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Assemblée nationale : "les attentes d’ouverture et de diversification du personnel politique sont loin d’avoir été satisfaites"

La question de la démocratie représentative a pris une ampleur sans précédent en France alors même que l’on va célébrer le soixantième anniversaire de la Ve République. Les élections de 2017 se sont déroulées dans le cadre d’une crise historique de confiance entre les Français et leur personnel politique. Les propositions de réforme constitutionnelle se sont multipliées. Comment expliquer cette crise de confiance ? Comment renouer le lien politique avec des citoyens plus autonomes ? En quoi la situation française est-elle différente des autres démocraties européennes ? En quoi la démocratie directe ou la démocratie participative sont-elles des perspectives d’avenir ? Comment concevoir de manière réaliste une amélioration de la vie démocratique ? Telles sont les questions abordées dans cet ouvrage. Extrait de "La démocratie représentative est-elle en crise ?" de Luc Rouban, publié aux Editions La Documentation Française. 2/2

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Assemblée nationale : "les attentes d’ouverture et de diversification du personnel politique sont loin d’avoir été satisfaites"

L’Assemblée nationale de 2017 est largement dominée par des élus provenant des catégories socioprofessionnelles supérieures. À ce titre, on observe, par rapport aux législatures précédentes, un véritable recul des représentants issus des classes moyennes au profit de ceux des classes supérieures. Les attentes d’ouverture et de diversification du personnel politique, telles qu’elles se sont manifestées lors de la campagne de l’élection présidentielle, sont donc loin d’avoir été satisfaites. Les élections législatives qui ont suivi ont même amplifié le resserrement élitiste du recrutement des députés, dans la mesure où l’abstention a surtout concerné les électeurs des catégories sociales les plus modestes (Luc Rouban, «De la présidentielle aux législatives, les mirages du renouvellement», in Pascal Perrineau (dir.), Le vote disruptif, 2017).

Finalement, elles ont constitué une forme de cooptation, repré- sentants et représentés étant issus du même milieu de la bourgeoisie diplômée, laissant aux marges les contestations radicales qui avaient pourtant attiré près de la moitié de l’électorat au premier tour de la présidentielle.

 

Le second changement tient à la part plus réduite des cadres du secteur public au profit des cadres du secteur privé et des chefs d’entreprise. La proportion moyenne des cadres de la fonction publique (hors fonction publique territoriale) et des membres des grands corps est de 9,5% contre 15,8% en 2012 comme en 2007. La part des enseignants diminue elle aussi (voir tableau p. 90). Cette évolution moyenne est très contrastée selon les ensembles politiques mais suit les lignes de la sociologie des partis comme de leur histoire récente. Les hauts fonctionnaires se rencontrent surtout au sein des élus de la gauche socialiste (15%) et de la droite de gouvernement (12%), plus rarement dans les rangs de LREM (8,8%). Les enseignants sont présents notamment sur les bancs de la gauche contestataire (22%) et de la gauche socialiste (15%), avec une proportion assez élevée sur ceux de LREM (13,6%). Les employés et autres agents publics (y compris les professionnels de la politique) sont nombreux parmi les députés de la gauche socialiste (43,5%) et de la gauche contestataire (41%), plus rares parmi ceux de la droite de gouvernement (28%) et de LREM (16%). Les grands indépendants (industriels, chefs d’entreprise, professions libérales) se trouvent principalement parmi les élus du MoDem (31%), de la droite de gouvernement (30%) et de LREM (29%) et bien moins parmi ceux de la gauche, qu’elle soit contestataire ou socialiste (15%). Enfin, les cadres du privé se comptent surtout dans les rangs de LREM (23%) et du MoDem (16%), beaucoup moins dans ceux de la droite de gouvernement (10%) et demeurent très rares au sein de la gauche, quelle que soit son orientation politique (autour de 4%). Cette distribution des profils socioprofessionnels coïncide naturellement avec une distribution similaire des diplômes. 21% de tous les députés ont une formation juridique de niveau master au moins, même si la proportion d’avocats n’a pas augmenté depuis 2012. La part d’entre eux ayant suivi des études en économie au sens large, en y incluant les études commerciales ou de gestion, est à peu près équivalente (18%), et il en va de même pour les études scientifiques et les parcours d’ingénieurs (18%). On remarque cependant la faible présence des énarques (seize au total) ou des polytechniciens (deux), alors que trente et un députés ont été formés dans des grandes écoles de commerce.

 
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  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 26/02/2018 - 10:56 - Signaler un abus Comment faire dire aux

    Comment faire dire aux chiffres ce que l'on veut.... Les fonctionnaires ont été et sont toujours majoritaires, il suffit d'aller un petit peu plus loin que la nomenclature officielle de l'assemblée, qui pour cacher la mainmise réelle des fonctionnaires ne prenait en compte que ceux des catégories B et Ç, tous les autres étant répartis dans d'autres catégories ( ingénieurs, secteur médical, Juristes) dans lesquelles vous retrouviez tous les ingénieurs de l'État et subdivisionnaires des collectivités, hospitaliers, juristes des collectivités et du secteur associatif subventionné....Il suffit de compter ceux qui ont déjà travaillé ne serait-ce que quelques années dans le privé, Ils sont moins de 20% et majoritairement retraités ou rentiers..... La seule chose vraie dans cet article est le fait que le nombre d'enarque diminue. Normal ils se sont apperçus depuis longtemps que l'assemblée n'avait plus aucun pouvoir et que la carrière politique n'imposait plus ce passage obligé.

  • Par gilbert perrin - 26/02/2018 - 11:09 - Signaler un abus les énarques conservent toujours les ficelles....et les tirent

    par cooptation au sein du système... les copains des copains sont mes copains ....

  • Par gilbert perrin - 27/02/2018 - 07:55 - Signaler un abus l'ouverture viendra de la réforme des statuts et régimes spéciau

    la réforme de la SNCF en demande d'autres..... Pour aider les SDF français, Laurent Wauquiez avait suggéré il y a quelques années que les R, donnent en compensation de leurs indemnités du temps de travail ?? Pourquoi pas d'autres indemnisés n'en feraient ils pas autant... Imaginez tout mis bout à bout pour réaliser des logements sociaux : des formations conducteurs de travaux, ouvriers du batiment, etc... sur des terrains communaux, par des chomeurs (indemnisés)... j'ai déjà donné cette idée, il y a plusieurs années, mais les énarques et leur science infuse ,n'en veulent pas... qui serait lésé dans cette affaire....c'est pragmatique, un point c'est tout ....et une idée parmi tant d'autres ... gilbert perrin

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Luc Rouban

Luc Rouban est directeur de recherches au CNRS et travaille au Cevipof depuis 1996 et à Sciences Po depuis 1987.

Il est l'auteur de La fonction publique en débat (Documentation française, 2014), Quel avenir pour la fonction publique ? (Documentation française, 2017) et La démocratie représentative est-elle en crise ? (Documentation française, 2018).

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