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Attaque à la camionnette à Toronto : les racines de cette ultra-moderne haine

Le 23 avril, un individu sans aucun lien avec une mouvance politique ou religieuse fonçait à bord d'un van dans la foule d'une rue commerciale de Toronto, au Canada, tuant dix personnes et en blessant une dizaine d'autres. Avant d'être arrêté par la police, il a demandé aux officiers de lui "tirer dans la tête".

Le processus mental

Publié le - Mis à jour le 26 Avril 2018
Attaque à la camionnette à Toronto : les racines de cette ultra-moderne haine

Le 23 avril, un homme a foncé à bord d'un van dans la foule d'une rue commerciale de Toronto, au Canada.  Crédit Cole Burston / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Atlantico : Le 23 avril, un individu sans aucun lien avec une mouvance politique ou religieuse fonçait à bord d'un van dans la foule d'une rue commerciale de Toronto, au Canada, tuant dix personnes et en blessant une dizaine d'autres. Avant d'être arrêté par la police, il a demandé aux officiers de lui "tirer dans la tête". Comment expliquer que puisse se développer chez une personne cette volonté de destruction de soi et des autres ?

Jean-Paul Mialet : Il n'y a pas que les motivations idéologiques qui peuvent mener à tuer les autres parce qu'ils ne partagent pas les mêmes convictions que soi-même. On peut avoir envie de tuer les autres parce qu'on est isolé en soi-même et qu'on ne parvient pas à les rejoindre dans un partage. Dès lors, d'une certaine façon, ils n'existent pas davantage que soi-même. L'époque est à une clôture narcissique ou l'on ne parvient à se construire ni soi-même (que l'on rêve grandiose), ni l'autre (que l'on tient pour insignifiant).

Or soi-même n'a pas de sens sans l'autre, en face, avec lequel échanger et se différencier : soi-même est vide est vain. Dès lors, on peut voir éclore des explosions ou la toute-puissance de soi prend la forme d'une haine destructrice de soi et des autres que l'on confond avec soi-même. Ces explosions ne sont pas sans rappeler les crises de rage narcissique du petit enfant, qui n'a heureusement pas les mêmes moyens de détruire que l'adulte.

L'homme se désignait comme un "Incel", ce qui signifie "involontairement célibataire" et en avait appelé à la "rébellion des Incels", faisant référence à un autre meurtrier de masse, Elliot Rodger, qui en 2014 avait tué 6 personnes en Californie pour se venger contre les femmes. Comment expliquer qu'une frustration sexuelle, celle d'une virginité non voulue, puisse pousser des jeunes hommes à de telles extrémités ?

"Incel" signifie bien célibataire involontaire. On est, là encore, dans l'isolement. Je vous parlais à l'instant de l'isolement narcissique, qui fait qu'on est seul en son royaume, mais le paradoxe est que ce soi-même que l'on exalte n'a pas de sens sans les autres. Ici, on assiste à une manifestation de l'élimination de l'autre qui ne concerne pas qu'un "autre" abstrait, mais l'autre sexe. La clôture sur soi altère les possibilités d'échange avec toute forme d'altérité, et en particulier avec l'autre sexe. D'autant qu'on cultive aujourd'hui une rivalité entre les sexes et une défiance de chaque sexe l'un envers l'autre, au lieu d'encourager une relation de partenariat. La frustration et le sentiment de solitude profond qui en résultent peuvent alimenter chez des individus fragiles une véritable rage contre l'autre sexe.

 

S'agit-il d'une révolte contre "la société" dans son ensemble ?

Il y a en effet un au-delà social qui compte beaucoup dans cette affaire. Aujourd'hui, on voit donc finalement et d'une façon très générale l'autre comme un obstacle à l'accomplissement de soi. C'est vrai pour l'ensemble des individus, et pas simplement quelques cas extrêmes, et cela correspond à l'importance accordée à la dimension narcissique notre culture. Le fait avait été relevé dès 1979 par Christopher Lasch dans son livre visionnaire : "La Culture du narcissisme". L'oubli des limites qui bornent le soi et le définissent s'est également manifesté depuis une trentaine d'années dans les troubles qu'observent le psychiatres, qui ont vu apparaître des dérèglements narcissiques en lieu et place des symptômes névrotiques d'autrefois. Comment vivre ensemble quand chacun voudrait faire triompher son ego et souffre de se voir contenu par les "autres" ? Comment réapprendre la curiosité pour autrui, l'enrichissement de l'échange quand on est enfermé en soi-même ? Le symptôme auquel correspond ce massacre incompréhensible pose ces questions avec acuité. 

