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Assemblée générale de l'ONU : quelle influence réelle la diplomatie française a-t-elle regagné depuis le succès d'image de l'élection d'Emmanuel Macron ?

Ce mardi 19 septembre, Emmanuel Macron prononcera son premier discours devant l'assemblée générale de l'ONU.

Baptême du feu

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Assemblée générale de l'ONU : quelle influence réelle la diplomatie française a-t-elle regagné depuis le succès d'image de l'élection d'Emmanuel Macron ?

Ce mardi 19 septembre, Emmanuel Macron prononcera son premier discours devant l'assemblée générale de l'ONU, avec nombre de dossiers en toile de fond; climat, Iran, Sahel, Syrie, Turquie etc.. Alors que l'élection d'Emmanuel Macron avait été perçue favorablement par la "communauté internationale", cette "bienveillance" à priori a t elle pu se traduire, dans les faits, par un regain d'influence diplomatique pour la France ?

Fabien Laurençon : Il est à la fois prématuré de se prononcer à ce stade sur un regain d’influence diplomatique pour la France, six mois à peine après l’élection d’Emmanuel Macron, et malaisé tant les effets d’une politique étrangère s’apprécient avec une autre métrique et une autre temporalité que les succès de politique intérieure. Cependant la bienveillance diplomatique, au-delà de l’effet de nouveauté ou de curiosité, dont il bénéficie au-delà du cadre national semble réelle. Dans le cadre franco-allemand par exemple, la dynamique de confiance est incontestable.

Il est clair que le volontarisme de la présidence Macron qui s’incarne dans les nombreuses initiatives prise sur le champ diplomatique – qu’il s’agisse de la reprise du dialogue avec la Russie d’une part, et les Etats-Unis de l’autre,théâtralisé par sa fameuse poignée de main avec D. Trump, le reset de la relation franco-allemande, la volonté de donner une impulsion nouvelle au G-5 Sahel dans un format élargi - témoignent d’une volonté claire d’imposer la stature internationale du président et de signer le retour du pays sur la scène internationale.

Le déplacement à New York s’inscrit dans la continuité des cinq premiers mois d’initiatives diplomatiques de la présidence d’Emmanuel Macron. A ce titre, l’objectif de réinvestir les instances multilatérales, au premier rang desquelles figure l’ONU, est un des axes forts, originel de son mandat, réaffirmé dans son discours du 29 août dernier à Paris à l’occasion de la Conférence des Ambassadeurs. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le secrétaire général des Nations Unies a été son premier visiteur international à Paris.

Sur le plan du récit, ce « discours d’un (jeune) roi » à l’Assemblée générale des Nations Unies aujourd’hui sera sans doute l’une des interventions les plus commentées et analysées de son mandat, et l’un des temps forts de la geste macronienne. Emmanuel Macron sera sur son terrain de prédilection, là où il excelle, celui du Verbe. Mais c’est peut-êtreprécisément là que réside un des écueils possibles de son intervention : celui de céder à cette ivresse du discours, à la tentation malrucienneduverbeépique,incantatoire et flamboyant, qui fut celui d’un autre diplomate français, Dominique de Villepin, le 14 février 2003, aux accents littérairesadmirables, mais péremptoires, volontiers donneur de leçons,  mais avec le risque de retomberbien vite, une fois dégrisé,dans la banalité du magistère d’une puissance européenne moyenne.

Michael Lambert : L’élection d’Emmanuel Macron s’impose comme un renouveau de la politique française en matière de soft power, c’est à dire de la puissance d’influence de la France à l’international. 

À ce jour, on assiste à une prise de position ferme du Président français en faveur du climat et du respect de la COP21, avec un désaccord majeur avec les États-Unis, ce qui pousse au rapprochement avec des partenaires comme la Chine et l’Allemagne. Ce re-positionnement vers une politique respectueuse de l’environment amène à accroitre la visibilité et le rayonnement de la France en Union européenne et à travers le monde. Cela se traduit par de nouvelles alliances à l’ONU. 

