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Tripartisme, instabilité et blocages institutionnels... Et si la France se dirigeait plutôt vers une nouvelle IVème République que vers une VIème ?

La Vème République est-elle morte ? Le retour de la guerre des partis, des divisions intra-partisanes et d'un centre puissant font penser à un retour à la IVème République plutôt qu'à une évolution vers la VIème. Et ce n'est pas bon signe pour les citoyens.

Retour vers le futur

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Tripartisme, instabilité et blocages institutionnels... Et si la France se dirigeait plutôt vers une nouvelle IVème République que vers une VIème ?

Atlantico : On voit dans l’actualité des dissensions visibles au sein des partis eux-mêmes. Est-ce que le système bipartisan de la Vème République, déjà bousculé depuis plusieurs décennies par le FN, est en train d’exploser ?

Yves Roucaute : Oui, le passage au quinquennat a produit un phénomène de concentration du pouvoir politique entre les mains du président de la République, entraînant de facto un affaiblissement de ses pouvoirs. Le chef de l'Etat s’est retrouvé depuis en plein cœur de l’arène politique. Il est devenu un homme politique parmi d'autres. Par conséquent, il n'a moins la capacité qu'auparavant de prendre du recul par rapport au Gouvernement et d'apparaître comme étant au-dessus des partis.

La même évolution s'observe pour le Premier ministre qui devient un ministre comme les autres. Il était déjà affaibli par la constitution de la Vème République, qui n’en faisait déjà plus le président du Conseil comme sous la IVème. Mais le quinquennat a accentué cette faiblesse.   

Il y a un glissement dans la vie politique française : les jeux politiques prennent le dessus sur les idées. On est à un an et demi de la présidentielle, tout devient un enjeu politique, et donc un jeu politique. Le remaniement gouvernemental est symbolique de cette évolution. Il y avait clairement une volonté politique de fédérer en vue de la prochaine présidentielle. Cette volonté a pris le pas sur l'action et les enjeux de fond. La même logique prime actuellement dans la réforme constitutionnelle.

On observe d'ailleurs une explosion de la droite et de la gauche. La vie politique est soumise à un véritable émiettement, contraire à la volonté primaire du général de Gaulle qui voulait pour la Vème République des institutions solides. Au contraire, on assiste à une révision constitutionnelle en passe d’être avortée, ou alors, si elle est votée, de passer pour des raisons purement politiques, et non pour l’intérêt national. La tactique l’a emporté sur la stratégie. Le court terme a doublé le long terme, comme l'indique cette révision de la Constitution.

François Hollande doit compter sur la droite pour faire passer sa réforme, or le Sénat est majoritairement à droite. Il doit donc continuer les tractations avec l’opposition. C'est une véritable chienlit politique aujourd'hui.

Je le répète, les symptômes de cette explosion de la Vème République sont aussi perceptibles avec la nomination de ce nouveau Gouvernement. Traditionnellement, le président de la République préside le Conseil des ministres et le Premier ministre est tributaire de la politique du chef de l'Etat. Aujourd'hui, le système est totalement différent. Certaines nominations étaient clairement orientées contre Manuel Valls (que ce soit le retour des écologistes ou d'Ayrault au Gouvernement). Encore une fois, la tactique l’emporte sur l’esprit de la Vème République. Je pense que l'on peut même dire que l’on assiste à ce titre à la fin de la Constitution telle qu'elle avait été pensée par de Gaulle. Il n'y a plus ce qui faisait la grande cohésion de la vie politique.

Quand de Gaulle prend la décision de faire élire le président de la République au suffrage universel, il souhaite mettre définitivement un terme au manque de cohésion et de stabilité de la vie politique sous la IVème République. Le souci d'efficacité a guidé l'élaboration de la Vème République. Le suffrage universel plaçait, le temps du septennat, le président de la République au-dessus des partis pendant 7 ans.

La cohabitation a été premier coup de canif portée à la Constitution de De Gaulle. Le second fut le quinquennat. La réduction du mandat du chef de l'Etat a affaibli le président de la République. Les conséquences sont aujourd'hui visibles. François Hollande a essayé de piéger la droite sur la question de la sécurité sans se rendre compte que sa combine a aussi eu comme effet d'exploser son propre camp.

La droite aussi souffre de cette situation. Elle ne possède pas en son sein un homme politique assez fort pour imposer une vision et un programme. Si François Hollande est réélu, il ne réussira pas à imposer ses réformes. De fait, s'il bat Marine Le Pen au second tour, il n'en tirera aucune légitimité. Idem pour le candidat de la droite. Même si Alain Juppé, le favori des sondages actuellement, a des qualités réelles, il ne pourra pas mener de profondes réformes. 