 

 
Commentaires

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  • Par vangog - 25/04/2018 - 10:59 - Signaler un abus « Isolement narcissique de la culture occidentale »?????

    Et si on commençait par s’inquiéter des conclusions systématiques des psychiatres, analystes, sociologues, politologues, science-pipologues nourris au lait marxiste franchouillard, qui finissent toujours par accuser le « grand méchant individualisme occidental »?...Contrairement aux conclusions hâtives de ces idéologues du passé, la culture occidentale est profondément altruiste, et non individualiste, ...et c’est là son malheur! La civilisation occidentale déracine d’autres cultures, d’autres familles, d’autres identités pour les projeter, de force et avec un dessein mercantile non dissimulé (Soros, Merkel, Attali...) dans l’immense gloubi-boulga idéologique et bien-pensant occidental, auquel les immigrés ne sont pas préparés, et peu adaptables. Je n’écris pas que ce drame était un drame de l’immigration, mais que cet Alek Minassian n’a peut-être pas trouvé sa place dans le gloubi-boulga occidental (ni amis, ni amante, ni avenir...), et qu’il a peut-être voulu se venger de ceux qui l’y ont mis de force...il aurait mieux fait de foncer sur Soros, c’eût été plus juste...

  • Par lasenorita - 25/04/2018 - 11:32 - Signaler un abus Encore un ''déséquilibré''..

    ..qui a voulu ''faire parler ''de lui!.. Il s'appelle Arek Minassian, c'est un Arménien, converti à l'islam, à cette secte satanique!. .Les ''occidentaux'' ne sont plus ''en sécurité'' dans leur pays!..

  • Par MIMINE 95 - 25/04/2018 - 14:26 - Signaler un abus A LASENORITA

    "Arménien converti à l'islam" ! .... où avez vous trouvé cet information ??

  • Par lasenorita - 25/04/2018 - 18:40 - Signaler un abus Arménien..

    J'ai lu cette information dans le mail suivant:http://www.cbc.ca/news/canada/toronto/toronto-van-attack-driver-profile-alek-minassian-1.4632435..La majorité des attentats commis dans le Monde sont dus aux musulmans.. voilà 40 ans que nous nourrissons le ''monstre'' qui va nous dévorer! Nos ''bien-pensants'' gauchistes voient dans les Barbares de nos cités des électeurs et ils sont pleins de bienveillance pour l'islamo-racaille... ils CONTINUENT de faire entrer, dans notre pays, des terroristes musulmans et ils leur donnent les sous des non-musulmans qu'ils accablent d'impôts et de taxes!

  • Par vangog - 25/04/2018 - 21:42 - Signaler un abus La haine a toujours existé...

    Ce qui est « ultra-moderne », c’est la migration de cette haine d’un continent à l’autre, sous la pression des collabos...

  • Par Nargath - 26/04/2018 - 11:07 - Signaler un abus L'époque veut ça

    Le fait que cette attaque ai eu lieu au Canada, parangon de la société ouverte post-moderne, où tout est "déconstruit", "ouvert" et "tolérant" ne me surprend pas. Lorsqu'on démantèle toutes les structures d'une société (Famille traditionnelle, dichotomie homme/femme, place de l'homme dans la société, mise a égalité de la culture majoritaire avec celles importées...), il ne faut pas s'attendre a ce que tout ce passe bien. Ca donne du djihadiste ou ce type de désespéré autocentré... Le retour de bâton était inévitable!

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Jean-Paul Mialet

Jean-Paul Mialet est psychiatre, ancien Chef de Clinique à l’Hôpital Sainte-Anne et Directeur d’enseignement à l’Université Paris V.

Ses recherches portent essentiellement sur l'attention, la douleur, et dernièrement, la différence des sexes.

Ses travaux l'ont mené à écrire deux livres (L'attention, PUF; Sex aequo, le quiproquo des sexes, Albin Michel) et de nombreux articles dans des revues scientifiques. En 2018, il a publié le livre L'amour à l'épreuve du temps (Albin-Michel).

 

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