 

Ce basculement ne se limite pas à l’environment, avec un souhait d’accroitre la présence française en Afrique et au Moyen-Orient. La France prend désormais des positions fermes en matière de sécurité dans le Sahel ou on peut constater un souhait de prendre en charge les migrants et réfugiés avec des partenaires comme l’Italie.  La Turquie, actuellement en froid avec l’Allemagne en raison des tensions relatives à la prise en charge des réfugiés Syriens, constitue une opportunité pour Emmanuel Macron d'accroître son importance au sein de l’OTAN. Turquie vient de conclure un deal commercial avec la Russie pour l’acquisition des S-400, ce que la France désapprouve fortement. 

 

Le classement des pays en terne de “soft power” atteste d'une progression de la France en terme d’influence qui dépasse désormais les États-Unis et même l’Allemagne (Revue Monocle 2017). 

Les actions concrètes sont cependant à l’état embryonnaires, avec un dialogue à l’échelle européenne mais sans prise en charge des réfugiés. La Russie respecte davantage la France, mais le groupe de Minsk peine toujours à solutionner la question du Karabakh et celle de la Crimée. Emmanuel Macron parle également de renforcer les initiatives franco-allemandes en matière de défense avec un avion commun, on est cependant loin d’un résultat palpable à ce jour.

 

La France rayonne donc dans ses paroles et on observe un intérêt à l’international pour le nouveau Président. Les actions concrètes sont encore absentes. Le discours à l’ONU sera l’occasion d’exprimer la ligne diplomatique d’Emmanuel Macron, mais sans pour autant proposer d’initiatives, notamment en Europe de l’Est où l’Allemagne et la Pologne restent les deux principaux acteurs. 

 

 
Commentaires

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  • Par vangog - 19/09/2017 - 21:11 - Signaler un abus Ah putain, le rayonnement!

    Je l'ai pris en pleine poire, le rayonnement de la France macroniste, et il m'aveuglé de sa lumière spirituelle....

  • Par gerint - 19/09/2017 - 22:32 - Signaler un abus Que du bla-bla, de La com

    Demain contredira le jour présent. L'image prend le pas sur la réalité

  • Par gerint - 19/09/2017 - 22:52 - Signaler un abus Macron peut laisser le climat tranquille

    Il n'y peut rien.

  • Par gilbert perrin - 20/09/2017 - 08:11 - Signaler un abus l'image : c'est la descente aux enfers ....

    la grenouille qui veut se faire plus grosse que le bœuf est sur la pente descendante et e accélération ... POURQUOI ? qu'il s'occupe de la FRANCE et des français avant de devenir le ROI du MONDE et même le PRINCE d'EUROPE... Modestie et non EGO ?????

  • Par A M A - 20/09/2017 - 16:06 - Signaler un abus La SDN a disparu parce qu

    La SDN a disparu parce qu'elle n'était pas apte à gérer l'arrivée inexorable de la Deuxième Guerre Mondiale. L'ONU ne se trouve t'elle pas, elle aussi, inapte à survivre dans un monde agité par les menaces nucléaires d'aujourd'hui? La guerre froide l'avait confiné dans des conflits de dimension mineure. Quant à la France, incapable de peser par elle-même sur le cours des évènements, elle ne peut rien faire valoir par le biais d'un ONU qui semble en voie de disparition, pas plus que par celui d'une Europe qui prend le même chemin.

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Fabien Laurençon

Fabien Laurencon est agrégé d'allemand, diplômé de Sciences Po Paris. Il a enseigné l'histoire et la civilisation allemandes à l'université Sorbonne nouvelle Paris III et à Paris X. Il enseigne actuellement la géopolitique de l'Allemagne à l'ESCE et les questions de défense à Sciences Po.

 

 

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Michael Lambert

Michael E. Lambert est docteur en Histoire des relations internationales et de l'Europe à La Sorbonne, spécialiste des relations entre l’Union européenne et la Russie et des politiques de défense de l’OTAN et de l’UE​. Il dirige actuellement le think-tank Caucasus Initiative. 

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