 
Commentaires

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  • Par Lafayette 68 - 22/02/2016 - 08:29 - Signaler un abus Quelques remarques

    1/ De Gaulle pour le Président a institué "le suffrage universel " : il faut préciser DIRECT. 2/ Le PC enjolivé avec son rôle social : vous voulez dire avec sa puissance et désir d'embrigader ( bon travail dans l'éducation ....ça c'est sûr , c'est encore vrai aujourd'hui voir la fsu ). Avec la CGT , fabrication du "modèle français" . Blocages, verrous aujourd'hui : c'est qui ?.Et politiquement pas de cordon sanitaire avec le ps et la gauche pour les alliances au second tour (malgré le goulag et l'URSS) Le FN : c'est le 2 poids 2 mesures par rapport au PC : traité de vichyste , cordon sanitaire, pression morale sur les droites pour le cordon sanitaire , on a vu encore aux régionales que ça fonctionne encore. 3/ Rien sur les personnalités !!! De Gaulle , Sarko ou Hollande !!! Vous voyez le général en scooter avec le casque , Leonarda vous l'imaginez en short ou en vélo avec des réflexions du type casse toi pov ... 4/ Rien sur la perte de souveraineté avec l'UE : imaginez De Gaulle en réunion avec les 28 et réduit à la parole de Malte !!! Un autre monde est né avec Maastricht et l'euro .

  • Par zouk - 22/02/2016 - 09:35 - Signaler un abus Evolution vers la 3° République

    Mais nous y sommes déjà. Voyez vous autre chose que des jeux partisans dans notre beau pays?

  • Par Lafayette 68 - 22/02/2016 - 10:09 - Signaler un abus remarques (suite)

    " les Français ne sont pas des Suisses, ils ne vont pas se détourner de la politique " !!! Heureux et actifs Suisses adeptes des votations ! A ce propos rien sur les pratiques gaulliennes abandonnées par de faibles présidents (président type "allo maman bobo" et "on est pas couché") qui n'ont rien à voir avec les présidents "chrysanthème" sans pouvoir de la 4 ème : droit de dissolution qui fait peur aux députés ( frondeurs remis au pas) et référendum pour trancher voire à la démission comme en 69 .Faut-il rappeler à Yves Roucaute ces pratiques gaulliennes basiques et non s'attarder à des analyses "passionnantes" mais vaines sur les combinaisons de partis que DG exécrait ?En 58 il a pratiqué la cohabitation et en 62 il a dissous .Bref , il avait du charisme , il savait décider . C'est ce qui nous manque par manque de courage des présidents et les institutions ( hors la surimposition des contraintes de l'UE) ne font finalement pas le problème ( députés trop nombreux , sénat et CES inutiles certes)

  • Par Liberte5 - 22/02/2016 - 12:23 - Signaler un abus La 5ème république taillée sur mesure pour Charles DE GAULLE

    G. Pompidou avait la carrure pour cette constitution. Depuis ce n'est plus le cas. En cause la médiocrité du personnel politique. Y Roucaute nous livre une analyse globalement juste mais les remarques de Lafayette 68 sont pertinentes et apportent un éclairage particulier sur le rôle du PCF.

  • Par jurgio - 22/02/2016 - 15:45 - Signaler un abus Deux constatations principales, en effet, qui deviennent

    deux points névralgiques puisque la déontologie politique de De Gaulle a disparu avec lui : le suffrage universel qui transporte la pure démagogie et la « gérance» de la nation sans aucune obligation de résultats : un référendum de contrôle à mi-parcours est plus que nécessaire... Sinon la IVe ! qui fait engraisser les bobgochos.

  • Par vangog - 22/02/2016 - 23:42 - Signaler un abus Quelles inepties d'enseignant gauchiste!

    Le Front National serait incapable, selon cet archaïque, d'avoir le rôle social qu'avait le parti communiste dans les cités. Votre logiciel est obsolète, M.Roucaute! Si vous vous référez au parti communiste pour comprendre le rôle du Front National, c'est que vous n'avez rien compris à la globalisation, et que vous êtes resté en état d'hibernation post-soixantuitarde, alors que tout s'accélérait autour de vous! Le parti communiste, recomposé en Front de Gauche, s'adressait à un clan, celui des révolutionnaires internationalistes ( la "révolution mondiale"), et à une classe, celle des travailleurs. Le Front National n'a absolument pas la même approche restrictive, ni internationaliste. Il s'adresse à l'ensemble du peuple français, sans exclusion, ni exclusive. Avec lui, pas de lutte des classes, pas de révolution, pas d'entrisme dans les institutions, pas de compromis foireux pour la conquête d'un pouvoir corrompu! voila pourquoi le Front national a autant de chances d'être plébiscité par les banlieues, qu'elles soient gauche-caviar ou plombées par le gauchisme...et ces banlieues assassinées par la gauche, trouveront un intérêt à redevenir zones de droit, grâce au Front National...

  • Par Gordion - 23/02/2016 - 06:26 - Signaler un abus @ Lafayette 68

    Oui. Un de Gaulle a, avec une volonté et un talent forts, su se placer dans le jeu politique grâce à des circonstances exceptionnelles. Ces circonstances ne sont pas encore "identifiées exceptionnelles" par l'opinion publique en France en 2016. Question de temps. Et de courage politique, mais aussi de volonté d’alliances, ce qui n'est pas le cas.

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Yves Roucaute

Yves Roucaute est philosophe. Agrégé de philosophie et de sciences politiques, il enseigne à la faculté de droit de l’université de Paris-X.

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