Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Lundi 20 Novembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Art contemporain : la France s'est-elle "prosternée" devant les artistes américains ?

Il se passe toujours quelque chose sur la scène de l’art contemporain. Le célèbre artiste Maurizio Cattelan exposait récemment à New-York, – au musée Guggenheim ! – son dernier chef-d’œuvre : une cuvette de WC en or massif. Provocation des artistes, conformisme des amateurs : l’art contemporain devait nous aider à comprendre le monde. Il danse aujourd’hui sur un volcan. Bulle des prix, bulle des ego, bulle des gogos : après le Jardin des délices, la Nef des fous ? Extrait de "Requins, caniches et autres mystificateurs" de Jean-Gabriel Fredet, publié aux éditions Albin Michel. (1/2)

Bonnes feuilles

Publié le
Art contemporain : la France s'est-elle "prosternée" devant les artistes américains ?

Paris « ville ouverte » ? En tout cas, privée de la lumière qui en faisait jadis la capitale de l’art. Ce soir-là, à la tribune, la « conversation » entre Blistène et Koons (les deux hommes se connaissent depuis trente ans) a des allures de constat de déroute, d’échange entre vainqueur et vaincu. Après une génuflexion devant une « suprématie » américaine intériorisée et considérée comme allant désormais de soi, les questions du Français sont émaillées de considérations flagorneuses : « J’aime ton travail », « Je te respecte », « Tu es un grand communicateur », « J’adore ton humour ».

L’Américain – chemise blanche, costume sombre piqueté de la rosette de la Légion d’honneur – répond par une démonstration au Powerpoint. Passant du registre de vendeur de voiture à celui de donneur de leçons, l’examiné se fait examinateur. Oui, il « adore le dialogue », « cultive l’accessibilité », « veut faire un travail que n’importe qui, sans culture historique artistique particulière, pourra aimer ». Suivez mon regard

« Merci, Jeff, tu es un grand artiste »… Adoration, prosternation. La presse emboite le pas. Du Figaro magazine à France Culture, passant en un éclair du complexe de supériorité à celui d’infériorité, les médias français portent aux nues les aspirateurs sous vitrine, les ballons de basket plongés dans des aquariums remplis d’eau salée, les chiens baudruches en acier inoxydable, le Michael Jackson et son chimpanzé en porcelaine, l’Hercule à l’épaule rehaussée d’une ganzing ball (« boule de cristal bleu »), artefact emblématique de la classe moyenne américaine magnifiée. Tous en chœur glorifient un message cynique sur la société de consommation, dont le succès doit pourtant beaucoup aux liaisons dangereuses entre le marché et les musées. Un marché dopé par la légitimation apportée par les conservateurs de ces institutions qui propulsent les prix des œuvres de cet ancien trader à des hauteurs himalayennes.

« La partie la plus laide de la culture américaine »

Paradoxe, ce concert d’éloges français tranche avec l’accueil plutôt frais réservé à cette rétrospective de l’autre côté de l’Atlantique. Le critique Jerry Saltz, premier sur la liste des personnalités du monde de l’art selon ArtReview, s’est interrogé sur la fascination du plasticien américain pour la « partie la plus laide » de la culture de son pays et a posé carrément la question du « vide » derrière la perfection manufacturée des objets exposés. Dans la New York Review of Books, Jed Perl a tiré à boulets rouges sur la « koonsmania » et la légitimation du succès par le seul marché. Mais en France, faute de champions de niveau international capables de rivaliser, que dire pour ne pas être taxé de jalousie ? Et que faire, sinon constater que l’art contemporain est l’enfant de la société américaine, qui lui a donné ses lettres de noblesse ?

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Borgowrio - 21/10/2017 - 13:09 - Signaler un abus Mais bon Dieu , dites ce que vous en pensez réellement

    Le temps que nous nous posions la question si telle ou telle " oeuvre" est une imposture , le but est atteint pour " l'artiste" , il s'est fait remarqué et se distingue des milliers d'autres . Il devient une valeur marchande pour les collectionneurs qui spéculent sans se préoccuper du néant de " l'objet" .... Néanmoins les cotes s'effondrent parfois .

  • Par vangog - 21/10/2017 - 13:21 - Signaler un abus Déjà vu! Déjà fait! Déjà créé!...

    Après le bidet inversé d'André Breton et le carré blanc de Malevitch, il est difficile d'innover...ces artistes avaient l'avantage et l'originalité de "partir d'une feuille blanche", si on peut s'exprimer ainsi...nos artistes actuels pour bobos blasés sont de simples "suiveurs" de ce qui a été fait et refait maintes fois...la première fois, c'était une forme de création...ensuite, c'est de l'artisanat sans créativité et qui exploite un filon qui "marche", chez les gogos-bobos...pourquoi se priver s'il y a des cons (collectivités comprises: les sculptures aux entrées de ville sont souvent des horreurs innommables...) pour acheter?..

  • Par Hieros888 - 22/10/2017 - 10:08 - Signaler un abus L'art comptant pour rien...

    Franck Lepage résume bien la question en moins de 5mn. A voir sur youtube. Magnifique.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jean-Gabriel Fredet

Jean-Gabriel Fredet est journaliste. Il a travaillé pendant vingt ans au Nouvel Observateur, avant de rejoindre la rédaction de Challenges.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€