéralisme radical en matière économique, c’est Alain Madelin, or cela l’a mené à un score électoral fort limité, et il a dû quitter la vie politique active. En somme, N. Sarkozy a bien compris que les Français veulent bien être libéraux tant que cela ne les touche pas directement dans leur propre confort de vie. Il me semble avoir entendu Xavier Bertrand sur France-Inter il y a quelques jours tenir un discours assez similaire en insistant sur le fait que les électeurs avaient aussi besoin de protections et qu’il ne fallait pas les désorienter avec des réformes qui ne tiennent pas compte des réalités du terrain. Ce choix parait d’autant plus important aujourd’hui que le Front national lui se présente comme le grand protecteur des acquis des Français contre la mondialisation, les immigrés, l’Europe. Il faudrait éviter que le candidat de l’UMP  par un positionnement trop "thatchérien", ou "à la manière de la Troïka" (BCE, FMI, Commission européenne) pour être plus contemporain, les  jette dans les bras d’une Marine Le Pen. 

La préférence pour l'égalité, en France, est réelle, mais surjouée. D'autant qu'elle est tronquée et hypocrite. Ce sont là les restes d'un héritage révolutionnaire marqué en France. Cela étant chaque peuple, chaque nation et chaque individu aspirent à un tant soit peu de justice sociale (l'anthropologie démontre aujourd'hui que le sens de justice est inhérent à l'Homme). Ce phénomène est grossi et rendu mythique en France en raison de son histoire, et notamment de la devise "Liberté, Egalité, Fraternité" qui nous singularise aux yeux du monde et à nos propres yeux.

C'est néanmoins une égalité tronquée, puisqu'elle n'est acceptée que lorsqu'elle ne nous est pas défavorable (et pourtant le sentiment que le voisin a toujours plus est bien présent…). Dans le fond, il est fait la demande d'une égalité sans refuser les éventuels privilèges et régimes spéciaux qui nous sont proposés : la France reste le pays qui a inventé la Légion d'honneur ! En réalité, dans ce pays de l'égalité, personne ou presque ne refuse d'être en première classe si on lui propose, les gens du marketing ne cessent d'ailleurs de jouer sur ce sentiment.

Yves Thréard : L'égalité et liberté sont deux principes qui vont ensemble. C'est un principe fort qui consiste à distinguer l'idéal républicain de la droite de la doctrine égalitariste. 

Ces thèmes étaient déjà ceux développés lors de la capagne présidentielle de Nicolas sarkozy de 2007. Aujroud'hui, il met l'accent dessus. Et je ne vois pas dans ces déclartion un rejet du libéralisme. Quand il dit qu'il faut lutter contre l'égalitarisme, il s'agit de lutter contre une volonté planificatrice de la gauche. 

Yves-Marie Cann : A travers la nouvelle carte postale adressée par Nicolas Sarkozy aux Français dans la perspective de son retour sur le devant de la scène politique, il n'y a pas tant de nouveauté en termes de posture vis-à-vis de l'égalité et de la liberté. Je crois au contraire que cette nouveauté réside plutôt dans l'affirmation, ou la revendication, de pouvoir concilier ces deux valeurs auxquelles les Français restent particulièrement attachés. Je pense également qu'au travers ces notions de libertés et d'égalités que Nicolas Sarkozy associe dans son propos, c'est revendiquer une certaine forme d'équilibre. Un équilibre qui pourra lui permettre par la suite, notamment dans l'hypothèse de son retour et de sa campagne pour la présidence de l'UMP, de décliner tout ceci d'une façon programmatique. Par exemple on pourrait envisager, autour de la notion de liberté, un renvoi à la liberté pour un pays, un peuple et ses dirigeants politiques, de choisir l'immigration et donc de défendre la posture de l'immigration choisie. Tout en jouant sur la notion d'équilibre : l'immigration choisie permet d'assurer une égalité de traitement comme de condition entre le français "de souche" déjà installé sur le territoire et l'immigrant fraichement arrivé.

 
Commentaires

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  • Par Phlt1 - 07/08/2014 - 10:06 - Signaler un abus Oui mais...

    Mr Sarkozy est le seul homme politique capable de sortir la France d'un marasme à peine croyable dans lequel l'actuel imbécile de l'Elysée, toute sa clique, sans oublier les millions de français qui ont voté pour lui, pousse la France seconde après seconde. Mais malheureusement, Monsieur Sarkozy tourne en rond à penser la politique comme elle est pensée depuis 30 ans. Monsieur Sarkozy ne se rend pas compte qu'il est plus bête qu'une grande majorité de français. Il ne se rend pas compte de la puissance d'internet alors même qu'il croit "utiliser" les médias, il est dans des réflexes du passé, intellectuellement et mentalement. Il est dans l'ego là où il devrait être dans l'essence, et il ne se rend pas compte du pouvoir qu'il aurait à se remettre en cause. Mais bon...face aux pires des maux, il faut savoir choisir le moindre...ce que les français n'ont pas été capables de faire en 2012.

