Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 30 Octobre 2014 | Créer un compte | Connexion
Extra

L'armée veut-elle la même chose que le peuple égyptien ?

Pourtant élu démocratiquement à la présidentielle de 2012, Mohamed Morsi a été renversé par l'armée égyptienne. Pourtant, une partie de la population soutient toujours le candidat des Frères musulmans.

Coup d'État caché

Publié le
L'armée veut-elle la même chose que le peuple égyptien ?

Pourtant élu démocratiquement à la présidentielle de 2012, Mohamed Morsi a été renversé par l'armée égyptienne. Crédit Reuters

Atlantico : En destituant le président Mohamed Morsi démocratiquement élu il y a maintenant un an, l'armée a-t-elle violée la parole du peuple égyptien qui avait massivement soutenu le candidat des Frères musulmans lors de la présidentielle de 2012 ?

Didier Billion : Selon moi, c'est un coup d'État. La voix des urnes s'était exprimée. Même s'il y avait eu un fort taux d'abstention, personne n'avait, à l'époque, condamné les modalités de son élection.

Tout le monde avait constaté que ces élections s'étaient tenues correctement du point de vue politique et juridique. De ce cas précis, on peut considérer que l'intervention militaire constitue une infraction de l'État de droit. Tous ceux qui nous expliquent doctement que la situation devenait très compliquée et incontrôlable, ceux-là ne nous ferons pas croire qu'il ne s'agit pas là d'un coup d'État, du point de vue démocratique. Certes, la situation est très complexe car nous sommes dans un processus révolutionnaire. Il y a des logiques d'accélération, des périodes de recul de la situation politique. Les manifestations de dimanche dernier indiquaient assez clairement qu'une partie de la population est mécontente et insatisfaite du gouvernement Morsi, mais il a été élu. Ce coup d'État est tout à fait condamnable.

La pression de la rue est-elle la principale raison ayant poussé l'armée à renverser Morsi ? Ou y avait-elle des intérêts autres ? Lesquels ? 

L'armée égyptienne a, de son point de vue, bien joué politiquement. Si on reprend les évènements de ces derniers jours, il faut considérer la campagne de pétition pour la démission de Morsi. Pour ses initiateurs, cela relève du génie politique : grâce à cette pétition, ils ont réussi à organiser le mécontentement d'une partie de la population sur un axe clair : Morsi démission. Ce mouvement assez nouveau dans la situation politique égyptienne puisque jusqu'alors, tous les mouvements d'opposition étaient très divisés et ne parvenaient pas à unifier leur contestation. D'autre part, il y a eu l'organisation de ces manifestations spectaculaires, dimanche dernier, où l'armée a profité de ce mouvement de contestation pour faire pression contre le gouvernement de Mohamed Morsi et les Frères musulmans. Je pense que dans un premier temps, l'armée pensait pouvoir aboutir à un compromis avec les Frères musulmans, en s'aidant de la pression de la rue. L'organisation islamique et Morsi lui-même, refusant toute possibilité de compromis, l'armée a appliqué l'ultimatum de 48h. Les officiers craignaient que leur incapacité de négocier avec Morsi ne ravivent encore plus le mouvement, qui était déjà très spectaculaire. C'est pour cela qu'ils se sont présentés comme un recours, en tous cas ils se présentent comme tel, et qu'à cause du refus de Morsi, elle a elle-même radicalisé sa position. Mais je peux aussi comprendre que Morsi ait refusé cet ultimatum puisqu'il a été élu. Mais il a raisonné comme si la situation était parfaitement calme. Comme disait l'éditorial du Monde du 4 juillet dernier, l'Égypte était encore loin d'être une démocratie à la scandinave. Nous sommes dans une période révolutionnaire depuis plus de deux ans, et Morsi a eu raison de s'appuyer sur les catégories juridiques, mais ça ne suffit pas. De ce point de vue là, il a à mon avis commis une erreur. Il aurait dû accepter un forme de compromis : rester en place mais changer son gouvernement en acceptant un gouvernement de technocrates. Une des limites des Frères musulmans en Égypte est de ne pas comprendre les évolutions rapides de la situation. L'armée n'a pas transigé car elle avait peur de perdre le contrôle de la situation. Or, l'armée égyptienne a une spécificité : c'est qu'elle a un lien très fort avec le secteur économique. Elle a de considérable intérêts financiers en jeu et cela explique que le désordre de lui fasse peur plus que tout. Il fallait stopper ce mouvement de contestation qui prenait de l'ampleur, d'où ce coup d'État.  

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Ganesha - 06/07/2013 - 12:01 - Signaler un abus Argent-Roi

    Bien sûr que non ! En Egypte, les chefs de famille mafieuse qui tiennent en main tout le système économique sont en même temps généraux dans l'armée : plutôt que de petits règlements de compte sanglants à la sortie d'un bar, comme cela se passe en Corse, ils disposent carrément des tanks et des hélicoptères... Il y aurait moyen de diminuer un peu la misère du peuple égyptien en limitant la part de la richesse nationale que ces parasites se mettent dans les poches et c'est pour cela que les Frères Musulmans ont été élus, tout comme François Hollande en France, après son discours du Bourget... Mais dans ces deux pays, les forces de la Justice Sociale ont échoué devant la puissance de l'Argent-Roi !

  • Par saint just - 06/07/2013 - 17:28 - Signaler un abus My God

    L'argent roi, les 200 familles, Le Capital, les oligarchies, le Patronat, la classe ouvrière.... Je me bidonne..... Le vilain méchant loup, et la chèvre de Mr Seguin . ca, c'est tout a fait ça. La chèvre .... Bée, bée, attrapez le capital, il va vous bouffer. autrement. Vivement Lénine. Ca c'est de l'anti capitalisme. Vivement Mao, ça c'est de l'anticapitalisme. Vivement Pol Pot le cambodgien. Lui au moins il a réglé le problème du méch

  • Par lamettrie - 07/07/2013 - 01:27 - Signaler un abus Venez nettoyer chez nous !

    Ne pourrait-on nous prêter quelques régiments de l'armée égyptienne pour les mettre à Marseille ?

  • Par Jean-Pierre - 07/07/2013 - 07:11 - Signaler un abus " le général al-Sissi" ...

    . Ce doit être ce que l'on nomme "les charmes de l'orient" ! .

  • Par Yves Montenay - 08/07/2013 - 06:16 - Signaler un abus C'est dommage !

    L'événement se prête à des réflexions sérieuses sur la démocratie, valable aussi, même si c'est dans une moindre mesure, pour la France : l'élection n'est pas tout et « l'argent roi » non plus !

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Didier Billion

Directeur-adjoint de l’IRIS.

Spécialiste de la Turquie, du monde turcophone et du Moyen-Orient, Didier Billion est l’auteur de nombreuses études et notes de consultance pour des institutions françaises (ministère de la Défense, ministère des Affaires étrangères) ainsi que pour des entreprises françaises agissant au Moyen-Orient.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€