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Aricept : vrai espoir pour les patients atteints d'Alzheimer ?

Les conclusions d'une étude menée par les chercheurs du King's College London, stipulent que l'Aricept, médicament prescrit aux patients atteints de démence avancée, pourrait à terme ralentir la maladie d'Alzheimer. Mais dans les faits les résultats sont relatifs. Peut-on espérer une réelle avancée ?

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Atlantico : Un médicament très utilisé pour traiter des formes modérées de démence dont Alzheimer, l’Aricept (donépézil) s'est révélé également efficace pour freiner cette maladie à un stade plus avancé, contrairement à ce que l'on pensait jusqu'à présent." Que pensez-vous de ce constat ?

Lilliane Manning :  Ma première remarque est que le Donépézil n'a pas donné de résultats tendant à prouver une amélioration significative du fonctionnement cognitif chez les patients atteints de Maladie d'Alzheimer.

On peut ne peut pas donc affirmer que cette molécule s'est révélée efficace pour freiner cette maladie à un stade plus avancé. 

Les effets bénéfiques constatés en poursuivant un traitement avec l'Aricept ont été cliniquement importants et supérieurs à ce qui avait été observé chez des patients atteints d'une forme moins aiguë d'Alzheimer" Que pensez-vous de ce résultat ?

Cette affirmation indique que le donépézil a un effet uniquement si la sévérité de la démence est avancée. D’un point de vue clinique, c’est tout au moins surprenant. En effet, plus la maladie d'Alzheimer est sévère plus important est le nombre de fonctions cognitives détériorées. Par ailleurs, la sévérité dans le cas de la démence signifie que la détérioration cognitive est irrécupérable parce qu’elle reflète une perte, un effacement de ce qui constituait avant la maladie, les « traces mnésiques », c’est dire, les circuits nerveux qui sous-tendaient la mémoire. Cet effacement irrécupérable est la conséquence de l’altération des structures cérébrales. Or, on sait que ces structures cérébrales endommagées ne pourraient en aucun cas, redevenir normales.

Que pensez-vous des tests qui ont été étudiés dans ce protocole ?

Un seul test a été proposé aux patients, toutes les autres échelles mentionnées dans l’article (BALDS ; DEMQOL ; GHQ-12) ont été réalisées par les personnels soignants des hôpitaux. Le test en question est le « Standardised Mini-Mental State Examination » (MMS). Il s’agit de 30 questions qui ont un niveau bas de difficulté (e.g. Dans quelle année sommes-nous ? Quel mois ? Dans quelle ville sommes-nous ? Je vous dirai 3 mots qu’il faudra répéter et mémoriser : cigare, fleur, porte »). Il est évident qu’on a présenté le seul test que les patients examinés pouvaient encore réaliser.

Que pensez-vous des effets bénéfiques rapportés par les auteurs ?

Cette question est – à mon avis - la plus importante. Je ne me permettrais pas de me mettre en porte-à-faux avec la rigueur scientifique d’une telle étude. Je souhaite seulement mettre mon expérience clinique au service de l’interprétation du résultat présenté dans l’article. Les auteurs informent une amélioration de 1,4 point au MMS (dont je viens de vous donner des exemples de questions qui le composent). Ce gain de 1,4 point est observé chez des patients qui sont dans l’intervalle entre 5 et 8 points au MMS, avant le traitement. Dans d’autres mots, ces patients malades d’Alzheimer ont perdu entre 22 et 25 points sur les 30 points du MMS. En termes cliniques, ces patients ne s’orientent plus ni dans le temps ni dans l’espace, ils sont incapables de rappeler les 3 mots que l’examinateur leur fait répéter, ils n’arrivent plus à faire une soustraction simple, ni à copier un dessin également simple, entre autres déficits possibles.

 
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Lilianne Manning

Lilianne Manning est professeur de neuropsychologie à l'université de Strasbourg.

Elle travaille également au Laboratoire d'Imagerie et Neurosciences cognitives du CNRS.

 

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