  • Par Ganesha - 07/08/2014 - 10:10 - Signaler un abus Privatisations

    '' ils élisaient François Mitterrand à la Présidence de la République et souhaitaient que l'Etat procède à des privatisations, alourdisse le secteur public et donc son propre poids.'' Ne serait-ce pas plutôt nationalisation ? S'agit-t-il là d'un lapsus de mr Cann, ou d'un ''coup de chaleur tropicale'' de la typographie malgache d'Atlantico ? Maintenant que ce site est payant, ne pourriez-vous pas engager du personnel qualifié en Métropole ?

  • Par Eliza - 07/08/2014 - 10:29 - Signaler un abus Posture et réalités

    C'est quoi, cette bouillie pour les chats? Concrètement? Si on reprend le même, il faut s'attendre aux mêmes problèmes et aux mêmes solutions. Notre cher ex n'en propose d'ailleurs pas d'autres. On les connait: autant d'impôts ou plus. On a déjà donné.

  • Par l'enclume - 07/08/2014 - 11:47 - Signaler un abus Va savoir!

    Ganesha - 07/08/2014 - 10:10 "Maintenant que ce site est payant, ne pourriez-vous pas engager du personnel qualifié en Métropole ?" Vous par exemple ?????

  • Par assougoudrel - 07/08/2014 - 13:44 - Signaler un abus Les journalistes, pendant

    5 ans, n'ont pas loupé Mr sarkozy. Qu'il tourne le dos aux médias français. Qu'il aille voir les médias étrangers, qui, au moins, font leur travail de journaliste. Il ferait mieux de lire les commentaires de Atlantico, afin de rectifier le tir et il saura ce que pense les français dans leur majorité. Quand on voit les prix en France, nous parlera-t-il de la taxe sociale. Des impôts votés en douce (écotaxe), vont-ils fleurir à nouveau. De 15%, les espagnols ont une TVA à 21%. Pourtant, tout est moins cher qu'en France (on dira que leur smic est à 600 euros). Je sais qu'il faudra encore se serrer la ceinture et resembler au chiffre 8, mais qu'est-ce qui nous attend avec ce monsieur? Le peuple n'a plus droit au référendum pour l'UE. Je ne suis pas chaud de le voir revenir. Mais, qui mettre? Une parle de quitter l'euro, l'Europe et revenir au franc. Ce sera à nouveau les monopoles et je n'ai pas envie d'avoir un chronomètre quand je téléphonerai. Payer un billet d'avion comme auparavant, acheter une tenue de bébé chez Prénatal le prix d'une garde-robe. On est fatigué de tous ces vieux chibadis, mous comme la chiasse qu'on voit depuis 30 ans et qui nous ont mis dans une belle merde.

  • Par vangog - 07/08/2014 - 13:53 - Signaler un abus Toujours la même vieille analyse bipolaire "Égalité vos Liberté

    Et si nos politiciens, journaleux et socialistologues jetaient leur vieux double-décimètre binaire, et appréhendaient la politique d'une façon globale et dynamique? Alors, ils comprendraient peut-être que les citoyens sont demandeurs de Liberté, de vie, de possession ou d'Egalité à certains moments et pour certaines choses, mais que cela ne peut être anticipé par l'état, et que ce sont les citoyens qui décident en dernier recours. Le point commun de tous ces UMPS est de croire que le peuple est bête et qu'il faut anticiper et décider à sa place. la seule chose qu'on leur demande d'anticiper et de mettre en place, ce sont des structures étatiques non paralysantes et non asphyxiantes, égalitaires au contraire d'égalitarisme et qui permettent au peuple de France de " choisir sa vie en toute Liberté". C'est pourtant pas compliqué ! Jeter aux orties 90% des lois françaises et européennes, le code du travail, les statuts de la BCE...j'en oublie, mais, déjà, quel progrès dans la Liberté, l'Egalité, la Vie et la Possession...

  • Par Ganesha - 07/08/2014 - 17:32 - Signaler un abus Fraternité

    Il y a pourtant un troisième mot dans notre devise, mais il a été très souvent oublié par les gouvernements qui se sont succédés depuis 1789 dans notre beau pays... Cependant, ayons la clairvoyance de reconnaitre que la ''Fraternité'', c'est en fait le couronnement philosophique de notre magnifique projet de société : c'est elle qui est la seule capable réguler les relations souvent contradictoires entre la Liberté et l’Égalité !

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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Yves-Marie Cann

Yves-Marie Cann est politologue, spécialiste de l’Opinion publique. Il a dirigé les études d'opinion (Politique, société et affaires publiques) au sein de l'Institut CSA. Il est désormais Directeur des études politiques chez Elabe, cabinet d'études et de conseil.

Suivez Yves-Marie Cann sur Twitter : @yvesmariecann

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Yves Thréard


Yves Thréard est éditorialiste au journal Le Figaro.

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