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Assaut contre les preneurs d'otages : la manière forte à l'algérienne peut-elle mener à autre chose qu'à des bains de sang ?

Aucun bilan officiel n'a filtré après l'assaut mené sur une partie du site BP par les forces algériennes. Des sources font état de 30 otages morts, dont un Français.

Terrorisme

Publié le - Mis à jour le 18 Janvier 2013

Atlantico : Le gouvernement algérien a géré la prise d'otage de la station BP d'une main de fer. Peut-on dire que cette politique de non-négociation est caractéristique de la façon dont l'Algérie négocie avec les terroristes ?

Bernard Lugan : L’Algérie a de tout temps eu une ligne constante en la matière qui consiste a dire qu’elle ne négocie en aucun cas avec les preneurs d’otages. Cette ligne est souvent martelée par les grands dirigeants occidentaux mais dans les faits il s’avère que la plupart des grandes puissances ont négocié à un moment ou à un autre pour sauver des otages.

A l’inverse des pays comme l’Algérie ou la Russie sont de réels partisans de la manière forte et choisissent systématiquement d’intervenir en dépit du coût humain que cela provoque. Il s’agit d’une stratégie qui peut heurter notre conception des Droits de l’Homme mais il n’empêche que cela s’avère efficace sur le long terme.

Ahmed Rouadjia : Cette manière d’agir du gouvernement algérien, de tous les gouvernements successifs de l’Algérie indépendante, ressort en effet d’un trait caractéristique et constant de non-négociation avec tous ceux qui mettent en cause l’autorité de l’Etat, lequel devrait et doit inspirer crainte et respect de son image. Cela traduit une intransigeance sur « les principes » que l’on considère comme intangibles.

Pour eux, céder en l’occurrence, au chantage et à la pression des terroristes, c’est faire preuve tout bonnement de lâcheté, de faiblesse, et partant, d’absence « d’Etat ». Or, l’Etat tel que les hommes politiques ou plutôt les « décideurs » se le représentent est une entité transcendante, et comme telle, elle ne doit en aucun cas transiger ou négocier avec des « hors la loi » qui rêvent de le déstabiliser ou de le démolir. Il ne doit ni s’abaisser ni marchander ses principes de fermeté afin de ne pas paraître « faible » devant eux. L’Etat pourrait négocier avec les terroristes mais à la seule condition qu’il le fasse à partir d’une position de force qui lui donne toute latitude pour mener le jeu et contrôler les enjeux…

L’intransigeance qui caractérise le gouvernement algérien, tout comme ceux qui l’ont précédé, procède d’une sorte de culture jacobine, héritée comme par contamination de la France révolutionnaire, culture qui n’admet ni contradiction ni contradicteur, à la manière de Robespierre… Une posture qui répugne au dialogue dont les règles sont définies par l’adversaire qui tenterait d’user de menace ou d’intimidation, surtout quand cet adversaire se montre insolent ou irrévérencieux à l’égard de l’Etat et de ses symboles.

La culture de la fierté, et de l’orgueil, parfois déplacé, à l’instar de celui de la France « civilisatrice » du monde, et qui constitue le fond de l’idéologie du nationalisme algérien explique en grande partie cette fermeté qui fait peu de cas des conséquences qui pourraient en résulter…

L’intervention musclée de l’ANP contre la base d’In Amenas investie par les terroristes djihadistes d’Aqmi (la katiba des Moulathamines), quitte à massacrer au passage des otages innocents, s’inscrit en ligne droite dans cette représentation de l’autorité qui doit à tout prix s’imposer et en imposer.

Gérard Jaeger : Nous connaissons la réactivité grandissante de ces groupes. Auparavant, si nous disposions de moins de moyens, nous avions davantage de temps pour réagir. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation d’immédiateté. Dans le cas d'opérations terroristes, quand l’autorité locale prend des décisions, qu’elles soient légitimes ou non, elles s’avèrent souvent efficaces.

