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Art contemporain : la France s'est-elle "prosternée" devant les artistes américains ?

Il se passe toujours quelque chose sur la scène de l’art contemporain. Le célèbre artiste Maurizio Cattelan exposait récemment à New-York, – au musée Guggenheim ! – son dernier chef-d’œuvre : une cuvette de WC en or massif. Provocation des artistes, conformisme des amateurs : l’art contemporain devait nous aider à comprendre le monde. Il danse aujourd’hui sur un volcan. Bulle des prix, bulle des ego, bulle des gogos : après le Jardin des délices, la Nef des fous ? Extrait de "Requins, caniches et autres mystificateurs" de Jean-Gabriel Fredet, publié aux éditions Albin Michel. (1/2)

Bonnes feuilles

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Koons est-il un grand artiste capable de subvertir les critères sur lesquels se fondent habituellement nos jugements ? Ou n’est-il que le « reflet d’une époque désengagée, médiocre, en panne de créativité où l’argent et le divertissement piétinent en permanence l’imagination », comme le pense Perl ? Difficile pour un curateur français de juger un projet qui est avant tout « un commentaire, une histoire et un rêve américains »… et qui fait six cent cinquante mille entrées au Centre Pompidou. Nostalgiques ou conservateurs peuvent bien s’insurger contre ce nouveau discours, ces nouvelles formes et ce changement de valeurs, qui « récusent le risque et la création et mettent l’art sur la voie d’un divertissement d’où le critère esthétique a disparu depuis longtemps ».

Koons règne. Il est à l’image de l’art contemporain made in USA, qui impose ses codes, ses critères, ses canons dans le monde entier. Un art qui a moins à voir avec la chronologie ou une « période » (les artistes nés après 1950) qu’avec une famille, un courant. Pour simplifier : celui de Marcel Duchamp, héros de Jeff Koons et Andy Warhol, symbolisé par Fontaine, son urinoir en porcelaine renversé, ancêtre des ready-made (objets manufacturés de la vie quotidienne, indifférents au beau ou au laid), qui fit scandale en 1917. Cette œuvre clé de l’artiste franco-américain, archétype d’une avant-garde radicale, est à la fois un marquage et le symbole de la rupture totale avec l’art traditionnel.

Vus sous cet angle, les signes de l’hégémonie américaine sont légion. Avec, d’abord, les artistes vivants les plus cotés. Trois des dix premiers – Jeff Koons, Christopher Wool et Richard Prince –, quatre en incluant Jean-Michel Basquiat, selon le classement d’Artprice. Avec, ensuite, un nombre incroyable de collectionneurs privés : cinq des plus grands dans le monde – David Geffen, Eli Broad, Steven Cohen, Samuel Newhouse, Norman Braman. Mécènes mélangeant générosité et égocentrisme, ils construisent souvent leur propre « lieu » spectaculaire pour exposer leur monumentale collection. Comme le nouveau Whitney Museum (fondation Vanderbilt), dessiné par Renzo Piano, l’architecte de Beaubourg, qui a ouvert ses portes en mai 2015 dans le Meatpacking District de New York. Ou The Broad, nouveau temple de l’art contemporain installé à Los Angeles par le businessman philanthrope éponyme, qui a financé à cent pour cent cette étrange coque en nid-d’abeilles (ouverte en septembre 2015), à quelques blocs de l’art district, et des méga-galeries où trône Hauser Wirth & Schimmel, la Mecque des accrochages avant-gardistes.

Fortunes privées + collectionneurs compulsifs + méga-galeries = marché hyperactif. Avec, en 2015, plus d’un demi-milliard de dollars de ventes enregistrés chez Sotheby’s, Christie’s ou Phillips, New York est la ville la plus dynamique en matière d’art contemporain. Loin devant Londres, Pékin ou Hong Kong. En mai 2015, aux ventes de printemps, la maison d’enchères Christie’s a atteint à elle seule 705 millions de dollars ! Sachant que ce haut de gamme exerce un effet de levier phénoménal sur le marché, qui pourrait détrôner la « grosse pomme » ?

 
Commentaires

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  • Par Borgowrio - 21/10/2017 - 13:09 - Signaler un abus Mais bon Dieu , dites ce que vous en pensez réellement

    Le temps que nous nous posions la question si telle ou telle " oeuvre" est une imposture , le but est atteint pour " l'artiste" , il s'est fait remarqué et se distingue des milliers d'autres . Il devient une valeur marchande pour les collectionneurs qui spéculent sans se préoccuper du néant de " l'objet" .... Néanmoins les cotes s'effondrent parfois .

  • Par vangog - 21/10/2017 - 13:21 - Signaler un abus Déjà vu! Déjà fait! Déjà créé!...

    Après le bidet inversé d'André Breton et le carré blanc de Malevitch, il est difficile d'innover...ces artistes avaient l'avantage et l'originalité de "partir d'une feuille blanche", si on peut s'exprimer ainsi...nos artistes actuels pour bobos blasés sont de simples "suiveurs" de ce qui a été fait et refait maintes fois...la première fois, c'était une forme de création...ensuite, c'est de l'artisanat sans créativité et qui exploite un filon qui "marche", chez les gogos-bobos...pourquoi se priver s'il y a des cons (collectivités comprises: les sculptures aux entrées de ville sont souvent des horreurs innommables...) pour acheter?..

  • Par Hieros888 - 22/10/2017 - 10:08 - Signaler un abus L'art comptant pour rien...

    Franck Lepage résume bien la question en moins de 5mn. A voir sur youtube. Magnifique.

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Jean-Gabriel Fredet

Jean-Gabriel Fredet est journaliste. Il a travaillé pendant vingt ans au Nouvel Observateur, avant de rejoindre la rédaction de Challenges.

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