Ce besoin de réagir rapidement ne peut cependant à lui seul pas expliquer la raison pour laquelle l'Algérie a agit en cavalier seul. Dans le cas de l’Algérie, la situation est plus complexe étant donné l’antagonisme latent qui existe avec la France. En réagissant si promptement elle a probablement voulu prouver qu’elle était capable de réagir et d’anticiper.

 
Commentaires

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  • Par Ravidelacreche - 17/01/2013 - 18:39 - Signaler un abus la prise d'otage

    Cela ne ressemble en rien à une prise d'otages mais plutôt un attentat suicide médiatisé.

  • Par Vonz - 17/01/2013 - 18:46 - Signaler un abus Nombre de victimes

    Bonjour, A l'heure actuelle, beaucoup d'événements sont flous et/ou obscures. Y compris le nombre de victimes. D'après un autre site (pas forcément compétent d'ailleurs), le chiffre de 35 victimes serait avancé par les ravisseurs. Pas exactement des gens de confiance donc et encore moins une source fiable. Ce "bilan provisoire" ne devrait donc même aps l'être en l'état actuel des choses (même si on se dirige vers du très lourd). Un site avec des journalistes à sa tête devrait pouvoir présenter à ses lecteurs une informatation classée (faits avérés, fiabilité des sources, hypothèses etc...)

  • Par Sophile - 17/01/2013 - 19:09 - Signaler un abus Donc les droits de l'homme

    Sont un "affaiblissement de nos sociétés occidentales ?? Institués par qui l'on sait et sûrement pour ça !!!

  • Par troiscentsalheure - 17/01/2013 - 20:22 - Signaler un abus Dix ans après la fin de la guerre civile

    le pouvoir algérien abaisse le niveau de sécurité autour d'un site essentiel pour le budget de l'Etat. La vie n'a pas le même prix de l'autre côté de la méditerranée mais les escarmouches avec les islamistes sur le reste du territoire aurait dû inciter les autorités à plus de vigilance.

  • Par einstein42 - 17/01/2013 - 20:52 - Signaler un abus negocier?

    vous voulez negocier avec des teroristes?

  • Par ntzsch - 17/01/2013 - 21:49 - Signaler un abus "L'opinion publique déteste la mort"

    "c'est le côté fragile de la démocratie" Pendant la bataille de Verdun, nous étions déjà en démocratie et la mort de chacun des poilus était aussi douloureuse pour ses proches que celles d'aujourd'hui.

  • Par Le gorille - 18/01/2013 - 01:12 - Signaler un abus Evolution

    @ntzsch : en 14, on est parti la fleur au fusil... Aujourd'hui, on a des journalistes qui injurient et méprisent l'armée (rappelez-vous l'Afghanistan, et les 2 ... choisissez leurs noms d'oiseaux) Aujourd'hui, le sens des valeurs, de l'autorité, de l'armée... tout cela part un peu dans le sens plutôt rouges que morts. Alos s'il vous plaît, ne comparez pas Verdun et maintenant, ce sont deux époques vraiment distinctes

  • Par anticip - 18/01/2013 - 08:02 - Signaler un abus on ne négocie pas avec les terroristes

    ceux qui le font ,ne font que repousser ,retarder, multiplier leur crimes en leur donnant de l'argent et leur permettent de continuer leur exactions. les pays qui négocie sont des pays faible qui seront bientôt aux mains des terroristes .

  • Par Yves trèshard - 18/01/2013 - 09:23 - Signaler un abus La russie ne négocie pas ? Pas si sur...

    On entend beaucoup dire que la Russie ne négocie pas, en faisant référence a la prise d'otages de Beslan. C'est en partie vrai rappelons nous qu'à Beslan les autorités avais attendu 3 jours avant d'intervenir, ce qui était la limite acceptable sachant que les otages, n'avais pas bu depuis trois jours.

  • Par mado83@free.fr - 18/01/2013 - 10:56 - Signaler un abus négociations..

    Négocier avec les terroristes, c'est amorçer une pompe sans fin..ils méprisent notre faiblesse et ne respectent que la forçe..les Algériens ont eu raison d'intervenir..c'est une guerre et à la guerre, il y a des morts..Notre bla-bla occidental les fait bien rire..eux qui se font sauter avec leurs bombes..

  • Par Nathalie m - 18/01/2013 - 12:16 - Signaler un abus Nous sommes tous concernés

    Je salue la fermeté des Algériens et leurs interventions immédiates. C'est une guerre contre des terroristes et des trafiquants (une mafia dans son genre...sous le prétexte "qu'Allah a dit que"...on se marre.....) n'ont aucun état d'âme. Nous sommes en plus européens bien concernés, nous les hébergeons, voire même nous les laissons faire....tien, il parfait qu'il y a un "français" dans les terroristes tues...la, ça y est ? On se sent tous concerne... Tout cela nous permettra de faire la différence entre les terroristes qui vivent en Europe et les musulmans qui se sont intégrés et de faire le ménage nécessaire, en Europe comme au Maghreb, j'en sais quelque chose, je vis en Tunisie, ces derniers n'attendent que ça.

  • Par troiscentsalheure - 18/01/2013 - 15:27 - Signaler un abus Les gendarmes du monde donneurs de leçons

    vont-ils défendre la démocratie en n'acceptant pas le chantage de Belmokhtar ou libéreront ils deux islamistes qui s'empresseront de commettre de nouveaux attentats dès leur sortie de prison ?

  • Par einstein42 - 18/01/2013 - 19:26 - Signaler un abus espoir

    ci notre gouvernement a la lachete de negocier j'espere que notre peuple aurat le courage de resister violement et d'utiliser les meme methodes contre eux que celle que ils utilisent contre nous

  • Par PASCONTENT - 21/01/2013 - 10:58 - Signaler un abus Facile

    lorsqu'on est au chaud dans un bureau dans une capitale de Pays protégé, bien payé de critiquer des décisions inévitables.l'Algérie pour une fois a bien travaillé.

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Bernard Lugan Ahmed Rouadjia et Gérard Jaeger

Bernard Lugan est historien, spécialiste de l'Afrique.

Expert auprès du TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda), il est aussi conférencier au Centre des Hautes Etudes militaires, à l'Institut des Hautes Etudes de Défense nationale, et dirige un séminaire au Collège interarmées de Défense (Ecole de Guerre).

Bernard Lugan édite la revue Internet livrée par PDF Afrique Réelle et anime un blog consacré à l'actualité africaine.

Il est également l'auteur de Décolonisez l'Afrique ! (Ellipses, 2011) et de Histoire de l'Afrique des origines à nos jours (Ellipses, 2009), et vient de publier une Histoire des Berbères. Un combat identitaire plurimillénaire à commander sur son blog.

Ahmed Rouadjia, né en avril 1947 en Algérie, a obtenu son doctorat d’histoire à Paris VII (Jussieu) en 1989. Ex-Maître de Conférences en science politique à l'Université de Versailles, ex-chercheur au Centre d’Histoire du Droit et de Recherches informatives de l’Université de Picardie Jules Vernes (1991-1999) et de l’INED (1997-2000), ancien assistant stagiaire à l’Université de Constantine (1983-1988), il est actuellement Maître de Conférences à l’Université de Msila (2006-2011) et directeur du Laboratoire de Recherche d’histoire de sociologie et des changements sociaux et économiques .

Gérard Jaeger est historien, il est l'auteur d'ouvrages de géopolitique et de biographies de personnages en marge de l'Histoire, comme Anatole Deibler (Le Félin, 2001). Il est également l'auteur de Prises d'otages : de l'enlèvement des Sabines à Ingrid Betancourt, publié aux éditions Archipel. 

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